Lettre d'an soldat. — ïLe s capillaire
« Chambave, le 18 décembre 1859.
« Monsieur le Vicaire général,
«Sachant que tout ce qui rappelle aux enfants de Marie l'amour et la protection de cette bonne Mère est accueilli avec bonté, et trouve place dans votre Rosier, qui répand toujours de plus en plus le parfum tout divin de la Rose mystique, je m'empresse de vous communiquer la lettre suivante, que vient de m'écrire tm militaire de laparoisse, qui doit sa vie, selon moi, non pas tant aux prières des autres, comme son humilité le lui fait dire, mais bien à la vraie dévotion qu'il a toujours eue envers Marie. Il en fut toujours le véritable enfant, et Marie s'en est toujours montrée la tendre mère.
« Bergame, le 30 novembre 1S59.
« Monsieur le Prieur, « Ne vous ayant pas écrit depuis quelque temps, u vous direz peut-être que je vous ai oublié ou que je
« n'ai plus pour vous la mêmeaffection. Il n'cnestrien, « mon cher pasteur; car je vous ai toujours présent « à mon esprit, et je conserve au fond de mon cœur la « même affection que j'ai toujours eue pour vous de- « puis que je vous ai connu. Mais à l'amour je « dois encore, en ce moment surtout, joindre la re- « connaissance ; car si je suis en vie, je le dois à vos «prières et aux prières de ceux qui m'aiment, « puisque je n'ai été sauvé que par une espèce de « miracle.
« Je me trouvais à la distance de cinquante pas en- « viron de l'ennemi ; j'étais occupé à charger ma caa rabine, j'avais arraché la baguette ; tout à coup, je « la sentis sauter avec impétuosité dans ma main et « battre sur ma figure ; elle était courbée en cercle. « C'était une balle qui venait directement me frapper « à la poitrine; elle a rencontré la baguette de ma « carabine, laquelle, se trouvant plus dure que la « balle, la fit dévier de son cours : après le choc, je « me trouvai une main et une partie de la figure « remplies de petits fragments de plomb pro- « duits par le frottement de la balle contre la ba- « guette.
« Jugez maintenant si on ne connaît pas là visible- « ment la main du Tout-Puissant et l'efficacité des « prières de ceux qui lui sont dévoués. Si par hasard « j'avais tardé une seconde à faire ce certain mouve- « ment, ou si je l'avais seulement écarté d'un centi-
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et mètre, je ne serais plus de ce monde. Si mon sca- « pulaire n'a pas arrêté une balle qui s'est aplatie sur a lui, il l'a fait dévier, ce qui revient au même pour u moi. Je ne reconnais donc pas moins la toute-puis- « sance de Marie, et sa grande bonté envers ceux « qu'elle protège.
« Je témoigne donc ici à Marie une bien vive recong naissance pour la protection dont elle m'a couvert, « et à tous mes parents, mes amis, et à vous, mon « cher Pasteur, pour lui avoir demandé une assistance « si visible sur moi. Maintenant, il est vrai, je ne suis « plus exposé aux balles de l'ennemi; je suis cepen- « dant toujours entouré d'ennemis bien plus terri- « blés encore, parce qu'ils en veulent à mon âme, à « mon salut : j'ai donc encore plus besoin que Marie et m'assiste, que Marie me protège; continuez donc, « s'il vous plaît, à la prier pour moi, et à me recom- « mander à elle, surtout aux pieds de l'autel de son « saint et immaculé cœur.
« Je suis avec la plus vive reconnaissance,
a Gh. BÉTEMrs. »
« Ce trait d'une protection si visible sur ce militaire montre encore une fois de plus combien Marie veille sur ceux qui lui appartiennent. Ce jeune homme, qui n'est âgé que de vingt-cinq ans, a été ce qu'il est maintenant depuis sa tendre enfance, toujours la consolation de ses supérieurs, l'exemple de son âge
et le modèle de son sexe en tout, mais d'une manière spéciale par sa dévotion à Marie.
« F. J. Frassy, prieur-curé de Chambave. »
4=4:. — Hommage offert à Marie par les blessés français de l'ambulance de Fera.
« Le 8 décembre 1854, rapporte le journal des Bons-Exemples, la fête de l'Immaculée Conception a été solennellement célébrée dans l'ambulance française de Péra, àConstantinople. Une inspiration vraiment digne de la France donnait à celte fête un caractère exceptionnel de simplicité touchante et de grandeur héroïque. Au-dessus de l'autel de la Vierge, on voyait appendu un cœur de grande dimension, fait avec les projectiles extraits des membres mutilés de ces glorieux blessés, dont le sang si généreusement répandu est un baptême de régénération aux yeux de Dieu, comme il est un baplême de gloire aux yeux des hommes.
a Qu'on se figure ces nobles débris de nos armées victorieuses autour de l'image de Marie cherchant dans ses regards maternels un sourire approbateur qui leur dise qu'ils ont bien mérité du ciel, comme ils ont bien mérité de la patrie. Quel tableau saisissant que ces groupes d'hommes balafrés par le glaive, transpercés par les balles et dépecés en tous sens parle bistouri du chirurgien, qui achève, poursauver le reste du corps, les amputations commencées
par la mitraille ! Ils étaient là, ces fiers soldats, fiers de leurs blessures encore saignantes, fiers de leurs cicatrices, offrant à la Reine des martyrs, à la Consolatrice des affligés, la prière môme de leur sang, la prière môme de leurs souffrances. Devant de telles scènes l'admiration devient muette, aucune parole n'est suffisante pour les peindre ; on ne peut, en présence de tels faits, que bénir Dieu qui met tant d'élévation dans le cœur des héros, et chérir davantage la France, qui produit de tels hommes, si grands dans leurs actes de soldats, si pieux et si tendres dans leurs actes de chrétiens.
4L5. — E«e calte de Marie à Constnntinople.
On écrivait de Constantinople au moment de la guerre en Grimée :
« Rien n'est touchant comme la piété de nos soldats envers Marie ; on en a déjà cité bien des exemples, chaque jour en apporte encore de nouveaux.
«Ah ! monsieur l'aumônier, » disait, avec l'accent d'une profonde conviction, un porte-étendard blessé sur les parapets de Malakoffoù il avait tenu constamment élevé le drapeau confié à sa valeur, « nous a volions dans cette journée mémorable du 8 sep- « tembre; une force inconnue nous poussait au mi- « lieu des torrents de feu et de la mitraille. Aussi, « lorsque en vingt minutes au plus nous nous fûmes «rendus maîtres de ces formidables ouvrages dont
« la prise devait décider du sort de la ville, je ne pus o m'empêcher de m'écrier : Avant lout, nous le ci devons à l'Immaculée Vierge dont nous porlons « tous la médaille. »
o Dès l'arrivée de nos premiers régiments, en effet, à Gallipoli, au Pirée, à Varna, nous pûmes constater qu'une grande partie de nos soldats portaient la médaille sur laquelle l'image de Marie est empreinte. Ceux qui ne l'avaient pas la recevaient avec reconnaissance de la main des aumôniers ou des sœurs. Aussi est-ce en la pressant sur leurs lèvres que plusieurs expiraient plus lard dans nos hôpitaux et nos ambulances, ou sous les balles de l'ennemi, à l'Aima, à Traktir, à Sébaslopol.
« Aujourd'hui, dans chacun de nos quatorze établissements hospitaliers de Gonstantinople, la statue rie l'immaculée Mère de Dieu apparaît entourée de peintures et d'ornements, qui sont comme des ex-voto offerts par nos soldats blessés ; puis, lorsqu'arrivent les jours plus spécialement consacrés à Marie, ils s'empressent d'organiser des chœurs, et leurs voix mâles célèbrent par de pieux accords les louanges de la Reine des cieux.
« Les Russes témoignent aussi à leur manière la dévotion qu'ils conservent pour Celle que, malgré leur schisme, ils reconnaissent comme la sainte Mère de Dieu, Bogoroditza. Ils ont reçu de l'Église grecque, en héritage, son respect pour la Panaghia tuule
sainte. Et qui sait si le moment ne viendra pas où ces sentiments de vénération seront les motifs déterminants de leur retour à l'unité de la foi?
«Enfin, il n'est pas jusqu'aux musulmans qui, sur la parole de Mahomet, ne croient à la parfaite sainteté de Marie. Sur ce point ils sont d'accord avec nous. « Marie, mère de tous, » disent- ils, car telle est la traduction littérale de ce titre touchant qu'ils lui donnent, Mariam-ona. Ils se considèrent donc comme ses enfants, et, s'ils méconnaissent la divinité du Fils, tout espoir n'est pas perdu peut-être qu'un jour ils ne reviennent h lui par sa mère.
ail n'y a pas longtemps que des softas, élèves do théologie mahométane, nous montraient avec complaisance sur la voûte de la grande basilique de Sainte- Sophie, transformée aujourd'hui en mosquée l'image de la Sophia ou Sagesse primordiale, assistante des Conseils du Très-Haut. Ce symbole antique de la très* sainte Vierge, éclairé par un rayon du soleil levant, ressortait à travers la couche de plâtre, doré dont les Turcs l'ont revêtu. En contemplant les traits de Marie et ceux de l'Enfant divin à demi cachés par ce voile épais, nous pensions que c'était là aussi comme une image de l'état actuel de la société ottomane. Le voile de l'erreur la recouvre encore ; mais on dirait que l'on commence cependant à y entrevoir quelques traces de la vérité chrétienne, qui seule peut amener sa véritable régénération. »
&6. — Un épisode du Mamelon Vert,
(guerbe d'orient.)
Le fait que nous allons raconter prouvera une fois de plus la puissance de Marie et sa maternelle proteclion sur ceux qui l'aiment et qui l'invoquent au moment du danger. Le fait se passe à la fameuse et terrible attaque du Mamelon Vert.
Le régiment dont faisait partie notre ami devait aller le premier à l'attaque ; mais, soit pour ne pas jeter l'épouvante, soit par une décision prise au moment du combat, on cacha aux jeunes soldats qu'ils devaient soutenir le premier feu. On les fit donc placer derrière tous les autres régiments comme s'ils ne devaient marcher que les derniers ; mais pendant que le combat s'engage avec un cruel acharnement de part et d'autre, un ordre soudain est donné, et c'est celui dont fait partie notre jeune ami qui doit s'avancer en première ligne pour recevoir la décharge la. plus vive et la plus meurtrière.
A cet instant suprême où tous vont courir à une mort certaine et inévitable, les camarades se regardent comme pour se dire un éternel adieu, des larmes involontaires coulent de tous les yeux et chacun prononce une dernière fois le nom d'une mère adorée ou le nom du pays qui l'a vu naître. Un seul cependant est resté calme et espère contre toute espé-
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rance : c'est le jeune J*** ; il s'est rappelé, comme par un trait de lumière qui est venu tout à coup le frapper, les pieuses exhortations de sa vertueuse mère qui, avant de partir sous les drapeaux, lui avait confié son chapelet et une médaille miraculeuse. Le jeune J*** les pendit à son cou, et d'un pas intrépide il marcha au comhat, à la tête de ses frères d'ar mes. Nous allons voir tout à l'heure comment la Vierge bénie prendra soin de son jeune protégé.
Le régiment s'avance donc dans la tranchée, et le jeune J***, comme tambour de la compagnie, la précède et bat la charge. Une grêle de balles, d'obus, de boulets obscurcit littéralement l'atmosphère ; on dirait qu'un orage épais a fondu comme tout à coup sur ces braves : c'est le moment suprême de la mort; meurtrière et cruelle, elle fait des victimes par milliers, le sol est jonché de cadavres, des ruisseaux de sang arrosent la terre, et cependant le feu de l'ennemi n'a pas encore cessé. Et les cris des mourants, et les cris des blessés qui se prolongent de toutes parts augmentent l'alarme et le péril. — Le pauvre régiment défile, défile toujours dans la tranchée, roulant sur les boulets et les balles dont elle est remplie ; le jeune J***, intrépide à son poste, bat toujours la charge et marche bravement à la mort; mais il s'est aperçu que le feu a cessé derrière lui et qu'il n'est plus personne des siens ; officiers et soldats, tous ont
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disparu. — Il ne reste plus que le protégé de Marie qui n'avait reçu, lui, aucune blessure.
4=?. — &e soldat, la sainte Vierge et l'orplielin.
A Metz, en l'année 1826, un pauvre petit enfant était aux bornes d'une rue ; triste, il pleurait !
Un brave militaire, au cœur bon et généreux (ils le sont tous), voit cet enfant. ]1 s'avance...
«Tu pleures, mon enfant? Qu'as-tu?
— Oh ! je suis bien malheureux.
— Quel âge as- lu?
— Neuf ans.
— Tu pleures, mon enfant ? Qu'as-tu?
— 11 y a deux jours, j 'ai perdu mon père et nia mère .
— Tu mens, petit!
— Oh non ! je suis bien malheureux l
— Dis-tu bien vrai?
— Oh oui! Écrivez à M. le curé de mon endroit; il vous le dira.
— Viens, mon petit garçon. »
Et le brave soldat le conduit dans une auberge honnête, paye d'avance, et dit :
« Gardez-moi cet enfant; ayez-en soin. »
31 écrit au curé qui lui répond : « Hélas ! ce n'est qne trop vrai !... Envoyez-le-nous ; peut-être quelque âme charitable se chargera de ce petit orphelin. »
Le militaire lui répond :
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«Non, monsieur le curé, je lui servirai de père, je lui servirai de mère. »
Chose admirable! comme il était à la fin de son premier service, il s'engage le même jour, et porle l'argent au supérieur estimable d'une maison d'éducation.
a Monsieur, gardez-moi cet enfant ; élevez-le bien, ayez-en soin : c'est mon filsadoptif. Voilà trois cents francs. Pendant six ans, cette somme pourra lui faire une bonne éducation. »
Et il donne ses dix-huit cents francs.
« Ayez soin de son âme, et j'aurai soin de son corps. »
L'enfant est reçu.
Le bon militaire s'en va aux pieds de Marie :
a Sainte Vierge, lui dit-il, veillez sur cet enfant. Je vous le consacre et vous le donne, moitié à vous, moitié à moi... o
Au bout d'un an, il vint voir son cher enfant... Le supérieur lui dit :
« Reprenez-le, il gâte toute la maison; il n'a pas répondu à vos vues !... »
Le brave militaire réfléchit, puis, les larmes aux yeux, répond :
a Monsieur, gardez-le encore six mois. Oui, j'espère qu'il reviendra à de meilleurs sentiments.
«Je vous en supplie ! essayez... Quelque chose nie dit que le bon Dieu aura pitié de lui et de moi. Pui^ je vais trouver la sainte Vierge... >»
-:BrtfssrssL.r- ■ 10 4 SIXIÈME JOUR.
Il va, en effet, s'agenouiller devantl'autel deMarie, et, dans sa brusque mais admirable foi, il dit à Marie comme il aurait dit à sa mère :
« Mais, sainte Vierge, je vous l'avais abandonné., mon enfant?... Il était aussi bien à vous qu'à moi?...
« Mais, sainte Vierge, je vous avais dit de veiller sur lui... Sainte Vierge, mais vous n'y pensez pas... Je me suis vendu pour lui... et vous ne voudriez rien faire!...
« Je vous avertis, sainte Vierge, que je vous abandonne, ou, du moins, je ne vous demande plus rien...
« Allons, bonne Mère, j'espère que vous allez protéger cette fois mon enfant.
« Je vous aimerai toujours; je vous prierai toujours. »
Quelle foi, quelle admirable foi !
Au bout d'un an, le pauvre enfant était le modèle de tout l'établissement. Plus tard il eut le bonbeur de se faire prêtre, et il devint le modèle de ses confrères.
48 • — Dévotion des rois et des reines de France envers Marie.
La France semble avoir été de tout temps l'objet de la prédilection de la Mère de Dieu, et les Français fidèles à la religion ont toujours eu, pour cette puissante protectrice, une tendre dévotion et une sincère confiance. Les exemples rapportés dan? cet ouvrage, et qui sont, pour la plupart, tirés de notre histoire, fourniront des preuves nombreuses d'une vérité si consolante pour nous et si propre à nous inspirer une véritable piété envers l'auguste patronne des Français. Mais on peut dire que c'est particulièrement sur le trône que la dévotion envers Marie a paru avec plus d'éclat, et que nos plus vertueuses reines et nos plus grands rois ont donné constamment à leurs peuples l'exemple d'un religieux dévouement à cette incomparable Vierge. Un volume entier ne suffirait pas pour rapporter en abrogé tant de traits touchants de piété, tant de donations magnifiques, tant d'oeuvres vraiment royales, tant de monuments de toute espèce par lesquels ils ont signalé leur zèle pour sa
gloire. Ce fut par la dévotion à Marie que sainte Clotilde obtint la conversion de Clovis, premier roi trèschrétien. Ce fut par la môme dévotion que la vertueuse Blanche de Caslille obtint la naissance de saint Louis, et la reine Anne d'Autriche celle de Louis le Grand. Sainte Jeanne de Valois, femme de LouisXIÏ, consacra sa personne royale au service de la sainte Vierge, et institua l'ordre de l'Annonciade, destiné spécialement à honorer les dix principales vertus de la mère de Dieu : sa chasteté, sa prudence, son humilité, sa fui, sa dévotion, son obéissance, sa pauvreté, sa patience, sa charité, sa compassion. Marie Leczinska de Pologne, épouse de Louis XV, employait ses mains bienfaisantes à travailler pour la décoration des autels de Marie, et voulut que son cœur, après sa mort, reposât sous les auspices de Notrc-Oarae de Bon-Secours, à côté de son auguste père Stanislas, prince le plus hautement dévoué à la très-sainte Vierge. Nos rois ne l'ont point cédé aux reines en dévotion pour la Mère de Dieu. Charlemagnc, non moins rccommandablc par les vertus qui t'ont les saints que par les qualités éminentes qui font les grands princes et les héros, a fait des fondations nombreuses en l'honneur de Marie. Les rois, ses enfants, se sont signalés par la même dévotion ; Louis le Débonnaire portail toujours sur lui l'image de la sainte Vierge, et souvent pendant le jour et mOme an milieu du divertissement de lâchasse il se
retirait à l'écart pour lui rendre ses hommages à genoux devant cette image. On sait qu'il n'est point de pratique de dévotion que saint Louis n'ait exercée envers la mère de Dieu. François [er, pour réparer un outrage fait à une statue de la sainte Vierge, en fit faire une autre d'argent, et la porta lui-même à le, place de l'ancienne, dans une cérémonie solennelle où on lui vit répandre des larmes de dévotion. Louis XIII a consacré sa personne et tout son royaume à l'auguste Marie, et a étnbli en mémoire de cette consécration, et à l'honneur de la Reine des anges, ce? processions solennelles qui se font dans toute la France le jour de l'Assomption. Louis XIV a confirmé la même pratique de dévotion par son exemple, et ses augustes successeurs en ont fait autant; en sorte que tous nos rois se sont fait honneur d'ôtre les premiers serviteurs de la Reine du ciel.
4=9. — Pieuse magnificence d'un gpraml prince.
Gharlemagne était pénétré d'une dévotion si tendre et si affectueuse envers la mère de Dieu, qu'il portait toujours à son cou son image suspendue ;i une chaîna d'or. C'est à sa puissante intercession qu'il attribuait tous les succès dont furent couronnées les grandes entreprises qui ont rendu son règne si illustre. Ce fut pour (ransmettre à la postérité un témoitmngc solennel de sa reconnaissance qu'il Ht construire en son honneur celte magnifique église
d'Aix-la-Chapelle, où il voulut être couronné roi des Romains, pour faire entendre que c'était en quelque sorte des mains de Marie qu'il tenait son sceptre et sa couronne. Rien ne fut épargné pour rendre cet édifice l'un des plus beaux de l'univers. L'or, le marbre et le porphyre y furent prodigués. Les plus précieuses reliques, venues de la Palestine, y furent renfermées ; et, afin que rien ne manquât à la gloire en ce monument, l'empereur invita le pape Léon 111 à venir le consacrer. Le pape se rendit volontiers aux pieux désirs de l'empereur, et fit lui-môme la cérémonie de la consécration avec une magnificence extraordinaire, en présence de plus de trois cents évoques, archevêques, cardinaux et grands de l'empire. C'est dans cet auguste sanctuaire que ce grand prince se plaisait à venir fréquemment rendre ses hommages à la mère de Dieu, et déposer à ses pieds son sceptre et sa couronne. C'est de lui qu'était venue la coutume, qui s'observait autrefois, de couronner les rois des Romains dans la chapelle et devant l'autel de la sainte Vierge. Pendant le mois de juillet, ce pèlerinage est très-fréquenté. Les fidèles s'y transportent en foule, de toutes paris, pour y invoquer la miséricorde et la puissance de Marie, et gngner les indulgences innombrables qui y ont été attachées par les souverains pontifes.