ILe capucin aveugle «lu couvent de XSessine
En 1848, laSicile s'étant révoltée contre son souverain, le roi de Naples, celui-ci fut obligé d'en faire, pour ainsi dire, la conquête. On fit le siège de Messine. Cette belle et grande ville fut bientôt emportée d'assaut par les troupes napolitaines, qui l'assiégèrent durant cinq jours, et qui entrèrent, victorieuses et irritées, par le faubourg du Midi. C'était le jeudi 7 septembre, veille de là grande fête de la nativité de la très-sainte Vierge, Les malades siciliens avaient été transportés au quartier qui s'étend au nord, dans un
couvent de capucins, à un kilomètre du bord de la mer. On n'eut pas plutôt appris l'approche de l'ennemi, que tous les blessés se lèvent, se pressent, s'enfuient comme ils peuvent, cherchant à gagner la campagne, et à échapper ainsi plus sûrement à une vengeance dont ils redoutaient les excès. Les religieux eux- mômes, suivant l'impulsion et la terreur du moment, s'étaient mis, par la fuite, à l'abri du danger. On entendait, dans le lointain, les coups de feu des combattants ; le canon résonnait avec violence ; les cris de la multitude se mêlaient à ce bruit horrible, et l'augmentaient de leurs mille discordances.il semblait que la mort planât sur cette immense et riche cité, peupléede près cent millehabitants. Un malade restait cependant dans la longue galerie du couvent, ne pouvant qu'avec peine se traînera la suite des autres, qui étaient déjà bien loin. Cet homme, qui était un Français, avait eu le bras et l'épaule brisés par un boulet, quelques jours auparavant ; il avait perdu beaucoup de sang, et, par conséquent, presque toutes ses forces. Il était seul, et le désespoir venait peu à peu le saisir, plus poignant à mesure que l'infortuné entendait plus distinctement le combat et les clameurs menaçantes des soldats qui approchaient. Incapable enfin d'aller plus loin, il s'étend à terre peur ^nbirle sort qui lui paraît inévitable, Mais, au mo* ment oîi sa }£te s'appuyait contre la muraille, elle louche une porto qui s'onyre et qui donnait dans nw
cellule de religieux. Il regarde. Un pauvre moine à cheveux blancs était à genoux aux pieds d'un crucifix, absorbé dans sa prière, et faisant sans doute à Dieu le sacrifice de sa vie. « Sauvez-moi ! mon Père, s'écrie le blessé ; je ne puis plus me soutenir ; mon sang a coulé, je n'ai plus de forces, je vais expirer ici. Sauvez-moi, par pitié! — Hélas ! répond le vieillard, que puis-je faire? mon enfant ; je suis aveugle, on m'a abandonné comme vous ; je ne regrette pas la vie ; maisvous, mon fils, il me semble, à votre voix, que vous êtes jeune, il faut fuir. Entendez-vous la mort qui approche pour nous ?Fcyez, fuyez donc ! — Mon Père, je tombe ! Je me meurs ! impossible défaire un pas de plus... » Et il tomba en effet. Le vénérable religieux, joignant les mains et levant au ciel des yeux qui ne voyaient plus : « Eh bien ! s'écria-t-il comme inspiré, au nom de cette Vierge sainte (et il montrait une petite statue de la sainte Vierge), je vous ordonne de marcher ! Vous serez sauvé par Marie ! » A l'instant le blessé ne sent plus sa faiblesse, il se relève comme soutenu par une force invisible ; il sort, traverse de longues avenues, arrive au bord de la mer, toujours sous l'impression de la miraculeuse parole. Là, il rencontre un petit enfant de huit ans, qui se dévoue pour lui trouver une barque, où il le fait monter, et le conduit lui-même dans un vaisseau qui stationnait non loin de Messine. C'est en versant des larmes d'attendrissement et de reconnaissance
que le protégé de Marie me raconta aussitôt à moimême ce trait si touchant; je me promis bien qu'il neresterait pas dans l'oubli. Quant au vieux moine, je n'ai pas su ce qu'il était devenu. S'il a péri dans le massacre, et j'aime encore à penser que non, il a couronné parle martyre une vie employée tout entière au bien, à la vertu et à Dieu... quel sort est plus digne d'envie ? (L'abbé V. Postel.)
3G. — Un petit cierge à Marie*
Un fait bien touchant s'est passé en 1853 en Belgique pendant le mois de mai.
Deux vieillards vivaient avec peine dans un misérable petit galetas, qu'ils payaient 20 francs par an. Il se couchaient bien souvent sans souper, et souvent aussi, ces jours-là, leur déjeuner avait consisté en quelques croûtes dures, détrempées dans l'eau. Ils n'osaient pas faire connaître leur pauvreté: ils avaient clé à leur aise, autrefois. Un jour, c'était un samedi, ils se trouvèrent sans le sou, sans pain, sans nourriture. La femme était impotente, le mari, malade et obligé de garderie lit... Lajournée se passa dans l'angoisse, la nuit survint sans qu'ils eussent rien mangé. Ils pleuraient et priaient. La journée du dimanche fut encore plus affreuse. Il y avait quarante-huit heures qu'ils n'avaient rien pris. La sueur ruisselait de leurs visages hâves et pâles. «Nous allons mourir, ma pauvre femme, dit le vieillard, Dieu nous abandonne î » Elle,
nerépondit point. Quelques temps après, cependant, elle relève la lête, et, comme frappée d'une inspiration subite: «Mon ami, s'écrie-t-elle, invoquons la trèssainte Vierge : elle est la consolatrice des affligés etie refuge de ceux qui souffrent, c'est elle qui nous sauvera. Tiens, ajouta-t-elle, il me reste un petit cierge dans le tiroir, faisons-le brûler devant son image, Marie viendra à notre secours. » Les deux infortunés, ranimés par ce dernier espoir, se lèvent avec peine, c'était au milieu de la nuit. Ils trouvent le cierge, l'allument et le placent devant une statue de la trèssainte Vierge qui n'avait pas rencontré d'acheteurs, parce qu'elle n'avait point de valeur matérielle. Ils se mettent à genoux, et, appuyés l'un sur l'autre, ils appellent à leur aide celle que jamais on n'invoqua en vain; ils pleuraient amèrement. Une ouvrière voisine, s'clant levée au milieu de la nuit pour donnera boire à son enfant malade, remarqua de la lumière à la petite fenêtre des deux pauvres vieillards. Les pauvres gens sont donc malades ? se demanda-t-elle. Et, poussée par je ne sais quel instinct, elle prend sa lanterne et monte jusque chez eux. Elle ouvre la porte. Quel douloureux spectacle ! Les deux infortunés, haletants, défaits, pouvant à peine se tenir, étaient plutôt affaisés qu'agenouillés devant l'image de la Mère du Sauveur... Ils avouent leur position. La charitable voisine court aussitôt leur chercher du bouillon, du nain et quelques autres ncliles provisions. Le lende -■
main elle va avertirle curé et le président de la conférence de Saint-Vincent de Paul, qui s'empressent de porterquelques secours à ces malheureux. Pourcomble de bénédictions, quelques jours après, un petit héritage leur survint, et désormais, à l'abri de la misère, ils racontent, à qui veut l'entendre, l'assistance vraiment miraculeuse qu'ils ontreçue de la très-sainte Vierge, pour un petit cierge qu'ils avaient brûlé en son honneur.
S? . — B>eTot£oa des Algériens à la sainte Vierge.
Partout où la religion chrétienne s'introduit, elle fait entrer avec elle le culte de Marie. Les nouveaux convertis et môme ceux qui sont encore infidèles ne trouvent rien de plus naturel et de plus doux à leur cœur que d'honorer la Mère du Dieu qui est mort pour eux. Il n'y a pas longtemps que le christianisme est rentré, à la suite de nos armées victorieuses, dans l'Algérie, d'où il avait été banni depuis tant de siècles par les mahométans : eh bien, à peine ces pauvres peuples ont-ils entendu parler de lasainte Vierge, qu'ils se sont empressés de l'entourer de leurs hommages et de leurs respects.
Voici ce qu'en écrivait, il y a quelques années, M. l'abbé Suchet, alors curé deConstantine, et depuis vicaire général d'Alger: «Ces peuples ont une tendance particulière h la dévotion à la sainte Vierge... Aussi je me suis empressé de faire construire un autel
à celle bonne mère. Pour piquer la curiosité et exciter la dévotion des Algériens, nous avons orné cet autel avec des branches de palmier d'une hauteur prodigieuse ; nous avons fait aussi, tant bien que mal, une vierge en cire, et nous l'avons habillée magnifiquement. Tous ces bons Arabes se portent en foule à la chapelle de celle qu'ils appellent madame Marie; ils la regardent avec étonnement et la prient spontanément à leur manière, c'est-à-dire par un mouvement de leurs mains jointes et ouvertes, la paume tournée vers le ciel, les élevant elles abaissant sans cesse, et faisant le môme mouvement avec le corps et la télé, en prononçant, avec vivacité et onction, des paroles de confiance et d'amour. Puis ils se tournent avec satisfaction vers nous, en disant, dans leur langue que nous commençons un peu à comprendre : Madame Marie, c'est la mère de Dieu, c'est aussi notre mère, puisque vous nous l'avez dit. File est bien bonne, puisque c'est elle qui vous a inspiré de venir vers nous et de nous faire tant de bien. Ils finissent toujours leur éloge à Marie par ces mots : Tous ensemble, vous et nous, nous aimons beaucoup madame Marie. Les femmes des principaux habitants ont demandé des médailles et de petites statuettes de la sainte Vierge, qu'elles portent à leur cou, comme leur plus belle parure, et qu'elles baisent avec dévotion trois fois par jour, en priant celteMère de miséricorde de les éclairer et de les protéger. « 0 Marie ! s'écrie le pieux curé à la
fin de cette intéressante relation, vous les avez entendus, vous les éclairerez, et vous les prendrez pour vos enfants. »
8 S. — - Une confiance ingénue.
Une femme était à genoux dans la chapelle latérale d'une pauvre église, devant une madone portant, avec maintes grappes de raisin, maints cœurs d'argent, et maints épis de blé, un enfant Jésus dans ses bras. Les yeux de cette femme, tendus plutôt qu'élevés vers le ciel; ses mains qu'elle serrait âprement; son visage, son attitude, tout en elle exprimait une émotion violente. Il y avait même dans le jeu de ses traits un mélange très-marqué de prière ardente et de reproche. Du reste, point de respect humain : l'affaire était d'elle à la Vierge ; et, tout à sa céleste auditrice, elle se souciait fort peu que quelqu'un de ce monde entendît ces paroles : a 0 sainte Vierge, disait-elle tout haut avec une admirable expression de foi et de douceur, est-ce bien avec moi que vous pouvez agir ainsi? Vous ai-je jamais abandonnée, moi, comme vous m'a* bandonnez maintenant?... Depuis que j'ai l'âge de raison, ai-je passé un seul jour sans vous dire une dizaine de chapelet?... A l'Assomption dernière, c'est encore moi qui vous ai apporté ce beau cierge qui a brûlé jusqu'à minuit devant votre image ! Je ne passe pas une fois devant votre sainte église, que je ne m'y agenouille le temps d'un Ave Maria, et pourtant voilà
que mon fils est tombé au sort !. . . Si vous ne le sauvez, rien ne peut l'empêcher de partir!... Il va partir, sainte Madone, mon enfant, mon seul enfant ! 11... » Alors cette femme se met à fondre en larmes, à dire des paroles sans suite, à pousser des exclamations vers Dieu en se serrant les bras contre la poitrine. « Voyez la Peppona, reprend-elle après un instant de silence ; c'est une bonne femme, en vérité ; mais enfin elle n'en fait pas plus que moi pour votre honneur; et à la Saint-Jean dernière, vous avez guéri tout de suite son petit que tout le monde croyait mort. Il court les champs, et moi, mon fils va partir!... Ah! mon Dieu! ah ! Seigneur, mon Dieu ! » Ici nouvelles larmes, nouvelles prières ferventes à Dieu, aux saints, à la Vierge surtout. Mais tout à coup elle s'anime, son œil devient ardent comme le feu : elle se lève : « Ainsi, vous ne m'avez pas entendue ! vous ne voulez pas m'écouter ! je n'ai pourtant qu'un seul enfant, comme vous, moi ! disait-elle en roidissant ses deux mains, en les élevant vers la sainte Madone; et si votre enfant vous laissait seule aussi, si Dieu vous fermait son oreille, quand vous le prieriez pour votre enfant?... si l'on enlevait votre enfant?... » Sa voix s'animait de plus en plus, ses gestes deviennent menaçants. Enfin elle s'élance, pose un genou sur l'autel, et arrache des bras de la sainte Vierge l'enfant Jésus : « Eh bien, qu'en ditesvous, à présent?... » En prononçant ces mots, son regard étincelant interrogeait avec une douloureuse
amertume celle qu'elle venait de prier. Mais ce fut un éclair; bientôt elle pressa amoureusement contre son sein, comme pour le consoler d'être séparée de sa douce mère, l'image inanimée de l'enfant Jésus : un déluge de l'armes s'échappa de ses yeux, elle baisa respectueusement les pieds et les mains du Sauveur, puis remit tant bien que mal le Bambino dans les bras de la Madone. — Certes, voilà bien de la foi et de la foi vraie!... La sainte Vierge ne put résister aux prières et aux larmes de cette pauvre mère. Quelques jours après, son fils fut exempté du service.
(Mois de Marie par l'abbé Richard.)