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Guérison d'une paralytique

Une pauvre jeune fille, âgée de vingt-trois ans, était, depuis de longues années, percluse au fond

d'un lit. Depuis deux ans surtout, les douleurs étaient si fort augmentées, qu'elle n'avait plus l'usage ni des bras ni des jambes; à tant de souffrances vint encore se joindre une grosseur prodigieuse à la poitrine. L'état de la pauvre malade était tel, que, depuis deux mois, on n'avait pu la soulever sur son lit, ou plutôt sur son grabat, qui exhalait une odeur infecte. Le jour de la fête de notre sainte Mère, le 15 août, M. le curé lui administra les derniers sacrements : dès lors l'agonie commença. Le dimanche suivant, le bon curé, n'ayant pu se rendre près de la martyre, envoya à sa place son vicaire et son frère, jeune séminariste. Ceux-ci, malgré l'ardent désir de porter quelques consolations à la chère agonisante, durent se résigner à lui parler à distance, pour ne pas être suffoqués par les miasmes viciés de l'air. En quittant cet affreux réduit, ils dirent aux parents que le lendemain le saint sacrifice serait offert pour demander la délivrance de cette pauvre malade; mais la sainte Vierge devait opérer une autre délivrance. Quelques heures après, entre huit et neuf heures du soir, cette divine et miséricordieuse protectrice paraît près du lit de la malade et dit avec une bonté toute céleste : « Mon enfant, tu as fait ton purgatoire en ce monde, ta couronne t'attend au ciel ; lève-toi. » La pauvre agonisante, surprise de cette visite, appelle sa mère, qui, accablée de fatigue, était appuyée sur le pied du lit; cette dernière, croyant que c'était l'effet du

délire, se contente de répondre, sans bouger de sa place : « Oh I c'est la sainte Vierge qui vient te chercher pour te mener en paradis ; » puis, écoutant toujours sans voîr la belle dame qui parlait à sa fille, elle entendait qu'on disait une deuxième fois : « Lève-toi, mon enfant. — Je ne peux plus, répond la petite privilégiée; je n'ai ni bras ni jambes. » Alors la belle dame, c'est ainsi qu'elle appelle la sainte Vierge, lui soulève la main en répétant : « Lève-toi, ma fille. » Celle-ci lui répond une troisième fois : « Mais je n'ai pas, je n'ai plus de jambes. » La belle dame, lui soulevant aussi la jambe, répète pour la quatrième fois : « Lève-toi, mon enfant, ce n'est pas pour toi que j'ai fait ce miracle; c'est pour le monde. » Au même instant la guérison fut complète. La pauvre percluse se trouva avec un corps sain sans douleur ni grosseur. Le père, qui avait entendu tout ce qu'avait dit sa fille et qui, cependant, n'avait ni vu ni entendu la sainte Vierge, fut le premier qui cria au miracle. En quelques instants, la cabane fut remplie des gens du village, qui vinrent admirer le prodige ; M. le curé dressa procès-verbal. Il fut signé par vingt-cinq témoins respectables qui se trouvaient dans la foule des admirateurs. Le lendemain, l'heureuse miraculée se rendit à l'église, où l'on chanta une grand'messe d'action de grâces avec le TeDeum. Dès lors un concours prodigieux de personnes de toutes conditions se rend à cette pauvre chaumière, pour vénérer les murs ho;

norés de la présence de la Reine du ciel; la jeune personne continua à être parfaitement guérie. Le médecin, qui avait refusé de faire l'opération de la grosseur, dans la crainte que la malade ne pût la supporter, assura, le lendemain du miracle, qu'il ne restait sur le corps de la jeune personne aucune trace de sa maladie.

Cette heureuse miraculée est aujourd'hui chez les religieuses de la Visitation d'Annecy. Quand on lui demande ce qu'elle a fait pour avoir mérité une telle faveur, elle répond : « Rien. J'offrais à Dieu mes souffrances, et je récitais mon chapelet. »

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