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Le vieux soldat converti à Notre-Dame des Victoires

Un Juif qui étudiait la religion catholique, ayant eu le bonheur de se convertir, disait souvent depuis: « Cette sainte religion doit être et est en effet la seule « vraie; car elle prend l'homme par tous les sens : « par la vue, que charment les merveilles de la peinture dont elle décore ses temples; par l'ouïe, « qu'enivre une musique majestueuse; par l'odorat, « qu'enchantent les vapeurs embaumées de l'en- « cens. »

Un exemple, sur mille, confirmera la justesse delà pensée du Juif devenu catholique :

Un soir du mois de Marie — il y a quelques années décela — j'entrai dans l'église de Noire-Dame des Victoires, à Paris, au moment où plus de trois mille voix chantaient les litanies de la sainte Vierge. Comme j'approchais du bénitier à grande peine, car la foule était compacte, je me trouvai en face d'un vieux militaire portant à sa boutonnière la rosette d'officier de la Légion d'honneur. Une jambe de bois attestait

sa bravoure, et justifiait la récompense qui lui avait été donnée.

Ému, le brave militaire vint à moi et me dit, une larme dans les yeux : « Je n'ai jamais rien entendu « de si beau; ce cbant m'électrise et me met hors de « moi. Quel dommage, ajouta-t-il avec l'accent du « regret, qu'on ne puisse d'ici jouir du coup d'œil de « l'autel de la Vierge, dont le reflet des lumières in- « dique la brillante illumination ! »

«Venez avec moi, lui dis-je, et vous serez satisfit fait. » Sortant alors parla grande porte et tournant à droite sur la place et le long de l'église, je le fis pénétrer, en passant par la sacristie, dans la partie qui se trouve en face môme de l'autel privilégié.

Pendant ce court trajet, je me hasardai à dire à mon compagnon : a 11 paraît, monsieur, que c'est la « première fois que vous venez à Notre-Dame des a Victoires ; votre étonnement semble me l'indiquer.

— a Ah! monsieur, me répondit-il, vous savez..., a un ancien militaire... Après avoir bataillé la moitié « de sa vie, on n'a guère plus de plaisir qu'à raconter « ses campagnes. Mais, franchement, je m'ennuie plus « d'une fois le soir, et aujourd'hui — passant par ici — « ceschants m'ont attiré, et j'éprouve un grand plaisir « aies écouler. Il y a si longtemps que je n'ai mis le cr pied dans une église..., plus de trente ans, peut- «être... t)

Nous étions arrivés en vue de l'autel élinech;:'. de

8êô TRENTE ET UNIÈME JOUfi.

lumières ; l'émotion du brave officier redoubla alors. Pour moi, sans le perdre de vue, et le laissant à ses salutaires impressions, je m'éloignai de lui, après l'avoir salué amicalement. Il était vivement attendri et versait des larmes. Quand il sortit de. l'église, après l'office, son front semblait rayonner de bonheur.

Quinze jours après, étant à la messe, dans ce sanctuairebéni de Marie, quelle ne fut pas ma joie lorsque je reconnus pieusement agenouillé à la sainte table ce digne militaire I

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