lie père converti par son enfant
Un missionnaire de la Société de Marie prêchait, il n'y a pas encore longtemps, dans une des églises de Lyon, de cette ville si justement nommée la ville
de Marie ; entre autres choses, il dit, en parlant de la miséricorde de la très-sainte Vierge, qu'il était bien, difficile de ne pas se convertir, de ne pas se décider à se confesser, si on portait sur soi avec dévotion la médaille miraculeuse de l'immaculée Conception ; et surtout si on récitait au moins trois fois la belle invocation qui lui sert d'exergue. Après l'instruction, il distribua aux fidèles un grand nombre de ces médailles. Or il y avait dans l'auditoire une jeune enfant à peine âgée de sept ans, qui écoutait très-attentivement les paroles du missionnaire, se promettant bien, à part elle, d'en faire l'expérience. Rentrée à la maison, elle n'eut rien de plus empressé que de montrer sa médaille à son père : « N'est-ce pas, cher papa, lui dit-elle en le caressant affectueusement de ses petites mains ; n'est-ce pas que le missionnaire m'a donné une jolie médaille? regardez, comme elle est belle ! mais ce que j'aime surtout, c'est la prière qui se trouvetout autour, lisez-la, vous verrez comme elle fait du bien. » Lepère,prenant la médail!c,prononça à demi-voix ces paroles : 0 Marie conçue sans péché, priez pour nous, qui avons recours à vous. A peine eut-il achevé, que la jeune enfant l'embrassa de nouveau, avec un grand sentiment de joie. « C'est bien, se dit-elle tout bas, c'est bien; il a déjà récité la prière une fois ; si je suis assezheureuse et assez habile pour la lui faire dire encore deux fois, ce cher papa ira se confesser,
comme le missionnaire l'a assuré. » Après avoir laissé son père quelque temps, elle revint le trouver ; et, après plusieurs caresses et plusieurs espiègleries, elle lui montra de nouveau sa chère médaille, en lui répétant qu'elle la trouvait bien belle, puis elle ajouta d'un air un peu embarrassé : « Vous me feriez grand plaisir, mon bon petit père, si vous vouliez me redire encore une fois cette prière que je trouve si touchante. — Allons, mon enfant, laissemoi un peu tranquille, répondit le père ; je l'ai déjà dite une fois, cette prière, c'est bien assez ; va t'amuser. » Mais la jeune enfant lit tant d'instances, elle caressa si bien son père, que celui-ci, soit pour lui être agréable, soit aussi pour se débarrasser de ses importunités, récita de nouveau la prière, en ajoutant : « Maintenant, te voilà contente ; j'espère que tu me laisseras tranquille. » La jeune enfant, en effet, était bien heureuse ; elle avait toute la peine du monde à contenir sa joie. Cependant, elle trouvait qu'il serait bien difficile pour elle de faire réciter une troisième fois la prière à son père, elle remit la partie au lendemain, priant de tout son cœur la bonne Vierge Marie de lui venir en aide dans son entreprise ; et, pour obtenir plus sûrement cette grâce, elle alluma tous les cierges de sa petite chapelle.
Après avoir bien dressé toutes ses batteries, elle revient trouver son père. D'abord, elle ne lui parle de rien ; elle se montre plus caressante que jamais ,
et, comme elle s'aperçoit qu'il est attendri et qu'il répond à ses caresses, elle en profite pour lui montrer encore sa chère médaille ; celui-ci ne peut s'empêcher de sourire, et lui dit : « Il faut avouer que cette médaille te rend bien heureuse. — Oui, certainement, reprit l'enfant, mais je le serais bien davantage, si vous vouliez, encore une fois, me redire la belle prière ; » et, comme le père s'en défendait en alléguant qu'il l'avait déjà répétée deux fois la veille, elle fit tant d'instances, tant d'amabilités, que de guerre lasse, elle finit par l'obtenir. Mais à peine le père euk-il prononcé les dernières paroles de l'invocation : 0 Mûrie, conçue sans péché... que la jeune enfant, ivre de joie, se mit à battre des mains, en s'écriant : a Oh ! que je suis heureuse, que je suis contente ! » Le père étonné de ses transports de joie, qu'il ne pouvait s'expliquer : « Je crois que tu deviens folle, lui dit-il. — Oh ! cerles non, je ne suis pas folle, cher papa. — Mais qu'as-tu donc ? reprit le père. — Ce que j'ai, c'est que je suis au comble du bonheur. Hier au soir, j'ai entendu un sermon d'un missionnaire qui disait, en l'assurant, que tous ceux qui réciteraient trois fois la prière : 0 Marie conçue sans péché ! se décideraient à aller à confesse et deviendraient bons chrétiens. Or vous l'avez récitée trois fois ; donc vous irez vous confesser ; car les missionnaires ne trompent pas, et je sais que vous vous négligez depuis longtemps ; car un jour, à la fin
du Carême, entrnnt le soir, dans la chambre de maman, je la trouvai à genoux ; elle priait en répandant d'abondantes larmes, et comme je lui demandais ce qu'elle avait, elle fit d'abord quelques difficultés ; ensuite elle me dit : « Ah I prie bien pour ton panci vre père, afin qu'il se décide à faire ses pàques. « Hélas ! il serait bien cruel pour nous d'être séparés « pendant toute l'éternité, après avoir été si unis « dans cette vie. » Et maintenant, ajouta l'enfant, je suis bien sûre que maman ne sera plus aussi triste quand elle saura que vous êtes allé vous confesser et que c'est la sainte Vierge qui vous a obtenu cette grâce. »
Pendant ce discours, le père était vivement attendri; ses yeux étaient pleins de larmes ; prenant son enfant sur ses genoux, il la pressa vivement sur son cœur, en l'assurant que désormais il serait fidèle à ses devoirs religieux. Il tint parole, et depuis il a continué d'être un très-bon chrétien.
11 1. — 9Jn militaire français à Borné.
Un prêtre rend ainsi compte de ce qui s'est passé sous ses yeux, à Home. « Le militaire français G. G.. ,, du 13e d'infanterie légère, se trouvait le 23 septem*
brc 1848, à l'hôpital de Atteint d'une maladie
mortelle, ce malheureux jeune homme aggravait son mal par la mélancolie profonde à laquelle il s'abandonnait. Agité par les plus noires et les plus tristes
pensées, il se montrait insensible à toutes les consolations que lui prodiguaient ses camarades, et, ce qu'il y avait de plus affligeant, il ne répondait que par des paroles de mépris ou par un silence encore plus outrageant lorsqu'on lui parlait des vérités de la foi et des secours de la religion.
« Il se trouvait dans cet état depuis quinze jours, lorsque j'arrivai à l'hôpital pour y exercer mon sacré ministère. Ce jeune homme devint naturellement l'objet de mes soins. Par prudence, je m'abstins d'abord de lui parler de religion. Quelques jours après, ayant trouvé une occasion favorable, je la saisis pour l'exhorter à se tourner vers Dieu. «Laissez-moi tran- « quille, me répondit-il ; vous m'ennuyez ; je suis o protestant, allez-vous-en ! » Je me retirai en effet, après lui avoir offert mes services pour les soins corporels qu'exigeait sa maladie.
« Affligés de cette scène, les camarades du malade m'en témoignèrent tout leur regret, et, quand je fus parti, ils lui en firent des reproches. Pour moi, je crus que je ne devais plus avoir recours qu'à la prière. Dans la maison religieuse du Sacré-Cœur, à la Trinité-des-Monts, se trouve une chapelle consacrée depuis trois ans à la très- sainte Vierge, sous le titre de Mater admirabilis. Dans cette chapelle, h Reine du ciel s'est montrée dispensatrice des grâces d'une manière toute particulière, et le souvenir est encore vivant du prodige par lequel elle rendit la
parole à un vieux missionnaire qui l'avait perdue en prêchant les nègres à l'île Bourbon. En témoignage de ce bienfait, il a laissé suspendue au mur, tout au près de l'image miraculeuse, l'ardoise dont il se vivait pour se faire entendre dans sa maladie, et sur laquelle est tracé un récit sommaire de sa guérison. La vue de cette ardoise fit naître en moi la pensée de recourir à la Mère admirable, pour qu'elle-même daignât faire entendre une parole persuasive et efficace au cœur du jeune homme si obstinément rebelle.
« Le 20 octobre était le jour anniversaire de la visite que Sa Sainteté le pape Pie IX a faite à cetle image sacrée, la bénissant et permettant qu'on en célébrât la fête. Depuis ce jour jusqu'au 25 du même mois, les prières les plus ferventes s'élevèrent de ce pieux sanctuaire pour la conversion du pauvre malade. Néanmoins on ne remarquait en lui aucune apparence de changement ; il se montrait de plus en plus désespéré. Le jour suivant, vers les 5 heures du soir, je sortis de la chapelle, portant sur moi une médaille récemment frappée en l'honneur de la Vierge sacrée et en mémoire des bienfaits reçus d'elle. Muni de cette médaille, je me dirigeai vers l'hôpital, avec la ferme espérance de voir les effets merveilleux de la puissance de Marie.
« Je trouvai le malade presque agonisant. Bien qu'au moment de rendre le dernier soupir, il continuait à montrer toujours sa répugnance pour toute
idée religieuse, il avait secrètement avoué à quelques-uns de ses compagnons qu'il n'était pas protestant et qu'il n'avait prétendu l'être que pour se débarrasser des sollicitations qu'on pourrait lui faire pour l'engager à recevoir les sacrements. Plein de compassion pour son état, je mis en œuvre tout ce que la foi put me suggérer de plus efficace et de plus persuasif, dans un moment aussi redoutable ; tout fut vain. « Allez-vous-en : » telle était la seule réponse du malade, que ses camarades entendaient, en donnant des marques du plus vif regret et de la plus complète désapprobation. Alors, poussé par une force irrésistible, je me jetai à genoux au pied du lit, en priant la Vierge pour cette âme infortunée. Au bout de quelques instants, je me levai, la médaille à la main, et je dis au moribond : « Mon ami, puis- « que vous ne voulez pas vous confesser, acceptez « du moins cette médaille, et permettez-moi de vous « la mettre au cou. » Il répondit : « La médaille, je «le veux bien, c'est tout autre chose ; faites comme a il vous plaira, mais votre médaille ne me fera pas « confesser, car absolument je ne le veux pas ! » « Ayant ainsi parlé, il soulevala tête, non sans beaucoup de peine, l'inclinant sur sa poitrine. Heureux enfant ! il croyait ne baisser la tête que pour recevoir l'image de la divine Mère, et il la pliait pour la soumettre au joug du Fils contre lequel il avait si longtemps combattu ! A peine l'image miraculeuse
reposa-t-elle sur ce cœur si obstinément endurci, que ce cœur fut tout changé. Un soupir s'échappa de sa poitrine, et ce soupir est, aux yeux de la foi qui l'écoute, le chant de la victoire. Je me tenais debout près de son lit, et, levant les yeux au ciel, je lui dis : a Eh bien, mon ami, voulez-vous vous cona fesser? — Oui, monsieur, je le veux ; revenez dea main, et je me confesserai. — Pourquoi pas tout « de suite, puisque Dieu vous en inspire la pensée ? c — Oui, vous avez raison, commençons tout de « suite ; aidez-moi, je vous en prie, d 11 commença immédiatement sa confession, la continua et la termina avec une présence d'esprit admirable. Une demi-heure après, il reçut le pain des forts et l'onction sacrée des mourants. Cette âme, livrée peu d'instants auparavant aux pensées les plus affreuses, jouit en ce moment de toute la tranquillité de la paix de Dieu. La présence du prêtre et le langage de la foi sont maintenant ses plus grandes joies ; un doux sourire apparaît sur ses lèvres toutes les fois qu'on lui parle de Dieu et de ses infinies miséricordes, et, quand on lui présente la médaille chérie, il couvre de ses baisers, avec un sentiment de bonheur toujours croissant, l'image de sa bonne et tendre Mère. Ces dispositions admirables ne cessent poi^t et deviennent de plus en plus parfaites jusqu'au dernier soupir. Quarante-huit heures s'écoulent dans cet heureux état; et il est mort dans la nuit du diman-
che au lundi , vers les 3 heures après minuit. » [Rome en 1848-49-50.)
vœux