‹ Nouveau mois de MarieChapitre 50 sur 121 · Jn brave paysan, enfant de Marie · texte numérisé non relu

Jn brave paysan, enfant de Marie

Plusieurs saints avaient l'habitude en parlant de Marie de dire : Ma Mère. M y a peu de temps, il arriva sous l'influence de cjlte idée un épisode charmant.

C'était a Leipzig, au cœur même du protestantisme allemand. Un brave paysan tomba à Finiprôfisle et par erreur dans une salle de l'Université de cette ville,

CHAPELEf. Hi

C'était au moment môme où les doctes du lieu se livraient à de vives discussions. Notre homme ne parut nullement décontenancé au milieu du feu croisé des discutes des docteurs et élèves de l'aréopage.

Bientôt on eut reconnu dans l'intrus un catholique fervent : le bout de son chapelet, garni d'une croir et d'une médaille, pendait hors de la poche de sa blouse. Une amère et insultante raillerie perçait déjà sur tous les visages des docteurs luthériens; puis, au milieu des rires dont ils crurent accabler la sainte simplicité du brave campagnard, une voix s'écrie : a Ne voudrait- il pas soutenir une thèse? »

Le paysan répond d'un ton très-dégagé: «j'ac* cepte, si ces messieurs le permettent; et pourquoi ne le ferai~-je pas?

— Fort bien, dit le professeur en ricanant; mais, avant tout, il faut mettre chacun un enjeu qui est d'un thaler, puis on posera les questions de part et d'autre, et celui qui restera à court aura perdu son enjeu. »

Le brave homme accepta encore, tira sa vieille bourse en cuir et plaça son thaler sur la table avec un certain empressement, en disant : « Eh bien, plaît-il à quelqu'un de ces messieurs de mettre aussi son enjeu?»

L'un des docteurs s'exécuta en effet. On trahît d'impatience de voir quelle serait l'issue de cetlQ scène étrange,

17 i QUATORZIÈME JOUR.

Le docteur Magnifions, jetant un regard de mépris sur le chapelet du paysan, lui dit : « Comment s'appelait la Mère de Dieu? »

Le religieux campagnard répond d'un ton de respect : a Elle s'appelait Marie* » Et aussitôt, s'adrcssant à son tour au facétieux docteur, il lui demande: « Dites-moi, comment s'appelait ma Mère?))

Un mystère était caché sous ces paroles ; un catholique l'eût pénétré et eût répondu : «Elle s'appelait Marie. » Mais notre docteur n'en savait pas assez pour cela ; il resta muet devant la naïve et sainte malice du pieux paysan, il dévorait en silence son dépit.

Le paysan prit l'université pour battue, ramassa joyeusement les lhalers, en disant avec un calme admirable : «Messieurs, quand on disputera encore, je vous prierai de me le faire savoir. »

Puis il disparut. La leçon était aussi complète que méritée. (L'abbé Hoffman.)

86. — I/offraudc à Marie île deux chapelets trouvés dans les camps.

Nous trouvons dan? un journal de Paris le trait suivant :

« Deux jeunes gens de la paroisse dp Tl. . » (Vienne), enrôlés sous les drapeaux, ne voulurent pas quitter leur pays natal sans recevoir le Dieu des armées de la main de leur pasteur, qui leur dit : a Vous allez para tir; mais, écoutez, vous n'oublierez pas votre reli-

« gion : les soldats n'en sont pas dispensés. N'oubliez « pas, comme dit saint Bernard, qu'on n'invoque ja- « mais en vain la sainte Vierge; je prierai pour vous, d afin qu'à l'exemple de saint Martin, votre patron, o vous joigniez les vertus chrétiennes aux vertus mia litaires. »

« Les pieux jeunes g?ns, nourris du pain des forts, promirent d'être fidèles à leurs serments.

(i En effet, les deux militaires, désignés pour le môme régiment, ne se quittèrent pas... Avant de partir de Lyon pour la guerre d'Italie, les deux jeunes amis se réunissent à trois cents militaires pour remplir le devoir pascal, et se couvrent de la protection de la sainte Vierge en plaçant sur leur poitrine la médaille miraculeuse.

<c Arrivés à Magenta, l'un d'eux rencontre sur le pavé un chapelet portant une médaille marquant d'un côté l'image de Marie immaculée, et de l'autre côté l'image de saint Joseph, modèle de pureté. Notre jeune militaire saisit avec joie le chapelet, et le mit dans sa poche comme un précieux trésor... L'autre militaire enviait encore le bonheur de son ami, lorsque, rendu à Calsamagivre, près de Mantoue, il trouve aussi, lui, sur le pavé un beau chapelet avec médaille et croix d'argent. Un soldat moins pieux et plus hardi pour le mal, témoin de la piété de notre soldat, lui dit : « Vends ce chapelet, et nous nous « servirons de l'argept pour boire ensemble...

— «Si je vendais mon chapelet, je croirais trahir « ma foi et Otre infidèle à la sainte Vierge. Si un solc. dat doit être fidèle à son prince, il ne doit pas l'être « moins à sa religion... »

« Notre pieux mililaire sortit victorieux devant son ennemi, qui aimait mieux boire que prier... Nos deux jeunes militaires amis se retrouvent pour la rentrée du soir, heureux l'un et l'attira de posséder chacun un chapelet, et se promettant de les porter a l'église du village qui les a vus naître, si Uiea les assiste et les protège pendant la guerre.

« Ce jour tant désiré vient de s'accomplir, à la grande joie du pasteur et de la famille... Nos jeunes soldats, après avoir vu tomber à leurs pieds tant de victimes, se sont rendus en permission d'un mois, et ont déposé sur l'autel de la sainte Vierge les deux chapelets, comme un hommage de reconnaissance rendu à la puissante protection de Marie immaculée !

g Puisse ce fait intéressant porter les cœurs à aimer la sainte Vierge ! u

Oî. — LtC chapelet ùu c«ièbse UAli&it C — u.wJLs«

Le maître de musique de Marie-Antoinette, Gluck, était aussi religieux que bon musicien. Né de parents pauvres, mais honnêtes, et surtout fervents catholiques, celui qui devait un jour secouer la poussière de l'Opéra créé en France par Lulli et restaure par Hameau dut à une circoiioiunce toute fortuite de perse-

\6rer dans la foi dejsa famille malgré toutes les séductions de la haute société philosophique au milieu de laquelle son beau talent le, lança pendant une longue et brillante carrière.

Gomme la plupart des grands musiciens, Gluck avait commencé à apprendre son art sous les voûtes mystiques d'une basilique ; et la voix du jeune enf.iit de chœur était si belle, son expression naïve a* ait tant de charmes, que le nombre des fidèles était considérablement augmenté chaque fois que le petit Christophe devait chanter un motet. Rien n'est plus propre à développer le sentiment religieux dans une âme ardente que la pratique de l'art musical au milieu du sanctuaire. Aussi que de fois Gluk enfant versa de douces larmes d'attendrissement en portant ses regards sur les verrières du chœur, alors que l'orgue remplissait les voûtes de son harmonie noble et sévère, et que le soleil jetait ses rayons dorés à travers les vitres, dont mille couleurs brillaient d'un éclat pur et radieux!

Un jour que Gluck sortait du chœur, après avoir chanté admirablement un motet de Clari, il fut accosté par un pauvre religieux qui, les yeux encore humides, le serra contre son cœur, en le félicitant sur son talent si vrai et si touchant.

« Hélas ! je n'ai rien à vous donner comme gage de mon ravissement, mon petit ami, dit le religieux, rien que ce chapelet.,, mais conservez-le en souvenir

du Frère Anselme, et surtout promettez-moi de le réciter chaque soir, en l'honneur de la sainte Mère de Dieu. Cette pratique vous portera bonheur, mon jeune ami ; et même, si vous y êtes fidèle, le ciel, j'en ai le secret pressentiment, bénira vos efforts ; vous deviendrez grand devant les hommes sur la terre, et digne un jour des célestes concerts dans le Paradis. »

Christophe, surpris et touché tout à la fois par les paroles du Frère, prit respectueusement le chapelet que lui offrait une main amaigrie, plus par les austérités religieuses que par l'âge ; il promit de le réciter tant qu'il vivrait.

Parvenu à l'âge de quinze ans, le jeune Gluck avait déjà donné à ses parents les preuves d'une sagesse si précoce, que son père, chargé d'une nombreuse famille, ne s'opposait que faiblement au projet que Christophe avait formé d'aller à Home pour y continuer ses études musicales. Mais comment partir f Comment, seul et sans secours, se rendre de la capitale autrichienne à celle du monde catholique, privé, comme il l'était, des premières ressources?

Tout autre que l'enfant prédestiné aurait renoncé à ce projet, jugé impraticable pour tant de motifs. Mais lui ne fut pas rebuté ; plein de confiance dans la protection de la Reine des anges, celui qui devait plus tard devenir le favori de deux reines terrestres, Je musicien que Marie-Thérèse et Antoinette d'Au-

triche, devaient admettre dans leurs palais, n'en récita qu'avec plus de dévotion la Salutation Angélique sur le pauvre mais précieux chapelet du Frère Anselme.

Un soir que Gluck, suivant sa pieuse habitude, venait de se réconforter par la prière du saint Rosaire, on frappa vivement à la porte de la modesle demeure de ses parents... C'était le maître de chapelle de Saint-Étienne de Vienne qui, chargé d'aller en Italie faire la collection des œuvres de Palestrina, venait, de la part de l'archevêque, réclamer du père de Christophe ce dernier en qualité de secrétaire.

Qu'on juge de la joie de Christophe. Cette autorisation fut accordée avec des larmes de reconnaissance ; et, quelques jours après, Gluck roulait sur la route de Trieste avec son bon et savant professeur.

Nous ne suivrons pas notre grand artiste pendant les vingt ans qu'il passa en Italie, où, toujours fidèle à la promesse qu'il avait faite au Frère Anselme, il ne manqua jamais un seul jour de dire son chapelet, saint talisman qui plus d'une fois encore le protégea efficacement.

Qu'il nous suffise de dire que, de retour à Vienne, et, plus tard, comblé d'honneurs à la cour de Versailles, il savait s'arracher aux douceurs d'un repas splendide ou d'une conversation intéressante, pour aller réciter dans un des coins du salon royal, où il 6 tau admis à l'égal du plus grand personnage, le

chapelet, qu'il appelait son bréviaire de musicien. • C'est dans d'aussi religieuses dispositions qac Gluck passa sa vie entière; a sa main, qui s'était purifiée en écrivant le sombre et lugubre De profanais, tenait encore le chapelet, alors bien usé, du Frère Anselme, le jour où, frappé d'une apoplexie foudroyante, l'immortel artiste rendit son âme à Dieu. (Le R. P. ÏIuguet, Dévotion à Marie.)

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