ILe chapelet d'une Vendéenne
Voici un trait intéressant, emprunté au Mois de Marie de M. l'abbé Pioger.
Jacquine Mourat était bonne d'enfant dans une famille de l'Anjou ; née aux Ponts-de-Cé, elle avait appris à aimer et à servir Dieu pendant qu'on fermait ses temples et qu'on blasphémait son nom.
Jacquine communiquait sa science aux enfants confiés à ses soins ; il ne se passait pas de jours qu'elle ne leur parlât de Jésus et de Marie, obtenant l'obéissance par l'exemple du Fils, apprenant à demander la grâce par l'intercession de la Mère. Jacquine avait des histoires dont le récit captivait l'attention des enfants et fortifiait leur foi naissante.
« Ah ! la sainte Vierge, disait la jeune paysanne, c elle peut tout ! Quand j'étais petite, des hommes (i impies vinrent en Vendée, mon pays, pour tuer d tous ceux qui servaient le bon Dieu. Les prôtre (i clachaicut pour dire la messe ; mes parents, qui
« étaient de vrais chrétiens, ne manquèrent jamais « de l'entendre avec leurs enfants, le secret fut « gardé, môme par moi. Mon père était sabotier, l'ou- « vrage manquait souvent dans ces jours malheureux. « Ma mère se désespérait; mon père, au contraire, « plein d'énergie, se bornait à dire : « Prions la « sainte Vierge. » Nous tombions tous à genoux. A a peine la prière était-elle achevée, que quelqu'un « frappait à la porte, demandant une paire de sabots. « Voici, disait mon père, un pain que la bonne « Vierge nous envoie. »
« Ma mère versait des larmes de reconnaissance ; « sa foi envers Marie devint si grande, qu'elle exposa a sa vie en la confessant. »
« Un jour, des hommes furieux entrèrent chez nous le sabre à la main; l'un d'eux dit à ma mère en jurant : « Donne-moi ton chapelet, bigote. — Tiens, «répondit ma mère en montrant ses dix doigts, le « voici, mon chapelet, je m'en sers tous les jours, a prends-le si tu veux. »
« La foi de ma mère atterra ces impies ; ils se reti- « rèrent stupéfaits. »