DES SIGNES OU SEINGS
Dans le Chapitre XXXXIV qui termine le cinquième livre de son ouvrage sur la physionomie de l’homme, Porta exa mine les signes qui se trouvent par hasard sur la figure.
« Je crois, dit-il, qu'il n’est pas inutile de parler des ta » ches naturelles qu’on remarque quelquefois sur le visage, » et d'indiquer en quelles parties cachées du corps elles ont ? une correspondance. Si l'expérience m'avait démontré la » fausseté de ces observations » je n’en parlerais pas. »
En effet, les anciens ont eu cette bizarre idée que Porta prétend avoir vérifiée et reconnue bien fondée. Jadis les astro—.logues ont déclaré chaque partie du visage sous l'influence: d’une planète, d’un astre : ils ont donné les yeux au soleil | et à la lune, le nez à Vénus » etc. L’arabe Hali Abenragel, le grec Melampe et un nommé Merlin de Bretagne ont été grands partisans de ce système, Dans le livre du Jugement, Hali prétend que s’il y a au front une tache naturelle, on peut affir— mer qu’il y en a une semblable à la poitrine, mais il n'indique Pas précisément la place qu'il serait facile d'étendre ; Merlin, plus instruit sans doute dela correspondance, dit que si la marque est à la partie droite du front, sa pareille se trouve au côté droit de la poitrine, et vice versd. Nous demandons pardon de notre franchise à l'arabe Hali, au breton Merlin et Surlout au savant Porta qui croit avoir vérifié ce qu'ils an— noncent, mais nous sommes forcés de le dire, ces idées sont ce que Îles romantiques appelleraient des idées saugrenues, c’est-à-dire, dans la langue de ces messieurs, qu’elles sont trop vieilles et passées de mode.
On sait aujourd’hui que ces taches, ces signes ou seings, que certaines personnes attribuent à des envies de la mère et qu’on remarque assez souvent sur Jes enfans au moment de la naissance, sont uniquement la suite naturelle, l'effet et le signe d'une indisposition précédente, d’une écorchure ou d’une maladie que cet enfant aurait eu dans le sein de sa mère, Or une maladie ne peut pas établir la correspondance que suppose ce système; si cette correspondance existait ce né pourrait être qu’en vertu des lois de la génération , et d’après ces mêmes lois, tous les enfans naîtraient avec un ou plusieurs de ces mêmes signes, car la nature agit toujours uniformé— ment, elle est toujours constante dans sa marche: si par hasard elle nous paraît s’en écarter, c’est par un accident dont souvent la cause nous est inconnue, c’est qu’eile a été contrariée dans son action, et alors le résultat s'éloigne plus ou . moins de sesrègles invariables,
Démontrer que ces taches ou signes ne sont d’aucune im- Portance pour le physionomiste, c’est nous dispenser d’entrer dans de plus grands détails à cet égard; mais si quelques-uns de nos lecteurs sont curieux d'approfondir cette prétendue correspondance des signes, nous les prévenons afin de prouver qu’on à fort mal à propos attribué à ce savant obseryateur une aussi ridicule idée, nous relatons mot à mot ce que dit Porta :
« Finalmente per vederne la verilà mi ridussi all espe- » renlia, cosi vedendo tutti quelli che haueuano li neui in » faccia, doue erano nella persona gli osseruaua cou dili- » genza, cosi ritrouammo esser tra la faccia e il corpo vua » certa corrispondenza nella quantita, qualita, e ne’luoghi, » come pér esempio le nari à 1 testicoli, le Jabra, e l’apertura » della bocca, alle labra , e apertura della porta del la natura, » la faccia al ventre, etc... »
Dans son discours sur les principes de la chiromancie , imprimé en 1653, Cureau de la Chambre dit :
« C’est vne chose admirable et qu’à mon aduis on ne con- » Sidère pas assez, qu’il n'y a sur le visage de ces marques ” naturelles que nous appellons communément sings, qu'il ne » S'en trouve yne autre sur quelque partie du corps certaine » et qui luy respond particulièrement : car s’il s'en rencontre » vne sur le front il y en aura vne autre sur la poitrine, et » selon que celle-là sera au milieu ou plus bas, d’un costé
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» où d'auire, celle-cy trovuera les mesmes différences de {
» tuation, Si l’yne se void sur les iouës, l’autre sera sur | » cuisses; si aux sourcils l’autre se renconirera sur les es » paules; si aux oreilles l’autre sera sur les bras, et ainsi « » reste. »
D'après ces passages de Porta et de Cureau de la Chambr ilest bien évident que Lavater n’est point l’auteur de ce bizar Système des signes : on l’a supposé, sans doute, par spécull tion , dans l'espoir que le nom de ce savant physionomiste f voriserait la vente de la lithographie. (Voir planche 48, gure 1”®, où elles sont détaillées comme il suit.)
& Elles existeraient sur les bras, ( sur les côtés), € sur bas-ventre, d sur la région de l'estomac , € sur la cuisse ou I cuisses, f par-dessous les mêmes , g sur la poitrine, avec « Sans mamelles, 4 sur l’une ou l’autre jambe, & sur l’éminene Suspubienne, (le mont de Vénus et de toute les femmes) sur l’une des deux épaules , / sur les fesses > M Sur un pied # sur la chute des reins, o sur le nombril, p sur la régio dorsale, g sous une des deux épaules, r sur une des partié du bas-ventre, s à l’épigastre ou ses alentours, ‘ sur les ma melles ; il est même beaucoup de jeunes personnes qui e Portent un si grand nombre parsemé sur toutes les partie de la face, qu’il serait très-difficile de leur assigner au just leur correspondance qui existe cependant bien et d’une ma nière indubitable, mais comment en chercher les preuves?