DeTotion «lu commandant Dagon de Lacontrie à Marie
On a communiqué à V Espérance de Nancy la lettre suivante, écrite par le brave commandant Dagon de Lacontrie :
« Le 8 septembre 1855, huit heures du matin.
« C'est aujourd'hui le grand jour, jour de l'assaut « général de la tour de Malakoff et de toutes les poot sitions fortifiées par les Russes. Que Dieu nous pro- « tége et que la sainte Vierge nous accompagne au « milieu des périls 1
Je n'ai que cinq minutes, je vous les donne. Je ne « veux pas que vous soyez sans nouvelles de votre « sincère ami ; dans le cas où Dieu m'appellerait à lui, « priez pour mon âme, et consolez ma pauvre femme.
« La Heine du ciel, Notre Dame de la Garde, a déjà ft beaucoup fait pour votre ami, et mon saint patron o m'a protégé dans la nuit du 24 au 25 août, pendant « laquelle mon pauvre corps a été exposé à la mi- « traille, aux boulets, aux bombes et à une fusillade et diabolique. J'ai eu 125 hommes hors de combat, « dont 24 tués. »
M. Dagon de Lacontrie, ajoute Y Espérance, est mort quelques heures après avoir tracé ces lignes, en donnant à son bataillon l'exemple delà plus impétueuse valeur, Chrétien fervent, brave soldat, chef estimé de
ses supérieurs, aimé de ses subordonnés, il laisse d'impérissables regrets à tous ceux qui l'ont connu; mais il leur laisse aussi de bien consolantes espérances. Notre-Dame de la Garde, aux pieds de laquelle il avait déposé sa croix d'honneur au moment de quitter Marseille, aura été, jusqu'au trône de Dieu, sa protectrice et son avocate.
Cl . — ï e îîr-sYe coloîsol Rnpais o£Ve avai;t «le mourir, sa croix de commandeur à ^'otre-Mamo de Boulogne.
Le colonel Dupuis est mort en héros, mais en héros chrétien. Il a succombé à l'attaque du redan du Carénage, à la tôte de son régiment, que son exemple avait entraîné. Avant de s'embarquer pour l'Orient, il envoyait son offrande à Notre-Dame de Boulogne; avant de mourir, quelques heures seulement avant de monter à l'assaut, c'était encore à la patronne de Boulogne qu'il pensait, et dans une touchante lettre reçue par sa famille, dernière et suprême expression de son cœur, confiée à une main amie et dévouée, c'est à ses amis et aux pauvres de Boulogne qu'il adresse les derniers mots échappés a sa plume, c'est à l'autel de la sainte Vierge qu'il destine la dernière marque de distinction qu'il ait reçue delà patrie pour laquelle il s 'apprête a mourir.
Voici un extrait de cette lettre si simple et si belle, que nous reproduisons avec une religieuse fidélité,
et que ses concitoyens liront avec l'émotion que nous ressentons nous-même :
« Inkermann, le 8 septembre, six heures du matin,
« Mon bon et cher François,
a C'est aujourd'hui le grand jour d'attaque; nous g prenons les armes à sept heures et à huit heures, a à midi l'assaut sera rude. A midi! J'ai pleine con- « fiance en Dieu et sur mon retour; mais, en t'éeri- « vant, j'ai à te prouver que jusqu'à mon dernier « soupir je penserai à toi, à tes enfants, à notre «bonne sœur Florentine...
« Donne vingt francs pour la cathédrale de Notre- « Dame et vingt francs aux pauvres de la ville.
a Si je meurs, tu donneras au musée de Boulogne « bien des choses, et à Notre-Dame ma croix de com- « mandeur, avec l'assentiment du vénéré M. Haf- « freingue.
« Adieu, trôs-cher frère, ou plutôt au revoir; je « t'embrasse de tout mon cœur et de toute mon âme. « Ton frère, ton ami dévoué.
« Depuis. »