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lies soldats vainqueurs du respect humain

Un soldat indien, nouvellement baptisé, fut appelé par son colonel pour un exercice qu'il faisait faire à ses troupes. Il s'y rendit et oublia de mettre son chapelet au cou, comme il avait coutume de le faire pour ne laisser ignorer à personne qu'il était chrétien. Les soldats, ne lui voyant pas ce signe de sa religion, le raillèrent comme s'il avait eu honte de le porter, et qu'il eût abandonné sa foi. Le soldat, sans répondre un mot, part pour sa maison, et revient avec sa femme et ses trois enfants, portant tous des médailles et des chapelets à leur cou. « Camarades, leur dit-il, voyez si ma famille rougit du nom de chrétien. Sachez que ce beau nom fait toute ma gloire, et que, plutôt que de le ternir par une aclion indigne, je donnerais ma

tête, celle de ma femme, de mes enfants, de mon père, de ma mère, et de tous mes parents et amis. » Tous les soldats chrétiens de l'Inde bravent le respect humain avec la même fermeté quand il s'agit de montrer leur foi. Jamais ils ne paraissent devant le prince qu'avec quelque marque du christianisme. Un jour, quatre cents de ces braves étant assemblés à la porte du palais, le roi leur dit en colère : « Pourquoi méprisez-vous mes divinités, et leur donnezvous les noms les plus odieux? — Seigneur, repartit un des capitaines, depuisque nous sommes chrétiens, nous ignorons le déguisement; c'est la vérité, que nous avons le bonheur de connaître, qui nous fait tenir ce langage. » Le prince, souriant, répondit : o Je vous ai toujours regardés comme de fidèles sujets, mais je vous défends désormais d'approcher de mes temples; par vos prières, vous pourriez faire mourir mes dieux. Mes dieux morts, ce serait alors pour moi une nécessité, ou d'adorer le Dieu des chrétiens, ou de ne plus rien adorer. » Depuis ce temps, les soldats chrétiens, quand on célèbre au palais une fête d'idole, sortent de son enceinte et vont se promener dans la campagne. 11 serait bien à désirer que le respect humain n'eût pas plus d'empire sur les chrétiens de l'Europe qu'il n'en a sur ceux des Indes. (Anccdolcs ufiictUHnçaA

81. — Le Chapelet ou le dernier présent de l'amour paternel et maternel.

Mercredi 25 novembre 1858 est mort, au château de Val-Content (Ardennes), M. le comte de Gourjault, membre du conseil général pour le canton de Ségny-l'Abbaye. Issu d'une des plus anciennes familles du Poitou, M. le comte de Gourjault reçut comme un héritage de ses pères la loyauté, l'honneur et l'amour de la patrie : traditions g'orieuses auxquelles il fut fidèle toute sa vie; mais surtout il eut le bonheur d'avoir pour mère une de ces femmes de foi et de piété qui semblent plutôt des anges tutélaires, envoyés par le Seigneur aux familles qu'il aime. Quel présent du Ciel qu'une bonne mère ! La douce et salutaire influence qu'elle exerce sur ses enfants ne cesse pas avec les premiers jours de l'existence ; elle les suit, elle les accompagne durant les différents âges de la vie, et les conduit au ciel par une mort chrétienne el pleine d'éternelles espérances. C'est ce qui devait arriver pour M. de Gourjault.

Sa vie l'ut celle d'un homme dont la mort est un deuil général. Comment en eût-il été autrement? Son bonheur était de semer les bienfaits autour de lui. D'une bonté inépuisable, d'un accès facile à tous, sa douceur, malgré ses souffrances habituelles, son affabilité, étaient comme proverbiales, et j.unais la misère pe reçut de sa part un refus humiliant et pénible. Cette

charité toute chrétienne devait avoir sa récompense.

Depuis quelque temps, les douleurs de la maladie dont il était atteint devenaient plus vives; il allait s'affuiblissanttous les jours, et bientôt on n'eut plus aucun espoir : la mort s'avançait à grands pas. M. le comte de Gourjault ne se fît pas illusion; il sentit, malgré les paroles d'espérance qu'on lui donnait encore, il sentit que bientôt sa dernière heure serait venue : lui-même alors fit appeler le ministre des divines miséricordes; et en présence de sa famille, de ses serviteurs qui le pleuraient comme un père, il reçut le pain de vie, son Seigneur et son Dieu, avec la foi la plus vive, la piété la plus touchante. Ses souffrances redoublaient, mais Dieu était avec lui, et sa patience, sa résignation, faisaient l'admiration de tous. Ce fut dans ces dispositions si chrétiennes que le trouva quelques jours après son frère, M. le marquis de Gourjaut : Je suis prêt, lui dit le malade , que la volonté de Dieu s'accomplisse ! M. le marquis, contenant avec peine son émotion, lui remit un chapelet, souvenir de la piété maternelle, et lui dit : Courage, mon frère ! no' re mère si sainte et si bonne, notre mère, du haut du ciel, veille sur toi!

Mais le mal empirant toujours, M. le comte demanda les derniers sacrements. Ce fut après cet acte suprême et solennel qu'il fit venir près de son lit son fils aîné, M. Olivier de Gourjault : Mon fils, lui ditil, reçois de la main de ton pèr' ce chapelet sur lequel

ma mère a prié tant de fois. Je ne puis en ce moment te faire de don plus précieux... Conserve-le et quand tu t'en serviras pour prier, souviens-toi de ma mort. Quelques heures après, M. le comte de Gourjault avait rendu le dernier soupir. On ne doit rien ajouter, si ce n'est pour dire avec le prophète : Puissé-je moi môme mourir de la mort du juste ! ou bien encore en s'adressant à son épouse, à son frère, à son enfant et à tous ceux qui l'ont connu et aimé : Pleurez, mais comme Jésus a pleuré Lazare son ami, et non comme ceux pour qui la tombe est sans espérance. Nolite contristari sicut cœteri qui spem non habent.

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