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Proclamation de l'Immaculée Conception

C'est le 8 décembre 1854 que fut promulgué le dogme de l'Immaculée Conception.

Vers neuf heures du matin, les portes du palais pontifical s'ouvrirent, et l'on vit défiler deux à deux, formant une longue et imposante procession, les cardinaux, les patriarches, les archevêques, les évoques et les prélats de tous rangs, tous revêtus des insignes de leur haute dignité, et la mitre sur la tête.

Au milieu de la messe, après la lecture de l'Évangile le pape suspenditles prières du saint sacrifice et alla s'asseoir sur son trône. Il y était depuis un moment, quand une députation de la noble assistance vint s'agenouiller à ses pieds. C'était le doyen des cardinaux, le doyen des archevêques, le doyen des évêques, accompagnés du patriarche de TEglise grecque et de deux évêques orientaux.

Que venaient faire ces augustes prélats? Ils venaient une dernière fois demander au représentant de Jésus-Christ, au nom de l'Église catholique, de vouloir bien décréter, comme dogme de foi, que !

bienheureuse Vierge Marie, mèredeNotre-Seigneur, Créateur et Rédempteur Jésus-Christ, a été exemptée de la souillure universelle du péché de notre premier père, et qu'elle est, par conséquent, immaculée dans sa Conception.

« 0 Père bienheureux, dirent-ils, l'Église catholi- « que, pour augmenter les louanges, la gloire et la « vénération delà vierge Marie, désire ardemment et a demande de tous ses vœux que votre suprême et « infaillible jugement décide la question de sa con- « cep lion sans tache. Et nous, au nom du sacré colo lége des cardinaux, au nom de tous les évoques, d au nom de l'univers catholique et de tous les fidèles, a nous venons postuler avec humilité pour que les « vœux de tous soient accomplis.

a Au milieu du sacrifice non sanglant, dans ce a temple auguste du prince des apôtres, dans cette a réunion solennelle du sénat des évoques et du peu- «ple, daignez donc, Père bienheureux, daignez éle- « ver votre voix apostolique, et prononcer le décret « dogmatique de l'Immaculée Conception de Marie, <: pour lequel il y aura allégresse et jubilation au a ciel et sur la terre. »

Quand les députés sacrés eurent présenté leur sainte requête, le Saint-Père se leva et entonna le Veni Creator. Sublime réponse ! ! !

Les supplications que renferme le Veni Creator se poursuivirent dans un chant majestueux et grave:

tous les fidèles unissaient leurs voix à celles des pontifes et des prêtres.

Les unes et les autres venaient de cesser de se faire eu tendre. Seules, dans les régions supérieures, les voûtes de Saint-Pierre répétaient les derniers échos de l'hymne sainte. Soudain, au milieu d'un silence immense et rempli de recueillement et de prière, semblable à une voix des cieux, la voix de Pie IX retentit avec ses plus harmonieux, ses plus solennels accents :

« Par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par c celle des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par a la nôtre, nous déclarons et définissons que la Vierge « Marie a été, dès le premier instant de sa Goncepa tion, préservée de toute souillure du péché origio nel, et que cette doctrine est révélée de Dieu. Si g quelqu'un ose penser autrement, qu'il sache que « ses croyances sont réprouvées, et qu'il est lui- « môme sorti de la foi catholique. »>

Telles étaient les paroles du vicaire de Jésus-Christ. Il venait de prononcer l'irrévocable décret.

L'émotion du Saint-Père, durant cette solennelle proclamation, avait été si grande, qu'à deux ou trois reprises les sanglots avaient étouffe sa voix et l'avaient obligé à s'interrompre. Des larmes remplissaient tous les yeux, et des personnes que la curiosité principalement avait conduites à la grande cérémonie furent gagnées, comme malgré elles, à cette puissante et religieuse émotion.

*près que le peuple eut répondu au Pontife par un immense Amen d'adhésion et de foi, le doyen des cardinaux retourna au pied du trône du pape pour le remercier d'avoirdécidé, par son autorité souveraine, les croyances de l'Église. — Et, tandis que le Saint- Père remontait à l'autel pour achever le sacrifice commencé, les cloches de la basilique annonçaient à la cité la proclamation du décret pontifical, et le canon du château Saint-Ange semblait vouloir, par ses coups répétés, porter dans toutes les contrées de l'univers la nouvelle de ce grand événement. (L'abbé Dumax, Reçus sur Pie IX.)

Parmi la foule que l'espoir et la reconnaissance amènent chaque jour devant l'autel, devenu si célèbre, de Notre-Dame des Victoires, se trouvait, dans les premiers jours de décembre 1859, une paysanne, venue tout exprès de Tonnerre (Yonne) pour offrir à Marie le tribut de ses actions de grâces. Affligée d'une maladie de la colonne vertébrale, cette femme, souffrant beaucoup et devenue incapable de travailler, était réduite à garder constamment le lit, sans

pouvoir faire aucun mouvement. Néanmoins, sa pauvreté et les nécessités de sa famille lui faisaient du travail une loi impérieuse, et les plus mortelles inquiétudes s'ajoutaient à toutes ses souffrances physiques. Aux grands maux les grands remèdes : la malade avait entendu parler de ce sanctuaire vénéré où s'accomplissent des merveilles quotidiennes ; combien elle eût voulu pouvoir s'y transporter ! Ce désir la domine de plus en plus ; pénétrée d'une foi vive elle fait un vœu à Notre-Dame des "Victoires, et, sans quitter ce lit où la retient la douleur, elle commence en son honneur une fervente neuvaine. Les médecins, désespérant de sa guérison, l'avaient abandonnée comme incurable ; mais quel mal résiste au pouvoir de Marie et à l'effort d'une prière persévérante ? La neuvaine finie, cette femme était sur pied, parfaitement rétablie, heureuse d'être délivrée de ses souffrances et de pouvoir vaquer à ses occupations ; plus heureuse encore de devoir son soulagement à laReine du Ciel et de se voir l'objet de son ineffable protection. Mais aussi, fidèle à son vœu, et malgré la modicité de ses moyens pécuniaires, elle s'est empressée de se rendre à Paris pour aller rendre un public hommage à la puissante protectrice qui avait agréé les cris plaintifs qu'elle lui adressait de son lit d'agonie. Pendant neuf jours elle l'avait implorée, pendant neuf autres jours elle lui rendit de solennelles actions de grâces, passant tout ce temps en

exercices de piété au pied de son autel, s'interdisant la moindre distraction extérieure, comme pour attester Tunique but de son pèlerinage ; ne se permettant pas même une seule parole oiseuse, elle n'ouvrait la bouche que pour raconter les obligations qu'elle avait à Marie, et porter les autres à la glorifier avec elle. Une inscription commémorative, gravée sur le marbre à son intention, viendra grossir le nombre de celles qui revêtent les murs et les piliers de l'église Notre-Dame des Victoires, dont elles constatent les miracles en même temps qu'elles invitent à espérer pour nous-mêmes quelqu'une de ces faveurs qu'obtient la simplicité d'une humble foi, et dont le superbe lui-même ne saurait nier l'évidence.

14. — Offrande des soldats français à Notre-I^ame des Victoires.

Un dimanche du mois de juin, plus de trois cents soldats et sous-officiers, appartenant aux différents régiments qui composent la garnison de Paris, vinrent à Notre-Dame des Victoires, déposèrent sur son autel un cœur entouré d'emblèmes militaires. Deux épées croisées et deux palmes l'entouraient. Ils assistèrent à la sainte messe pendant laquelle ils tirent leur consécration à Marie, recommandèrent à sa maternelle protection la France, leurs frères d'armes et l'armée française ; car ils avaient déclaré auparavant que c'était en son nom qu'ils venaient rendre cet

hommage à la Mère de Dieu. Un grand nombre d'entre eux, quoique l'heure fût avancée, s'approchèrent de la sainte table.

Qu'il était beau, qu'il était touchant, le spectacle de trois cents militaires venus de tous les points de la capitale et môme des casernes qui l'entourent,àplusieurs lieues à laronde, venus spontanément pours'agenouiiler autour de cet autel et pour exprimer là les mômes vœux, les mômes sentiments. Il frappa si vivement un brave officier, homme de quarante-cinq ans, qu'il vint quelque temps après prier l'abbé Desgenettes d'accepter en hommage à Marie sa croix d'honneur, en exprimant le désir qu'elle fût attachée au cœur offert par ces bons soldats. Le curé de Notre-Dame des Victoires se hâta de remplirsonpieuxdésir, et, depuis plusieurs mois, le triple emblème de l'amour, de l'honneur et delà fidélité, orne l'autel du cœurimmaculé de Marie.

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