‹ Nouveau manuel du physionomiste et du phrénologiste, ou les caractères dévoilés par les signes extérieursChapitre 41 sur 133 · N. 32 LOCALITÉ · texte numérisé non relu

N. 32 LOCALITÉ

Sens des localités, sens du rapport de l’espace. Gall.) (Spurzheim.)

Par goût pour l’histoire naturelle, Gall aimait à parcourir les bois, faisant la chasse aux oiseaux et plaçant des piéges pour les prendre; mais privé du sens des localités, il lui était presque impossible de retrouver l'endroit où il les avait placés ; malgré sa précaution de faire des entailles aux ‘arbres, de planter des branches en terre, il réussissait rarement à roconnaître le chemin qu’il avait parcouru la veille. Fatigué de perdre son temps et ses piéges, il prit l'habitude de se faire - accompagner par un jeune homme nommé Scheilder. Gall ne tarda point à remarquer la facililé avec laquelle ce jeune homme, dont les facultés d’ailleurs étaient très-bornées, se rendait au filet que l’on cherchait, quel que fut le nombre de pièges que l’on avait posés. Gall, frappé de lui voir une si grande mémoire locale, lui demanda comment il faisait pour s'orienter si sûrement; Scheilder lui répondit en lui demandant à son tour comment il faisait lui-même pour toujours s’égarer.

Concevant l'espoir d’éclaircir ce mystère, Gall moula la tête de Scheilder et s’efforça de trouver des personnes qui eussent la même faculté que ce jeune homme, Le grand paysagiste Schoenberger lui ayant raconté que dansses voyages il ne fai- Sail qu’un croquis très-peu détaillé des sites qui lui plaisaient, et que plus tard, lorsqu'il voulait peindre ce paysage, chaque arbre, chaque broussaille, chaque pierre, se retraçaient à sa mémoire. On prévoit que Gall s’empressa de mouler la tête de ce peintre et de la mettre à côté de celle de Scheilder.

M. Meyer, auteur du roman de Dia-na-Sore, ne trouvait des jouissances que dans la vie errante. Lorsqu'il n’avait pas eu l’occasion de faire avec quelques personnes un voyage de long cours, il s’en dédommageait en allant sans cesse d’une Maison de campagne à une autre, da château d’un seigneur à la champêtre demeure d’un fermier, et il avait une facilité étonnante pour se rappeler les différens lieux qu'il avait par-

courus, Gall rechercha la société de ce nomade, se lia bient avec lui, et la tête du romancier prit place auprès des deu précédentes.

Ces trois têtes offraient entr'elles de grandes différences:

mais Gall vit avec plaisir la forme très-remarquable du from de toutes les trois, et il pensa que cette forme particulièn, était déterminée par une disposition organique du cerveau Jl multiplia ses recherches, et enfin il devint incontestable, ses yeux, que l'organe des localités est placé à la parti moyenne du front, et qu’il se manifeste extérieurement soy forme de proëéminence allongée, qui s’étend un peu obliquement depuis la racine du nez jusqu’à douze ou quinze ligne: au-dessus des sourcils.

… Les têtes de tous les astronomes célèbres sont remarquables par le développement de cet organe : on peut s'en assurer, disent les phrénologiens, en examinant les têtes de Ké: pler, de Galilée, de Newton, de Ticho-Brahé, de Descartess elc.

Il est très-vraisemblable qu’Adam avait l’organe de l’érotisme, Caïn celui de la convoitise, Noë celui de la construction. Cependant si nous citions ces anciens personnages comme preuves de l'existence de ces organes, si nous disions que sur leurs têtes il est très-prononcé, que penserait-on de nous? quelle confiance nous accorderait-on? Ne serait-il pag plus prudent d'attendre que nous pussions offrir des exem— ples beaucoup plus récens et surtout très-faciles à vérifierq Enfin l'intérêt de la science n’exige-t-il pas qu’on suive cette marche ?

Chez Lacépède, les organes des localités, de l'éventualité; de la configuration et du langage, sont très-développés, mais tous lesautres sont très-faibles.(Voyez planche fre, figure 52.1

Les animaux ont, à un point quelquefois étonnant, la fa— culté de reconnaître les lieux; tous les ans on voit les hiron=-. delles revenir aux nids qu’elles ont construits depuis plu— sieurs années. Les canards sauvages reviennent aussi aux: mêmes endroits; les pigeons apportés de Vienne, de Bru— xelles, ou autres lieux plus ou moins éloignés, et làchés à Paris, retournent très-promptement à leurs colombiers, Om cite mille faits pius ou moins extraordinaires qni prouvent à quel degré les chiens possèdent la mémoire des localités, nous

en rapporterons un seul qui dans ce moment se renouvelle tous les jours et dont chacun peut aisément se convaincre. Une dame demeurait avec un chien anglais, rue Geoffroyl’Asnier, vis-à-vis la mairie, Chaque jour cet animal montait au quatrième étage chez une vieille voisine qui le cares— sait beaucoup et lui donnait quelques friandises. La maîtresse de ce petit anglais a déménagé et l’a conduit en voiture rue de la Roquette, où elle loge maintenant. Tous les jours, de midi à deux beures, ce chien part seul de la rue de la Roquette et va rue Geoffroy-Lasnier faire sa visite à la vieille dame du quatrième.

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