lia bataille de Lépante
Le fait le plus extraordinaire relatif au rosaire est sans contredit le suivant. En 1571, les chrétiens, sous le commandement de don Juan d'Autriche, livrèrent aux Turcs, dirigés par Hali, un combat naval près de Lépante, en Grèce. Il s'agissait d'une croisade contre les musulmans. Bepuis le départ de la flotte, le saint pape Pie V ne cessa pas un seul instant d'implorer la très-sainte Vierge, et d'adresser de ferventes prières au Seigneur, afin qu'il daignât accorder aux chrétiens la victoire sur les ennemis de la foi. 11 ordonna d'en faire autant dans tous les monastères, et même toute la chrétienté imita cet exemple. On récita surtout fréquemment et avec dévotion le saint rosaire. Enfin, le 7 octobre, les deux armées en vinrent aux mains ; c'était vers quatre heures de l'après-midi. Les chrétiens ne tardèrent pas longtemps à s'apercevoir qu'une main invisible les protégeait, car le soleil et le vent, qui jusqu'alors les avaient importunés, devinrent bientôt pour eux un moyen puissant de salut. Peu à peu le
soleil donna dans les yeux des infidèles, et le vent, changé tout à coup, leur envoya la fumée de l'artillerie. Le combat dura quatre heures. De toutes parts, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on voyait la surface de la mer couverte de sang, de cadavres, de voiles et d'autres débris des vaisseaux; la défaite des Turcs fut générale et complète. Pendant cette glorieuse bataille, le pape ne cessait de prier; il suivait en esprit les phases du combat, et par un esprit prophétique il sut le soir même que les chrétiens étaient victorieux. En actions de grâces, il statua qu'on célébrerait à l'avenir la fête de Notre- Dame des Victoires, et qu'on intercalerait dans les litanies de la très-sainte Vierge ces paroles : Auxi- Hum christianorum, ora pro nobis^ Secours des chrétiens, priez pour nous. Et comme la dévotion du rosaire était un des moyens dont s'était servi le saint ponlife pour implorer le secours de la très-sainte Vierge dans celte circonstance, il établit que, le jour de la fête de Notre-Dame des Victoires, on célébrerait aussi celle du rosaire. Sous son successeur, Grégoire XIII, la tête du rosaire fut définitivement fixée au premier dimanche d'octobre, et c'est encore ce qui a lieu aujourd'hui dans toute l'Église. (Schmidt, Cathéchisrne historique.)
il*. — I^a famille de Marie.
En 1814, les armées alliées assiégeaient Paris. Une
communauté delà Visitation se trouvait chargée d'un pensionnat considérable, placé dans un quartier voisin du combat. Surprise par la rapidité des événements, elle n'avait pu renvoyer à leurs familles les jeunes filles confiées à ses soins. Jugez des angoisses de chacune ! Le canon grondait, les boulets et les obus pleuvaient de toutes parts, et menaçaient d'écraser la maison, exposée d'ailleurs à devenir la proie de l'ennemi. Privées de tout conseil humain, les humbles filles de saint François de Sales mettent leur confiance en Marie, rassemblent toutes leurs chères élèves autour d'une statue de la sainte Vierge, vénérée sous le nom de Notre-Dame de la Garde, et les exhortent vivement à se mettre sous la protection de la Reine du ciel. — Les enfants accueillirent avec joie ces paroles, et habituées à voir la personne même de Dieu dans celle de leur maîtresse, elles suivirent ce conseil avec une confiante soumission. — Cette obéissance devait avoir sa récompense, et le pensionnat fut préservé pendant ces jours d'inquiétude. — Plusieurs boulets le traversèrent ; un obus endommagea même le socle de la statue, mais personne ne fut atteint; les enfants mêmes, naturellement si promptes à s'effrayer, demeurèrent calmes et tranquilles. — Cette maison garde encore, au pied de l'image de Marie, les boulets et l'obus, comme un monument de la protection de la sainte Vierge, (Mois
de Marie des enfants, par M. l'abbé Laffineur, 2e édition.)