‹ Nouveau mois de MarieChapitre 19 sur 121 · lie loup changé en agneau · texte numérisé non relu

lie loup changé en agneau

La protection delà sainte Viergea été de tout temps une source degràces etdebénédictionspour tous ceux qui lui sont dévoués. Saint André Corsini en est une preuve, entre un million d'autres. Avant qu'il fût né, son père et sa mère avaient promis à Dieu le premier fruit de leur mariage; mais André ne répondit pas d'abord à leurs pieuses intentions. La compagnie de quelques libertins l'entraîna bientôt dans le vice, et il ne s'y plongea pas à demi. Le jeu, les spectacles, la débauche, étouffèrent en peu de temps tous les sentiments de piété qui avaient fait d'abord impression sur lui. André devint un des plus dissolus; et, comme le libertinage rend ordinairement impoli, intraitable et brutal, il ne recevait guère qu'avec mépris les salutaires avertissements de sa pieuse mère. Dans la désolation que lui causait la mauvaise conduite de son

fils, elle n'eut d'autres ressources qu'en la protection de la sainte Vierge, par l'intercession de laquelle elle l'avait obtenu de Dieu et au service de laquelle elle l'avait voué dès sa naissance. Sa confiance persévérante ne fut pas sans fruit. Un jour qu'André se préparait à une partie de plaisir, il s'aperçut que sa mère fondait en larmes. Un fond de tendresse etde curiosité lui fit demander avec instance le sujet de ses pleurs. a Je pleure, mon fils, répond cette vertueuse dame, de ce que je ne vois que trop vérifier la première partie d'un songe que j'eus la nuit qui précéda votre naissance. Je m'imaginai que j'avais mis au monde un louveteau ; il est vrai, ajouta-t-elle, que je le vis changé en agneau dès qu'il fut entré dans l'église des pères Carmes. Nous crûmes, votre père et moi, que nous empêcherions l'effet d'un pronostic si funeste en vous consacrant à la sainte Vierge. Mais notre précaution n'a servi qu'à nous rendre votre conduite plus affligeante. Vos mœurs ne me prouvent que trop que ma vision a été quelque chose de plus qu'un songe. Heureuse encore si je pouvais, avant de mourir, voir ce louveteau changé en agneau 1 d Ces paroles, accompagnées de beaucoup de larmes et prononcées d'un ton inspiré parla piété et la tendresse, touchèrent le jeune homme. Il fut frappé du songe, et encore plus de la réalité ; et la grâce, agissant sur son cœur profondément ému, acheva bientôt son ouvrage, ci Non, vous ne mourrez point, ma mère, répond

André, sans avoir la consolation de voir ce loup changé en agneau. Je n'ai été que trop longtemps ce que ce vil animal signifie; vous allez voir sur l'heure le parfait accomplissement de votre vision. Vous m'avez voué, dites-vous, à la mère de Dieu; il est juste que je me consacre à son service. Consolez-vous, ma chère mère, vos prières etvos larmes n'auront pas été infructueuses. Pardonnez-moi les déplaisirs que je vous ai causés, oubliez ma dureté et mon ingratitude, et obtenez-moi, par vos prières, le pardon de mes péchés. »

A peine avait-il cessé de parler, que, sans donner le loisir à sa mère de revenir de l'agréable surprise où l'avait jetée une conversion si prompte et si peu attendue, il va dans l'église des révérends pères Carmes, et, se prosternant devant l'autel de la sainte Vierge, fondant en larmes, il s'offre à Dieu et à cette divine Marie, comme une victime qui leur était consacrée dès sa naissance, mais que le monde retenait dans ses fers depuis longtemps. Son offrande fut acceptée, André sentit tout à coup ses liens brisés ; animé d'un nouvel esprit, plein d'un nouveau courage, il prit à l'instant la résolution de se faire religieux, et embrassa le célèbre institut des Carmes, dont il devint bientôt un des plus beaux ornements. Pénétré de la plus vive reconnaissance envers la mère de Dieu, à qui il était redevable de sa conversion, il eut toujours pour elle une grande dévotion et. une tendre con-

fiance, et iï ne voulut jamais d'autre qualité que celle de serviteur de Marie.

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