‹ Nouveau manuel du physionomiste et du phrénologiste, ou les caractères dévoilés par les signes extérieursChapitre 4 sur 133 · GALL · texte numérisé non relu

GALL

Gall est né en 1758 d’un père peu fortuné qui habitait le» duché de Baden avec ses nombreux enfans, C’est dans le» sein de sa famille, au milieu de ses frères et sœurs, que» Gall vécut dans sa jeunesse, entouré de plusieurs condisciples ou camarades, comme cela se voit tous les jours;: chacun d’eux avait un goût différent, un penchant, une fa-. culié qui le distinguait des autres. « Nous jugeämes bientôt, , » dit Gall, qui parmi nous était vertueux, ou enclin au! » vice, modeste ou fier, franc ou dissimulé, véridique ou! » menteur, paisible ou querelleur, bon ou méchant, etc.:: » chacun de nous se signalait par son caractère propre (HA » et je n’observai jamais que celui qui avait été un cama=. » rade fourbe et déloyal, devint, l’année d’après, un ami sûr » et fidèle. » (Tiré de l'introduction de l’origine des qualités ; morales et des facultés intellectuelles, p. 2 et 3.)

S'il faut en croire ce passage, le développement de l'esprit

observateur de Gall fut très-précoce , et bientôt il s’aperçut que, parmi ses condisciples, ceux qui avaient la mémoire la plus facile, obtenaient très-fréquemment la place qu’il croyait mériter par ses compositions, et que tous ces heu— reux concurrens avaient de gros yeux saillans. Plusieurs fois Gall se réjouit de changer d'école et même de séjour, mais partout la fatalité le poursuivit, partout il rencontra de gros yeux saillans qui lui enlevèrent ses places; enfin il quitte l'Allemagne pour terminer ses études à l’université de Strasbourg, et il y trouve encore des étudians doués d’une grande mémoire, accompagnés de gros yeux saillans, et à leur tour ces étudians usurpent les places qu’il espère obtenir. Alors il soupçonne que cette conformation des yeux est constam— ment l'indice d’une mémoire très-heureuse ; c’est ainsi que de gros yeux devinrent l’origine de la phrénologie en inspirant à Gall l’idée de continuer ce genre de recherches.

En 1781 Gall se rend à Vienne en Autriche pour s’y livrer à l'étude de la médecine, et peu de temps après, toujours préoccupé de ses' idées crànioscopiques, il commence à recueillir des bustes en plâtre, à faire mouler les crânes de personnages connus par leurs talens ou leur facultés morales, qu’il choisit parmi les hommes et même parmi les animaux; puis il recherche la société des personnes remarquables par un penchant bien déterminé; enfin il visite les hôpitaux, les établissemens d’aliénés, les maisons d'éducation, les prisons, les couvens ; il y recueille un grand nombre d’observations et de faits qu’il classe, qu’il compare, et riche d’une foule de résultats, il ouvre à Vienne un cours public, où il expose ses découvertes et sa théorie nouvelle sur le cerveau.

Alors, comme dans toutes les leçons qu’il à faites depuis, Gall prétendait reconnaître, par la configuration extérieure d’une tête, toutes les traces de penchans et des caractères, Parmi ses auditeurs se trouve le docteur Spurzheim, qui, plein d’enthousiasme pour ce nouveau système, devient Fami du professeur, et bientôt son collaborateur; l’un et lautre n’ont même établi leurs observations que sur les diversités des crânes; peut-être voulaient-ils pénétrer beaucoup plus avant dans la connaissance de l’homme que tous ceux qui les avaient précédés, c’est pourquoi ils ne se sont pour ainsi dire decupés qu’à disséquer des cerveaux, persuadés que les 05 qui les recouvraient devaient en conserver non-seulement

les empreintes, mais encore indiquer des traces assez signi— ficatives des variélés que l’on rencontre dans le caractère des hommes.

Enfin, après avoir voyagé dans le midi de l'Allemagne et dans une partie de l’Europe, Gall vient à Paris en 1808; ses découvertes n’y sont point accucillies comme il pouvait l’espérer après leurs succès dans les autres pays; mais les criti— ques, les épigrammes, les malins vaudevilles, ne l’empêchent pas de professer sa nouvelle doctrine:. rien ne le décourage, el chaque jour, d’après ses idées, il multiplie ses recherches, Il n’est même pas douteux que s’il eût voulu renoncer à quelques-unes des hypothèses que les hommes instruits repous— saient, et qu’il se fùt contenté de recueillir et d’observer les faits, à ne voir que la nature, mais en la séparant de sa théorie repoussée par la morale et par la science, rien de semblable ne lui serait arrivé, puisque, malgré les nombreux antagonistes du docteur allemand, Cuvier adopta son système. Mais après en avoir acquis une connaissance très— approfondie, il Pabandonna totalement lorsqu'il y eut réfléchi. Comme beaucoup d’autres, le savant naturaliste en tira la conséquence qu’il serait nécessaire de pardonner à tous lés vices, à tous les crimes, afin d’être indifférent pour les actions vertueuses, et d'oublier en quelque sorte les grands talens; car il n’existerait plus aucune moralité dans les ac tions humaines, et tous les grands coupables, placés sous l'empire inexorable de leurs organes, seraient plus que susceptibles de justification. Ainsi, d’après cela seul, la théorie du cerveau du docteur Gall serait établie sur des bases qui ne seraient rien moins que certaines, et encore hien moins fondées sur l'anatomie,

Eu appuyant son système sur la forme extérieure du crâne seulement, en jugeant des saillies ou des dépressions sou— vent imaginaires, en reconnaissant des élévations, des empreintes le plus souvent si peu apparentes qu’elles sont pour ainsi dire imperceptibles; Gall ne donne guère pour résultat de ses observations que les rapports immédiats de l’enveloppe avec la masse encéphalique seulement comme organe de Ja pensée; mais en même temps il expose son système par des raisons tirées de ses observations, appuyées par des exemples si nombreux qu’elles paraissent décisives à tous ses partisans.

C’est pourquoi nous devrons faire connaître dans ce Manuel toutes les opinions sur lesquelles il s'appuie, nous le ferons même d’une manière aussi franche qu’impartiale, et si quelquefois on nous trouve en opposition avec le docteur allemand, ce sera toujours pour appuyer la physiognomonie, et pour la faire servir à nos considérations sur ce qui doit résulter des rapports entre le cerveau et les signes qui se manifestent d’après les impressions qu’il reçoit sur toute la surface extérieure de l’homme, et qui constituent essentiellement Ja physionomie.

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