Dévotion dn bienheureux Alph. Etodrignez
Le bienheureux Alphonse Rodriguez, de la compagnie de Jésus, béatifié le 12 juin 1825, par notre saintpère le pape Léon XII, se distingua, dès sa plus tendre enfance, par une dévotion extraordinaire à la sainte Vierge. Etant encore dans le berceau, lorsqu'il voyait une image de Marie, il la saisissait avec cm-
pressement, la baisait avec la plus tendre dévotion, la pressait amoureusement contre son cœur, et on ne pouvait la lui enlever sans faire couler ses larmes. Dès qu'il apercevait dans un tableau celle qu'il regardait déjà comme sa bonne mère, il la fixait d'un air plein d'amour, en lui parlant le langage d'une confiance toute filiale. Il ne savait qu'imaginer pour lui témoigner son dévouement; il avait composé plusieurs oraisons très-dévotes qu'il lui adressait souvent ; il ne demandait rien à Dieu que par le nom de Marie, et il conseillait aux autres cette sainte pratique.
18. — Combien Nofcre-Seigneur est touché de ee qu'où fait pour sa Mère.
Un jeune gentilhomme, don Bernardin de Mendoza, voulant donner à la sainte Vierge une preuve de sa tendre dévotion pour elle, offrit à sainte Thérèse la maison qu'il possédait près de Valladolid, à Rio de Olmos, pour en faire un couvent de Notre-Dame du mont Carmel. « A vrai dire, j'avais de la répugnance, dit sainte Thérèse, à établir un couvent dans un endroit éloigné de la ville. Cependant l'offre m'était faite de si bon cœur et pour une si belle fin, que je ne crus pas devoir, en la refusant, priver ce jeune seigneur du mérite qui pouvait lui en revenir.
« Environ deux mois après, ce gentilhomme fut saisi d'une maladie subite ; le mal lui ayant enlevé ia parole, il ne put pas bien se confesser; mais il témoi»
gna, par plusieurs signes, demander pardon à Dieu. Il mourut au bout de très -peu de temps dans un lieu fort éloigné de celui où j'étais alors. Le divin Maîlre me dit : « Ma fille, son salut a été en grand danger; « mais j'ai eu compassion de lui et lui ai fait miséri- « corde, en considération du service qu'il a rendu à « ma Mère en donnant cette maison pour y établir « un monastère de son Ordre. Néanmoins, il ne se r- « tira du purgatoire qu'à la première messe qui se « dira dans ce nouveau couvent. »
« A partir de ce jour, les grandes souffrances de cetle âme furent sans cesse présentes à mon esprit. La fondation de Valladolid ne put être aussi prompte que je l'aurais voulu. M'étant arrêtée à Saint-Joseph de Médina del Gampo, Notre-Seigneur me dit un jour dans l'oraison : Hâte-toi, car cette àme souffre beaucoup. Dès ce moment, rien ne put me retenir, et j'arrivai à Valladolid le jour de la fête de saint Laurent. Lorsque je vis la maison malsaine que nous devions habiter, j'en éprouvai un sensible déplaisir. Au milieu de toutes ces difficultés, ce que Notre-Seigneur m'avait dit me soutenait. J'improvisai des cellules où nous pouvions être recueillies ; enfin tout ce qui était d'absolue nécessité fut fait. Le dimanche étant venu avant que l'autorisation nous fût accordée, on nous permit seulement de faire dire la messe dans le lieu destiné à devenir l'église du monastère. Le saint sacrifice y fit donc ofiVrt. J'étais en ce moment fort
éloignée de songer que la prédiction de Notre-Seigneur touchant ce gentilhomme dût s'accomplir alors; j'étais au contraire persuadée que, par ces paroles : à la première messe, le divin Maître désignait celle où l'on mettrait le très-saint sacrement dans notre église. Au moment de la communion, le prêtre s'avança vers nous, tenant le saint ciboire en main. Je m'approchai, et, à l'instant môme où il me donnait la sainte hostie, ce gentilhomme m'apparut à côté de lui, avec un visage tout resplendissant; l'allégresse peinte sur les traits et les mains jointes, i\ me remercia de ce que j'avais fait pour le tirer du purgatoire; je le vis ensuite monter au ciel.
a Je l'avouerai, la première fois que j'entendis de la bouche du divin Maître qu'il était en voie de salut, j étais loin d'une si consolante pensée; je ressentais au contraire une peine très-vive ; il me semblait qu'après la vie qu'il avait menée il eût fallu un autre genre de mort... Oh ! qu'un service, quel qu'il soit, rendu à la très-sainte Vierge, est une grande chose ! Qui dira combien Notre-Seigneur l'agrée et combien sa miséricorde est grande? »