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Une conversion

Un modeste ouvrier papetier, qui, depuis plus de trente ans s'était concilié la confiance de ses

maîtres, sollicité de rentrer dans le sein de la vraie Église, restait dans l'erreur par la crainte de ses parents; mais, touché de l'exemple de ses maîtres, la grâce triompha enfin de son esprit et de son cœur. 11 se rendit auprès d'une de ses respectables maîtresses, et lui dit : « Me voici franchement décidé à devenir catholique. » Cette dame, après lui avoir témoigné la joie qu'elle en éprouvait, lui rappela quelques-uns des principaux articles de notre croyance ; elle lui dit que les catholiques honorent la très sainte Vierge, Mère de Jésus-Christ, qu'ils la prient, qu'ils réclament sa protection auprès de Dieu. « Ah! oui, madame, répondit-il, avec un accent de conviction difficile à rendre ; nous ne croyons pas à la sainte Vierge; mais moi j'y crois depuis plus d'un an. J'avais toujours entendu dire que Marie était le refuge des malheureux, la consolatrice des affligés ; je me mis à la prier souvent, et avec toute l'ardeur dont j'étais capable, pour qu'elle m'obtînt la guérison de mes yeux, qui depuis longtemps me faisaient beaucoup souffrir, et que rien n'avait pu soulager; je fus bientôt entièrement guéri, et, depuis lors, je l'invoque toujours, et je crois que c'est elle qui veut que je sois catholique . »

Il a été solennellement présenté aux fonts sacrés du baptême le 26 octobre 1843.

1 8?. — ~ Il faut espérer en Marie contre tonte espérance.

A Lyon, on se rappelle cet humble marinier qu'en 1820 la Saône avait surpris dans un de ses plus formidables débordements. Emporté sur un des mille glaçons que charriait la rivière, il voyait se dresser devant lui les ponts où son fragile esquif devait se briser, et du rivage se tendre vers lui des milliers de bras qu'il ne pouvait saisir. Aller à son secours eût été de la démence : on ne pouvait rien pour lui que trembler. Mais au-dessus des quais, entre lesquels il fuit sans retour, il a entrevu le clocher de Notre-Dame. Un éclair de confiance a lui dans son cœur. A genoux sur son flottant écueil, il tend vers Fourvière ses mains suppliantes. La foule a compris et partagé son espoir : a Marie, sauvezle ! » s'écrie-t-elle; et Marie le sauva, répondant par un miracle à ceux qui avaient espéré en elle contre toute espérance.

188. ^-Encore le capitaine Marceau. Relations de quelques missionnaires.

Annatome, baie de Saint-Joseph, 1er et 23 juin 1848.

o Puisque par vos lettres vous me témoignez le dé- « sir d'avoir quelque chose sur M. Marceau, nous vous « en parlerons, cher ami, d'autant plus volontiers

« que nous le vénérons tous comme un saint. Sa con- « duite admirable, pendant que nous étions à son « bord, nous faisait rougir de nous-mêmes, autant « que ses soins paternels nous pénétraient d'affec- « tion. Vous connaissez sans doute le bel ordre qu'il « a établi sur V Arche d'Alliance, et vous savez que la « journée commence par l'oblation du saint Sacrifice. g C'est lui-môme qui veut préparer les ornements « nécessaires à l'auguste offrande. Pénétré de la foi « la plus vive, il estime plus le moindre service fait « pour l'autel, que les premières dignités du monde : a aussi revendique-t-il, comme un des privilèges a attachés à la charge de commandant, le bonheur « d'assister le prêtre. Pendant que nous étions à a bord, à moins que des occupations importantes ne « l'appelassent ailleurs, et durant les trois messes, il « était anéanti et toujours à genoux : on aurait dit « un saint Louis. Un de nos frères coadjuteurs se a présentait-il pour le soulager, M. Marceau le rea merciait, mais il ne pouvait se décider à lui céder a cet honneur. Le Seigneur sembla favoriser la dé- « votion de l'homme de Dieu pour l'adorable Sacrece ment de nos autels. Pendant quinze mois que j'ai « été à bord de Y Arche d'Alliance, ie mauvais temps s ne m'a empêché que vingt-deux fois de célébrer le s saint Sacrilice, ce que j'ai regardé comme une h protection particulière de Marie sur le navire béni « qui porte son nom et sur son dévoué serviteur. A

« Sydney, il se rendait tous les jours de grand matin « à l'église catholique, assisté du docteur, qui sem- « ble mettre sa jouissance à prendre, en tout, son a commandant pour modèle. Là, on voyait ces deux « fervents chrétiens attendre avec empressement a qu'on ouvrît les portes du lieu saint, et ils n'en sorte taient qu'après avoir donné plusieurs heures à la « méditation. Du reste, M. Marceau était sur pied à « quatre heures du matin, et c'était ce pieux et cha- « ritable commandant lui-môme qui daignait nous a réveiller et nous apporter humblement la lumière « dans notre petite cabine, pendant que nous étions « à bord. Que dire de sa dévotion à Marie? Quand il « n'est pas occupé, on le surprend presque ioujours a à rouler son chapelet entre ses doigts. Ainsi que « vous l'avez appris sans doute, comme un bon père « de famille, il réunit soir et matin tout son monde « pour la prière en commun. Il la fait fort pieusea ment; mais à cette invocation des Litanies de la « sainte Vierge, qu'il répète trois fois, Fœderis arca, « il s'anime, et sa voix mâle et accentuée fait vibrer « tous les cœurs. Souvent on le voit réciter le Roa saire avec des kanaks, et, à bord, il le disait même a le soir avec les derniers serviteurs de la cuisine. » Sur un bâtiment de l'État il ne se fût jamais permis cet acte d'humilité si contraire aux lois de la hiérarchie; à bord de Y Arche d'Alliance, il croyait pouvoir donner libre carrière à son amour suniatu-

rel des abaissements, à l'exemple du Fils de Dieu, qui, Roi des rois et souverain Seigneur de toutes choses, s'est mis au rang des esclaves. Mais si l'humilité de Marceau semblait effacer les distances, sa dignité les maintenait, nous le verrons bientôt : car les vertus ne sont jamais contraires à elles-mêmss. « Un mot encore sur sa confiance en la Mère de g Dieu. Elle est sans bornes. Dans sa dévotion tendre a et naïve, il confie, il attribue tout à Marie. Ce n'est « ni moi, ni le gouvernail, qui dirigeons V Arche ; c'est «Elle!... et il montre du doigt la statue de notre « bonne Mère. Un jour, dans un grand danger, il dit : a N'ayez point peur; Y Arche d'Alliance pourra avoir « des épreuves, de grandes épreuves ; mais elle ne « périra point. Au port Saint- Vincent le navire a «touché fond, un craquement s'est fait entendre, « tous ont pâli ; M. Marceau éprouva un premier « mouvement de surprise et d'inquiétude, mais il con- « serva néanmoins son calme, et il nous dit : « Lais- « sez faire la sainte Vierge ; elle nous tirera de là. » a La Providence, en effet, daigna nous faire échap- « per à ce péril, un des plus grands que nous ayons « courus, et qui eût été sans remède; car c'était dans «la Nouvelle-Calédonie!... La veille, M. Marceau « avait fait clouer à l'avant du navire une médaille « de l'Immaculée Conception, etilpensaqu'elleavait « grandement contribué à notre salut. » (Vie du capitaine Marceau.)

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