Œotre-Bame d'OrciTal
î)e toutes les dévotions à Marie établies dans la province d'Auvergne, il n'en est peut-être pas qui date de plus loin, qui se soit mieux soutenue et que Dieu ait autorisée par des prodiges plus variés et plus surprenants que celle qui est établie dans le lieu d'Orcival, chef-lieu de canton, à quatre lieues de Clermont-Ferrand, et à deux lieues du Puy de Dôme, sur la route de Bordeaux.
Parmi les nombreux miracles que la très-sainte Vierge n'a cessé d'y faire en faveur de la foule de ses pèlerins (que l'église, quoique vaste, ne peut souvent contenir tous, surtout au temps de la fêle de l'Ascension jusqu'à l'octave de la Pentecôte), nous croyons devoir citer le suivant, raconté par la malade guérie.
Vers la fin de l'hiver de 1830, Marie Langoille, âgée de vingt-six ans, originaire de Laquenille, canton de Rochefort, allant de Clermont chez son père, marcha nu-pieds dans la neige depuis le Puy de Dôme jusqu'à la baraquette de Saint-Bonnet, c'est-à-dire environ deux lieues de chemin; et cela, pour éviter les poursuites d'un jeune homme dont la société lui paraissait suspecte, et qui semblait en vouloir à sa vertu. Arrivée sous le toit paternel, elle tombe malade et bientôt devient hydropique et paralytique. Son père la confia vainement aux soins des médecins de la montagne ; car, après lui avoir prodigué
pendant longtemps tous les secours de l'art médical, ils déclarèrent que la maladie ne laissait aucun es* poir de guérison. On la transporte à l'Hôtel-Dieu de Glermont, à deux reprises différentes, pendant trois ans et demi que dura son infirmité. Là, elle devient l'objet de la sollicitude des docteurs de l'établissement, qui, la regardant tous pareillement comme incurable, la renvoient à son père.
En 1834, au plus fort de sa douleur, que la médecine n'a pu calmer, elle tourne sa pensée du côté du ciel, et Marie se présente à elle comme son unique ressource. Elle fait vœu de réciter tous les jours les litanies de la sainte Vierge, et forme le dessein de venir au plus tôt implorer le secours d'en haut au pied de la statue miraculeuse de Notre-Dame d'Orcival, et, dès que le moment de partir fut venu, le mode le plus facile de voyager pour elle fut de se faire porter par un âne, sur lequel sa sœur, qui l'accompagnait, était obligée de s'appuyer et de la soutenir tout le long du chemin de Laquenille à Orcival, qui est d'environ deux lieues et demie. Inutilement ses parents et ses voisins lui font entrevoir qu'elle s'expose à rester en chemin, à mourir en route : leurs représentations ne peuvent comprimer l'élan de la foi ni ralentir l'empressement de la confiance qui la pousse vers Marie, la santé des malades, l'es* pérance des malheureux.
Elle part, et, accablée de fatigues et de douleurs,
Marie Langoille arrive à Orcival, la veille de la Penfecôte, à l'entrée de la nuit. Elle demande avec instance à M. le curé de la paroisse d'offrir le lendemain le saint sacrifice de la mes.se à son intention, et ne l'obtient qu'à force de larmes et d'imporlunités ; Car la messe était promise à un homme d'une paroisse voisine, qui, lui aussi, avait une grâce à demander à Dieu par l'entremise de Marie; cependant, celui-ci cédant sa place, la messe, se dit pour la malade de Laquenille. Pendant que le prêlre est à l'autel, elle prie de son côté avec toute la ferveur et toute la confiance dont elle est capable ; et, au moment de l'élévation, Marie Langoille, qui depuis longtemps n'agissait et ne se remuait que par le secours d'autrui, se lève de son propre mouvement, sans le secours de personne, et se prosterne à genoux pour adorer Jésus-Christ qui vient de paraître sur l'autel. Toutes ses douleurs ont subitement disparu ; elle se trouve calme et tranquille; cependant, ne sachant trop où elle en est au milieu de ce qu'elle éprouve, elle se relève et s'assied de nouveau. A la communion, elle se remet à genoux, et se présente elle-même au banquet eucharistique, et reste prosternée non-seulement pendant que l'on distribue le pain des anges aux autres fidèles, mais encore jusqu'à la lin de la messe. Ici la joie et la reconrùssance lui arrachent des larmes abondantes, et à peine le célébrant est descendu de l'autel, qu'elle se rend à
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la sacristie d'un pas ferme et assuré pour lui annoncer qu'elle est guérie.
A l'instant môme les prêtres de la paroisse rentrent dans le chœur de l'église, pour publier à haute voix (non-seulement en présence des habitants de la paroisse, mais encore des pèlerins étrangers, qui dans ce jour se trouvent à Orcival), le prodige qui vient de s'opérer en faveur de cette bienheureuse fille, et adresser à Marie des prières et des chants de réjouissance et d'actions de grâces. La cérémonie terminée, au milieu de la sensation générale et profonde que produit un événement si extraordinaire, chacun veut voir de ses yeux et entendre de ses oreilles la malade qui vient de recouvrer, avec une santé parfaite, l'usage de tous ses membres; et pendant plusieurs jours il n'est question dans Orcival et dans les environs que de ce fait miraculeux.
Touchée plus que personne du bienfait qu'elle venait de recevoir, parce qu'elle en avait éprouvé longtemps le besoin, Marie Langoille continue pendant quelques jours en particulier auprès de la sainte Yicrge, son action de grâces ; et, après avoir sollicite et obtenu que ses béquilles restassent suspendues à l'autel de sa libératrice, comme une preuve permanente delà faveur signalée qu'elle vient de recevoir, elle part pour Laquenille. Elle revint plusieurs fois à Orcival, toujours à pied, jusqu'à ce
m ViNGî-fîurnÈMË jour.
qu'enfin elle entrât en qualité de domestique dans une maison des plus respectables de la ville de Clermont où elle continua de jouir de la plus parfaite santé.