‹ Nouveau mois de MarieChapitre 46 sur 121 · ILe soldat · texte numérisé non relu

ILe soldat

Un soldat nommé Beau-Séjour récitait tous les jours sept Paler et sept Ave Maria à l'honneur des sept allégresses et des sept douleurs de la sainte Vierge. Qui est-ce qui lui avait appris cette pratique, et comment vivait-il avec cette pratique ? C'est ce que je ne sais point ; tout ce que je sais, c'est qu'il y était si attaché, qu'il n'y avait jamais manqué ; et s'il arrivait qu'après s'être couché, il se ressouvînt de n'avoir pas rempli ce devoir, il se levait sur-le-champ, quelque temps qu'il fît, et récitait cette prière à genoux. »

Un jour de bataille, Beau-Séjour se trouva à la première ligne en présence de l'ennemi, attendant le signal de l'attaque ; s'étant souvenu alors qu'il n'avait point dit sa prière accoutumée, il se mit à la dire, commençant à faire le signe de la croix. Les cama-

rade? qui étaient à ses côtés s'étaient aperçus de ces signes de croix, et, voyant que Beau Séjour récitait des prières, se mirent à le railler, à se moquer de lui, à lui rire an nez et à l'appeler timide, lâche, poltron. Ces railleries et ces insultes passaient de bouche en bouche : « Beau-Séjour a peur ! Beau-Séjour est devenu dévot! » Il entendait autour de lui et derrière lui répéter son nom avec de prétendus bons mots et des éclats de rire. Mais Beau-Séjour, sans s'inquiéter de tous ces discours, continuait sa prière. A peine fut-elle finie, que les ennemis firent leur première décharge, et Beau-Séjour, sans avoir reçu aucun coup, resta seul de tout son rang. Il vit étendus morts à ses pieds tous ceux qui, le moment d'auparavant, se moquaient de lui et raillaient sa dévotion : il ne put s'empêcher de frémir à celte vue, et de reconnaître la main qui l'avait sauvé. Tout le reste de la bataille, qui fut très-sanglante, et tout le reste de la campagne, qui fut longue et meurtrière, il ne reçut aucune égratignure. A la tin de la campagne, ayant reçu son congé, il s'en revint chez lui sain et sauf, publiant partout les louanges de Celle à qui il se croyait redevable de la santé et de la vie.

Que le respect humain ne nous empoche jamais de nous acquitter de nos pratiques de dévotion envers la Mère de Dieu; et, quand nous voyons les autres empressés à lui rendre leurs devoirs, gardons-nous de nous en moquer et de leur insulter, car elle est

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également puissante pour récompenser et pouf punir,

ÇO. — lia puissance «le PAîe Maria,

De toutes les vertus pour lesquelles nous pouvons implorer le secours de la très- sainte Vierge, il n'en est aucune qui lui plaise plus que la chasteté. Aussi sommes-nous sûrs qu'elle exaucera toujours les prières que nous lui adresserons dans cette intention. Un Ave Maria fera plus que les meilleures résolulions. Un jeune homme, qui avait souvent à se reprocher de grands péchés contre la sainte vertu, mais qui voulait sincèrement se corriger, alla à Rome pour se confesser. Il s'adressa au P. Segneri, jésuite, et lui déclara que cette habitude était devenue pour lui presque insurmontable. Mais le savant religieux l'exhorta à se réfugier dans le cœur de Marie, et lui ùonna simplement pour pénitence de réciter tous les matins un Ave ^/«rm jusqu'à sa prochaine confession. Le jeune homme suivit fidèlement ce conseil; il récita très-exactement cette courte prière tous les jours, et ne cessa de s'adresser avec confiance à la trèssainte Vierge. Bientôt après il fut forcé d'entreprendre un long voyage. A son retour, il revint voir le I\ Segneri, son confesseur, et celui-ci eut la satisfaction de reconnaître qu'il était complètement clé* livré de sa mauvaise habitude. « Comment avez -vous ù:i]c fail, mon cher enfant, pour parvenir à vous cor*

ÀVE MARIA. 147

riger ainsi? — Mon père, j'en suis redevable à la trèssainle Vierge ; elle a eu égard à la petite prière que j'ai faite tous les jours en son honneur, et ce simple Ave Maria, auquel je n'ai jamais manqué, m'a mérité de son divin Fils la grâce si précieuse dont je le remercierai éternellement. » (Sghmid et Bjélet.)

ffl. — fiVAve Maria d'un enfant missionnaire.

Il y a quelques années seulement, un zélé et modeste prêtre pénétra dans les îles de Fernando-Po et d'Annobon, et en prit possession au nom de la croix de Jésus-Christ et de la reine d'Espagne. Retourné à Madrid, il travailla sans cesse, pendant deux ans, à faire envoyer des missionnaires qui ouvrissent à la foi et à la civilisation les yeux de ces pauvres indigènes, plongés dans la plus complète ignorance et dans les ténèbres de l'idolâtrie. Enfin, après des efforts inouïs* le prêtre don Miguel Martinez, curé de la paroisse de Chambéry, se mit en route pour aller évangéliser dans ces contrées, accompagné de quelques jeunes ecclésiastiques, d'ouvriers et d'artisans de différents métiers : les prêtres pour porter la parole de Dieu à ces peuplades, et les artisans pour leur faire connaître les premiers éléments des arts les plus nécessaires.

Dans le premier voyage de découverte et d'exploration de ces îles, en débarquant dans l'une d'elles, près de celles de Fernando-Po et d'Annobon, les premiers missionnaires rencontrèrent non loin du rivage

de la mer, sur un rocher, une croix grossièrement construite, et autour, dans l'altitude de la prière, un groupe d'enfants nègres dirigés par un autre enfant blanc, tous à peu près du môme âge.

Ils récitaient en espagnol, autour de cet autel et de la croix encore couverte de son écorce, la prière de l'Ave Maria.

Grand fut l'étonnement des missionnaires, de rencontrer dans ce pays, cù ils croyaient que l'idée de la croix était nouvelle, un autel élevé à la croix !

En les voyant, l'enfant s'écria en espagnol : «Des curés ! des curés ! » et tous les négrillons de tourner aussitôt la tête vers les missionnaires. Ceux-ci s'approchèrent de l'enfant, et lui demandèrent de les conduire à la maison de ses parents.

L'enfant leur raconta qu'il y avait environ un an Qu'il avait été jeté ]k par un grand naufrage, qu'il avait été séparé de ses parents, et qu'il ne les avait pas revus depuis, qu'il avait été recueilli par quelques nègres qui l'avaient élevé avec leurs enfants, et que, se rappelant ce qu'il avait vu lorsqu'il était bien loin d'ici, avant de venir avec ses parents, il avait fait cette croix et enseigné aux petits nègres les prières que sa mère lui faisait répéter tous les jours, en se levant et en se couchant, et que tous ensemble ils venaient tous les jours s'agenouiller devant cette croix qu'ils avaient élevée.

« Ils sont donc chrétiens, dirent les missionnaires,

puisque nous les avons entendus prier avec toi?

— Je ne sais pas s'ils le sont, répondit l'enfant, ils me voient prier, ils s'agenouillent à l'entour de moi, et ils ont appris quelques mots de ma prière ; mais je ne sais pas s'ils les comprennent, car je n'entends pas leur langage. Cependant je leur ai appris à faire le signe de la croix, et jamais ils ne manquent de le faire quand ils passent devant cette croix.

— Et qui a élevé cette croix?

— Moi, dit l'enfant; je me suis souvenu de Celles que j'ai vues de distance en distance dans mon pays. »

En terminant ce court récit, le pauvre enfant ne put retenir ses larmes et ses profonds soupirs.

Les missionnaires lui demandèrent son nom ; ils ne se rappelait ni son nom, ni celui de sa patrie, ni le pays où il avait habité ; il ne savait pas non plus au juste depuis combien de temps il était dans cette île, attendu qu'il n'avait aucun moyen pour mesurer le temps.

Les missionnaires adorèrent les impénétrables desseins de Dieu, lui rendant imile actions de gràees de ce qu'un enfant qui ne savait ni lire ni compter, qui n'était pas initié aux mystères de la religion, avah ainsi commencé la conversion de toute une tribu, si bien qu'ils n'avaient plus eux-mêmes qu'à achever son œuvre.

Cet enfant, le premier apôtre de ces îles, y est resté, et il est certain mie, mis eu communication avec les

ouvriers évangéliques qui sont partis d'Espagne au commencement de cette année pour y porter la parole de Dieu, il leur sera d'un grand et puissant secours, car il doit connaître maintenant l'idiome et les mœurs de ces peuples. {L'Univers, 14 septembre 1856.)

5*2. — ILa dernière miséricorde d'an Are Sïarin.

On n'en finirait pas, si l'on voulait raconter tous les prodiges opérés par la Salutation Angélique. Dans le temps que saint François de Borgia était à Rome, un grand pécheur se présenta à lui. Il trouva dans cet homme tant de désordres, qu'il n'osa se charger de sa conscience; il le renvoya au père Acosta, qui était très-éclairé dans la direction des âmes. Voici le récit que lui fit cet insigne coupable, qui permit au confesseur de le publier pour faire éclater la miséricorde divine. « Mon père, depuis mon bas âge, j'ai toujours eu de la religion ; je priais Marie, je la saluais sans cesse, je communiais souvent; mais, dans le fond du cœur, j'étais gâté, et j'avais le malheur de cacher mes gros péchés à confesse: j'ai accumulé ainsi crimes sur crimes; sacrilèges sur sacriléprs. Parfois, je me promettais de me corriger, mais, dès que l'occasion s'en présentait, je retombais dans mes crimes honteux. Plusieurs fois, lorsque j'allais communier, Jésus-Christ a daigné se révéler à moi el m'a dit ; a Pourquoi, malheureux, me maltraites-tu de cette

« sorte, moi qui ai tant de bonté pour toi? N'est-ce « pas assez d'avoir été crucifié par les Juifs? Faut-il g donc que je trouve un nouveau calvaire dans ton « cœur? » Accoutumé au péché, j'étais insensible à tant d'averîissements. Voici le dernier trait de miséricorde de la part de mon Dieu. Ce matin, il m'a semblé voir mon ange gardien qui m'apparaissait; il m'a présenté une hostie consacrée et m'a dit : « Gonnais- « tu ce Dieu sauveur qui t'a comblé de biens, et que a tu profanes depuis tant d'années? Voici le châti- « ment de ton ingratitude. » En achevant ces mots, il a saisi une épée pour me donner la mort. Gomme hors de moi-même et me voyant perdu à jamais, je me suis écrié : «Ave Maria. Je vous salue, Marie! vous a seule pouvez me sauver. » L'ange m'a répondu : « C'est la dernière miséricorde de Dieu à ton égard ; « Dieu, en considération de la protection de notre « Reine, te laisse vivre encore quelque temps sur la « terre pour expier tes péchés. » Après avoir achevé ce récit, le malheureux pécheur se tut; le révérend père Acosta le consola le mieux qu'il put, mais il lui fit si bien sentir sa position, que celui-ci entreprit une rude pénitence jusqu'à sa mort, (aoel.)

?3. — Encore I'Ayo Maria.

Un saint missionnaire de nos jours raconte le fait suivant; Un pécheur âgé, dont la vie avait été fort

mmUl&m, me M prier d§ venir if yifiter, h m®

rends à son invitation, et je vois un vieillard qui me saute au cou, en me disant : « Voici, monsieur, un pécheur abominable, sauvez -moi! » Je le rassure, puis je lui demande, au nom de la gloire de Dieu, de me faire connaître ce qui a décidé sa conversion. «Je l'ignore absolument, mon père. — Avez-vous suivi nos instructions? — Jamais! — Vos amis vous auraient-ils encouragé? — Je n'en ai point, et je les eusse choisis tels, qu'ils m'eussent plutôt dissuadé de revenir à Dieu. — Vous alliez peut-être aux offices ! ■ — Jamais ! » En ce moment, mes yeux s'arrêtent sur un tableau de la sainte Vierge. « Quoi ! lui dis-je, un pareil tableau chez vous ? — Oui, monsieur, reprend le vieillard, je n'ai respecté que cela, et chaque jour je récite un Ave Maria devant ce tableau, pour obéir à la dernière volonté de ma mère. — Ah ! réjouissezvous, monsieur, m 'écriai- je tout ému, c'est à Ma:ic et à ce faible tribut de respect que vous devez votre conversion, et vous lui devez la grâce d'aller au eLl, quand vous aurez fait pénitence 1 »

DUIZ1E51E JOUR.

Ç-2. — Ctigiue du saint Kosnirc.

Lorsque l'archange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie pour lui annoncer l'Incarnation du Fils de

Dieu dans son chaste sein, il la salua en ces termes : Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. Ces paroles, les plus heureuses qu'aucune créature ait entendues, se sont répétées d:âge en âge sur les lè« vres des chrétiens, et, du fond de celte vallé de larmes, ils ne cessent de redire à la Mère du Sauveur: Je vous salue, Marie. Les hiérarchies du ciel avaient député un de leurs chefs à l'humble fille de David, pour lui adresser celte glorieuse salutation; et maintenant qu'elle est assise au-dessus des anges, le genre humain, qui l'eut pour fille et pour sœur, lui renvoie d'ici-bas la Salutation Angélique : Je vous salue, Marie. Quand elle l'entendit pour la première fois de la bouche de Gabriel, elle conçut aussitôt dans ses flancs très-purs le Verbe de Dieu; et maintenant, chaque fois qu'une bouche humaine lui répète ces mots qui furent le signal de sa maternité, ses entrailles s'émeuvent au souvenir d'un moment qui n'eut point de semblable au ciel cl sur la terre, et toute l'éternité se remplit du bonheur qu'elle en ressent.

Or, quoique les chrétiens eussent coutume de tourner ainsi leurs cœurs vers Marie, cependant l'usage immémorial de celte Salutation n'avait rien de réglé et de solennel. Les fidèles ne se réunissaient pas pour l'adresser à leur bien-aimée protectrice; chacun suivait pour e.U« l'élan privé de sun amour,

Saint Dominique, qui n'ignorait pas la puissance de l'association dans la prière, crut qu'il serait utile de l'appliquer dans la Salutation Angélique, et que cette clameur commune de tout un peuple assemblé monterait jusqu'au ciel avec un grand empire. La brièveté même des paroles de l'ange exigeait qu'elles fussent répétées un certain nombre de fois, comme les acclamations uniformes que la reconnaissance des nations jette sur le passage des souverains. Mais la répétition pouvait engendrer la distraction de l'esprit; Dominique y pourvut en distribuant les salutations orales en plusieurs séries; à chacune il attacha la pensée d'un des mystères de notre rédemption, qui furent tour à tour pour la bienheureuse Vierge un sujet de joie, de douleur et de triomphe. De cette manière, la méditation intime s'unissait à la prière publique, et le peuple, en saluant sa mère et sa reine, la suivait du fond du cœur en chacun des événements principaux de sa vie. Dominique forma une confrérie pour mieux assurer la durée et la solennité de ce mode de supplication.

Cette pieuse pensée fut bénie par le plus grand de tous les succès, par un succès populaire. Le peuple chrétien s'y est attaché de siècle en sièle avec une incroyable fidélité, les confréries du Rosaire se sont multipliées à l'infini; il n'est presque pas au monde d'endroit qui ne possède, sous le nom de chapelet, une fraction du Rosaire. Qui n'a entendu, le soir

dans les églises de campagne, la voiy. grave des paysans récitant à deux chœurs la Salutation Angélique? Qui n'a rencontré des processions de pèlerins roulant dans leurs doigts les grains du Rosaire, et charmant la longueur de la route par la répétition alternative du nom de Marie? Toutes les fois qu'une chose arrive à la perpétuité et à l'universalité, elle renferme nécessairement une mystérieuse harmonie avec les besoins et les destinées de l'homme. Le rationaliste sourit en voyant passer des files de gens qui redisent une môme parole : celui qui est éclairé d'une meilleure lumière comprend que l'amour n'a qu'un mot, et qu'en le disant toujours, il ne le répète jamais.

Telle est l'origine et tel est l'esprit de cette dévotion du Rosaire, dont trop de catholiques sont encore h comprendre la naïve grandeur et la simplicité profonde. (Vie de saint Dominique^ par le R. F. Henri- Dominique Lacordaire, chap. v.)

Ç5. — Dominique.

Le bienheureux Alain rapporte qu'une dame, nommée Dominique, avait coutume de réciter le Rosaire, mais qu'ayant ensuite abandonné cette pieuse dévotion, elle tomba dans une telle indigence, qu'un jour, poussée par le désespoir, elle se donna trois coups de couteau. Lorsqu'elle était sur le point d'expirer, et que les démons commençaient à l'environner pour

l'emporter dans les enfers, Marie lui apparut : « Ma fille, lui dit-elle, tu m'as oubliée; mais pourmoi, je me suis souvenue de toi, parce qu'autrefois tu as récité le llosaire en mon honneur. Eh bien! ajoutât-elle, si tu veux reprendre cette dévotion, je te rendrai la vie et les biens que tu as perdus. » Aussitôt dit, Dominique se lève entièrement guérie, commence à réciter le Rosaire, et recouvre toutes ses richesses. Au moment de sa mort elle fut de nouveau visitée par Marie, qui la loua de sa fidélité, et lui procura la mort des saints. (Ap. Auriens, tom. II, chap. il, Vertus de Marie, par LiGUoiu.)

?0. — ILe domestique et son Rosaire.

Monseigneur Gousset avait amené avec lui à Rome son valet de chambre, homme fidèle et dévoué. Son Éminence était déjà depuis quelque temps dans la ville éternelle, et songeait mêuie à s'en retourner pour rentrer en France ; mais la maladie de son domestique l'inquiétait et le faisait hésiter dans ses projets. Cependant, une amélioration de santé étant survenue, le jour du départ fut fixé. Pourtant le valet de chambre avait un autre souci que celui de son état : il n'avait pas encore pu voir le pape et cela le chagrinait beaucoup. On était à la veille de quitter l'Italie; le cardinal, après avoir t'ait ses dernières visites, rentra chez lui et alla dans la chambre de son serviteur pour savoir de ses nouvelles et lui faire coo-

IlOSAIRE. 157

naître ses résolutions relativement au voyage. Mais, ô surprise ! pas de Ferdinand.

Le prélat s'inquiète : il craint un accident, suite d'une lièvre. Ii fit chercher celui qu'il avait laissé au lit, et dont la disparition était inexplicable. Ferdinand ne se trouvait nulle part ! Un quart d'heure s'écoule..., une demi-heure se passe..., l'alarme devient grande au cœur de Monseigneur. On ne savait plus que penser, quand tout à coup notre homme reparaît, frais, dispos, leste et pimpant. « Ah ! vous voilà. D'où venez-vous? Que j'ai eu de craintes à votre sujet ! — Son Éminence est bien bonne; je viens de chez le pape. — Gomment ! mon cher garçon, certainement c:est un accès de délire. Je vais faire appeler le médecin. — Que Sa Grandeur se rassure ! Je le répèle : je viens du Vatican où j'ai été parfaitement reçu. — Pauvre ami ! couchez-vous; vous avez un transport au cerveau. Que je vous plains et que c'est malheureux ! — Pardon, Monseigneur, mais Votre Éminence se trompe. En veut-elle la preuve? la voici... ! » Ce disant, Ferdinand mettait sous les yeux du cardinal stupéfait un chapelet très-recennaissable, que le Saint-Père portait le matin môme. Pendant l'absence de son maître, il s'était dit, en effet : « Nous partons demain ; si je ne vois pas le pape aujourd'hui, c'en est fait. Or je veux le voir. Donc je vais chez lui. >) Et, sautant à bas du lit, il s'était habillé et était allé droit au palais. Là, il avait (ait ap-

peler Monseigneur de Mérode et lui avait raconté très-naïvement sa position en lui demandant de l'introduire. Gomme on peut le croire, Monseigneur de Mérode déclara la chose impossible, représentant toutes les formalités nécessaires, même aux princes de l'Église, pour obtenir une audience, qui souvent n'était accordée qu'après de longs délais. « Tout cela est bel et bon, avait répliqué le solliciteur, quand on a le temps d'attendre ; mais moi je ne l'ai pas : je pars demain, et il faut, Monseigneur, que vous me présentiez. » Cédant à cette fermeté si simple, Monseigneur de Mérode, après avoir résisté longtemps, alla trouver le Saint-Père, qui était dans son cabinet, et qui, touché à son tour, ordonna de faire entrer le bon domestique. Celui-ci ne se le fit pas répéter. Passant au milieu d'une foule nombreuse qui faisait antichambre, il se présenta devant le pape, lui dit qui il était, et lui exposa avec une telle effusion le désir qu'il avait eu d'être admis en sa présence et la joie qu'il ressentait d'avoir réussi, que Pie IX, non-seulement lui accorda sa bénédiction, mais encore, tirant de sa poche son propre Rosaire, le lui donna comme marque de souvenir.

Nous n'avons pas besoin de dire avec quel transport de reconnaissance ce cadeau fut reçu.

L'heureux valet de chambre, en montrant son trésor à qui veut le voir, prétend que Son Emmenée est jalouse de lui. (Univers catholique.)

£ 7 . — lie Rosaire de Volney.

Pendant la tempête, lorsqu'il se trouve exposé à quelque grand danger, l'homme incrédule croit à quelque chose. Le fameux impie Yolney nous en fournit une preuve. Gomme il faisait une promenade sur mer avec quelques amis, le long des côtes de Baltimore, le vent s'éleva tout à coup, et le petit navire américain, qui portait la fine fleur des incrédules des deux mondes, fut vingt fois au moment de se perdre. Chacun s'était déjà mis en prières,, et l'auteur des Ruines comme les autres, lorsque la tourmente s'apaisa insensiblement. Quelqu'un, qui avait vu notre prétendu philosophe se servir d'un Rosaire et réciter des Ave Maria avec une ferveur édifiante tant que le péril avait duré, s'approcha de lui au retour du calme : « Mon cher monsieur, lui dit-il avec une malicieuse bonhomie, à qui vous adressiez-vous donc tout à l'heure? — On est philosophe dans son cabinet, répondit son compagnon de voyage un peu confus de l'aventure, mais on ne l'est plus dans une tempête. » (L'abbé Orsini.)

Ï8. — Premières origines du cîiaiieliit.

On attribue généralement à saint Dominique l'institution du chapelet et du rosaire; cependant la coutume de réciter de suite plusieurs Pater et Ace Maria est bien plus ancienne. Ainsi, dans les premiers siècles de l'Église, on exhortait ceux qui ne pouvaient prendre part à la prière ordinaire, et surtout au chant des psaumes, de réciter à la place un certain nombre de fois le Pater et l'Ave. Pailadius et Sozomène racontent à ce sujet que saint Paul, célèbre abbé de Libye, qui vivait du temps de saint Antoine, répétait cent fois dans la journée la même prière, et qu'il se servait de petites pierres pour les compter. De même, saint Benoît, fondateur de l'ordre des Bénédictins, avait coutume de réciter pendant le travail, au lieu des heures de l'office ecclésiastique, des Pater et des Ave Maria. On se servait, pour les compter, de boulettes réunies ensemble par un fil. Enfin, pour citer encore un fait bien curieux, lorsqu'on leva le corps de sainte Gertrude, qui était morte en 6(57, on trouva à côté d'elle, dans son tombeau, de petites boules attachées les unes à la suite des autres par une mince

ficelle. Ce qui prouve qu'on se servait déjà, comme aujourd'hui, d'u;,e espèce de rosaire ou de chapelet, pour déterminer le nombre des Pater et des Ace Maria qu'on avait intention de réciter. Une coutume si ancienne et si pieuse ne doit donc pas nous paraître indifférente. (Sciimid et Bjélet.)

1 9. — Les grands LoMiines disant leur chapelet*

On dit quelquefois que le chapelet est une dévotion de bonne femme. Vous allez voir s'il en est ainsi : L'illustre Bossuet, l'un des plus grands génies du siècle de Louis XIV, non-seulement récitait assidûment le chapelet, mais encore il se fit inscrire sur les registres de la confrérie du Saint-Rosaire, chez les Dominicains de la rue Saint-Jacques, à Paris, sous la date du 10 août 4 080. A sa suite, il faut ranger tous les instituteurs ou réformateurs des congrégations modernes : saint François de Sales, saint Vincent de Paul, le vénérable Jean-Baptiste de la Salle, le savant cardinal de Bérulle, le pieux Olier, fondateur et premier supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, ainsi qu'une foule d'autres. Mieux que cela, les rois et les grands du monde ont imité ces hommes célèbres. Je puis vous citer Edouard III, roi d'Angleterre, l'empereur Charles-Quint, Sigismond et Casimir, rois de Pologne, saint Louis, François 1er, Louis XIV, Louis XVI et plusieurs autres rois de France, qui faisaient profession publique de cette dévotion. Le P.

de la Rue, savant religieux de la compagnie de Jésus, rapporte qu'un jour, étant admis à l'audience de Louis XIV, il le trouva récitant son chapelet. Le religieux ne put s'empocher de laisser voir sa surprise. « Vous paraissez surpris, lui dit alors le roi, de me voir réciter le chapelet ; je me fais gloire de le dire; c'est une pieuse pratique que je tiens de la reine ma mère, et je serais hien fâché de passer un seul jour sans m'en acquitter. »

Que c'est beau ! que c'est admirable ! Ne rougissons donc pas d'une dévotion qui a été celle de tant de grands hommes ! (Des Billiers.)

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