otre-Dame de la Merci
Vers lemilieu du huitième siècle, lesMaures, s'étant rendus maîtres de l'Espagne, ne cessèrent pendant longtemps de faire la guerre aux chrétiens de ces contrées et d'exercer des cruautés inouïes sur les captifs qui tombaient entre leurs mains. On voyait plusieurs de ces malheureux esclaves écorchés tout vifs, d'autres empalés, d'autres brûlés à petit feu ; et, ce qui était plus déplorable, un grand nombre, succombant à de si cruels traitements, renonçaient à la foi et embrassaient lemahométisme. La Mère de miséricorde, touchée de la misère de tant de pauvres captifs, voulut donner des marques éclatantes de sa bonté envers eux en inspirant l'établissement d'un nouvel ordre religieux pour la délivrance des chrétiens esclaves. Ce fut saint Pierre Nolasque qu'elle choisit pour l'exécution de ce pieux dessein en Espagne, comme elle avait choisi saint Jean de Matha, sur la fin du siècle précédent ,v'pour faire un semblable établissement en France. La dévotion à Marie et la charité pour les chrétiens captifs étaient les deux vertus favorites de Pierre
Nolasque, et semblaient être nées, pour ainsi dire, avec lui. Un jour qu'il était en oraison, fondant en larmes de compassion en considérant combien de pauvres chrétiens gémissaient sous la tyrannie des infidèles, la sainte Vierge lui apparut, et lui dit qu'il ne pourrait rien faire qui fût plus agréable à son Fils et à elle que d'établir une nouvelle congrégation sous le titre de Notre-Dame de la Merci, dont la fin serait de travailler à la rédemption des chrétiens esclaves chez les Maures. Le saint ne délibéra pas un moment; il vendit tous ses biens pour les consacrer à cette bonne œuvre, et, par les conseils et le zèle de saint Raymond de Pennafort, et les secours de Jacques, roi d'Aragon, qui avaient eu tous deux la môme révélation, il institua à Barcelonne, en 1223 , avec l'approbation du Saint-Siège, l'ordre de Notre-Dame de la Merci de la rédemption des captifs. L'Église, toujours zélée pour honorer la mère de Dieu et pour augmenter tous les jours davantage son culte et la dévotion des fidèles envers cette mère de miséricorde, a établi une fête particulière le 24 septembre, en actions de grâces de l'institution d'un ordre qui est lui-même un miracle permanent de la plus héroïque charité. ( Vie de saint Pierre Nolasque.)
24=. — 12ort touchante d'un pieux missionnaire maoïste.
Quand vint le moment où il fallut dire au P. Nivel-
leau qu'il était mûr pour le ciel, que sa carrière avait obtenu par la générosité ce qu'elle ne pouvait obtenir par la durée, il fît le signe de la croix et commença sa confession. C'était l'enfant de Marie qui s'apprêtait à aller rejoindre sa Mère. Pendant les quarante-buit heures qu'il survécut à la réception des derniers sacrements, tout ce qui lui restait de forces fut consacré à des aspirations ardentes vers Dieu. Le missionnaire qui l'assistait lui ayant demandé s'il n'avait pas un mot à lui dire pour sa famille et ses confrères : <c Oui, dit-il, j'ai ma mère qui m'a accompagné jusqu'à Lyon , j'ai mes frères , mes sœurs... j'ai mes pères et mes frères de la Société de Marie... j'ai les gens de Tonga... je les aime tous... dites-le à ceux que vous reverrez. Moi... je m'en vais... Occupons-nous de mon voyage... Quand je serai arrivé, je penserai à eux et à vous tous. »
Le lendemain il était en agonie dès l'aurore. Ses derniers moments furent accompagnés .l'une pensée céleste, et il paraît que la sainte Vierge voulut lui faire goûter à l'avance quelque chose des joies de la patrie. Nous allons transcrire la relation que le P. Cab>ori a faite des derniers moments du P. Nivelleau ;
« C'était une demi-heure avant son dernier soupir. « Le docteur et moi nous étions présents. Le malade ce était sans parole, sa respiration était courte et ema barrassée ; il avait les extrémités froides et était ina capable de se mouvoir. . . Tout à coup il se manifeste
« dans tout son corps un mouvement étrange, mais « non convulsif. Je ne trouve rien dans mes souvenirs « à quoi le comparer, sinonà l'agitation d'un petit enci fant, impatient du berceau, qui fait effort pour se <« soulever vers sa mère qui se penche sur lui. Eh « bien, notre cher confrère soulève donc autant qu'il « peutses mains affaibliespar la souffrance, en disant « d'abord : « Ah! ah! ah!... » Puis, à travers les soua pirs saccadés d'une indicible émotion de joie, il « laisse échapper ces mots : Exultavit spiriius meus « in Deo salutari meo. Il retombe bientôt dans sa preo mière immobilité... Je restai seul avec l'agonisant; « j'approchai ma bouche de son oreille. Ce qui venait « d'avoir lieu m'avait frappé, et, comme jusque-là, il « avait conservé une pleine connaissance, je voulus « m'assurer si à la fin il n'y avait pas en lui quelque « trace de délire, « Que veut dire cette émotion? » « lui dis-je ? Ses lèvres palpitèrent, mais la poitrine « ne produisit aucun son. Je posai alors mes ques- « tions de manière à ménager des réponses par sici gnes : « Aimez-vous bien le bon Dieu? Il me répoi> « dit par signe : Oui. — Et la sainte Vierge? — Oui. « —Vous aurait-elle apparu?— Oui. — Désirez-vous « la suivre dans le ciel ? — Oui. — Regrettez-vous « la vie de ce monde? — Non. —Tenez-vous à quelce que chose sur la terre? — Non. — Vous aimez ce- « pendant votre mère, vos confrères, vos fidèles de « Tonga? — Oui. — Nous oublierez-vous quand vous
64 TROISIÈME JOUIt.
« serez au ciel ? — Non. » Et sans éprouver la moin- « dre secousse, le plus léger signe de convulsion, il « rendit sa belle âme à son Créateur.
« Celait le JO décembre 1852. Le lendemain, tout « le bord était en tenue; on fî\ la cérémonie des fu- « nérailles, et deux coups de canon avertirent l'Océan o de recevoir en dépôt les restes mortels de cet ence fant de Marie pour les rendre au jour de la résur- « rection avec plusieurs autres de la même Mère « qu'il renferme déjà dans son sein. »