‹ Nouveau mois de MarieChapitre 44 sur 121 · lie soldat ilévot à Marie · texte numérisé non relu

lie soldat ilévot à Marie

C'était le 13 mai 1856. Par une fraîche matinée de printemps, si délicieuse sous notre beau ciel d'Occitanie, je m'acheminai, joyeux, mon rosaire à la main, vers le sanctuaire vénéré de Notre-Dame de Grâce, de Rochefort (Gard). Après avoir gravi la sainte montagne sur laquelle s'élève le monument consacré à la Reine des anges, j'entrai dans l'église desservie par les PP. Maristes. Je fus édifié et vivement touché en voyant un vénérable vieillard à genoux sur les marches de l'autel de la Vierge, et, à ses côtés, un jeune soldat profondément recueilli, inclinant presque jusqu'au sol son visage bronzé par le soleil.. Au sortir de l'église, je m'approche du vieillard avec lequel j'engage une conversation, a Ce jeune homme, me dit-il, c'est mon fils; il est soldat au 10e de ligne; il revient d'Orient où il a pris part aux combats meurtriers livrés entre l'armée anglo-française et les Russes. Avant son départ, nous sommes venus prier dans ce sanctuaire. Mon fils s'est mis sous la protection de Notre-Dame de Grâce; il a pris sa glorieuse livrée, s'est revêtu du scapulaire, a suspendu à son cou une médaille de la Vierge, et j'ai conjuré, les larmes aux yeux, la bonne Mère de mêle ramener sain et sauf au foyer domestique. Fidèle a sa promesse, il adressait chaque jour, surtout avant la bataille, ses prières

à Marie. Dans les affaires les plus sanglantes, les balles, les obus, la mitraille, l'ont toujours respecte; son scapulaire a été comme une cuirasse impénétrable et que semblaient fuir les traits ennemis. Se trouvant un jour dans la tranchée, sous les murs de Sébastopol, il lui sembla entendre une voix mystérieuse qui lui dit : « Change de place. » Il fait deux pas en avant, aussitôt un obus tombe, éclate et met en lambeaux le corps du soldat qui l'avait remplacé, et dont la tête sanglante heurte violemment son képi. Il est renversé, et se croit mort ; mais il ne tarde pas à reprendre ses sens et à reconnaître qu'il n'était pas même blessé, et que le sang dont il était inondé

était celui de son infortuné compagnon d'armes

Préservé d'une manière toute spéciale par Marie, qui l'a toujours couvert de son aile, et l'a arraché aux mille dangers qu'il a courus Ljr les flots de la mer et. sur le champ de bataille, il est venu remercier sa divine libératrice, et je l'ai accompagné dans ce pieux pèlerinage, pour remercier, moi aussi, la Vierge miséricordieuse, qui a exaucé nos prières, et m'a rendu mon fils, l'unique soutien de ma vieillesse. »

Ce récit émouvant d'un vieillard aux mœurs patrîarrales, au visage candide, à la foi simple et naïve, fit sur moi une profonde impression, et j'ai cru être agréable à mes pieux lecteurs, en leur faisantconnaître ce nouveau traitde bonté de l'inépuisable tendresse do Marie, L'abbé Th. Blanc, curé de Pomazan (Gard),

66. — Un acte de consécration à Slarie écrit avec le sang* d'un martyr.

Voici un trait non moins admirable. Au mois de mars 1351, un prêtre français, le P. Mailfait, missionnairc en Chine, venait d'administrer les sacrements à une femme mourante, lorsqu'il tomba entre les mains d'une troupe d'dolâtres, qui se saisissent de lui, l'entraînent dans une pagode, le déshabillent et, après l'avoir lié à l'un des poteaux de l'édiiice, lui font infliger par un satellite jusqu'à cent coups de bûton. Couvert de plaies, après cette horrible torture, le missionnaire n'avait plus qu'un souffle de vie, lorsque quelques chrétiens obtiennent, à prix d'argent, de le délier et de l'emporter. Quand leurs soins l'eurent un peu ranimé, le martyr, sentant ses plaies encore humides, y trempe sa plume et trace, avec son sang, un dernier acte de consécration à la sainte Vierge. Quelque temps après, il meurt et laisse à monseigneur Guillemin, vicaire apostolique de Canton, le précieux papier, gage de son héroïque amour pour Marie.

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