L'impératrice de Russie protégée par Marie
Les strélitz, gardes du czar de Moscovie, venaient de se révolter et d'arborer hautement l'étendard de la rébellion. Pour le cœur d'une mère, quoi de plus cher que son enfant? L'impératrice vole à son fils encore tout jeune, elle le saisit et l'entraîne à quelques lieues de Moscou, dans un couvent de la Trinité, où elle croyait que le fils d'Alexis Michaelowitz serait en sûreté. Mais cette retraite fut découverte et connue des rebelles. Une troupe furieuse accourt et enfonce les portes du couvent, assassinant et massacrant tout ce qu'elle rencontre. Deux des plus fougueux insurgés découvrent, qui plus est, la czarine elle-même qui pressait son fils dans ses bras. Furieux, ils s'élancent sur elle, le fer à la main. Cette mère, que touchait déjà le glaive des assassins, enlève son enfant et avec lui se précipite dans la chapelle du monastère ; elle y jette plutôt qu'elle n'y place cet enfant aux pieds d'une statue de la Mère de Dieu? puis de là, avec un regard et des paroles comme tes mères seules peuvent en trouver, elle menace îes assassins des vengeances du ciel, s'ils osent consommer leur crime... Ils n'en eurent pas le courage... le poignard leur tomba des mains... une
puissance invisible désarma leur bras parricide. Saisi de respect, l'un d'eux tombe la face contre terre (Marie lui avait montré un rayon de sa gloire et son œil avait brillé comme un glaive de feu); l'autre hésite, et, regardant l'image sainte, il dit à son compagnon : g Non, frère, non ; pas auprès de l'autel... — Ni ailleurs ! » s'écrie la mère... En effet un détachement de soldats fidèles arriva. Les révoltés prirent la fuite ; l'enfant et la mère furent sauvés... Cet enfant était Pierre Ier, et sa libératrice était Marie, Mère de Dieu.
VIXGT-CINQUIEME JOUR
B4L9. — Payeur signalée de Marie.
Saint Arbogaste, qui occupait un poste éminent à la cour de Dagobert, roi de France, fut toujours trèszélé pour la gloire de Marie, qui ne lui refusait rien. 11 arriva que, dans une partie de chasse, le cheval que montait le fils unique du roi, s'étant effrayé, renversa le jeune prince, qui, n'ayant pas pu parvenir à dégager son pied de l'étrier, fut traîné ainsi dans la forêt. Quand on le releva, il était comme mort. Son corps, couvert de blessures, fut transportée la ville,
où la consternation passa de la cour dans toutes les familles, qui, regardant sa perte comme inévitable, déploraient un si grand malheur. Arbogaste, pour apaiser la douleur du roi et de tout le royaume, eut recours à la très-sainte Vierge, et pria longtemps devant une de ses images. Il entra ensuite dans la chambre où gisait le pauvre enfant, et, ayant fait sortir tous ceux qui s'y trouvaient, il se prosterna humblement jusqu'à terre, implorant avec larmes celle que l'Église appelle le Secours des chrétiens. Pendant que le saint évêque continuait sa prière, tout à coup le royal enfant ouvrit les yeux, leva la tête et se frotta les paupières, comme s'il se fût éveillé d'un profond sommeil. Arbogaste, transporté de joie, le prit par la main et le conduisit aux officiers de sa suite. Bientôt le bruit d'un si éclatant prodige se répandit dans la ville et dans tout le palais. Dagobert voulait récompenser magnifiquement le saint, il lui offrit autant d'or qu'il pouvait en désirer; mais le saint évoque lui répondit : a Si vous voulez vous montrer reconnaissant envers Dieu pour un tel bienfait, agrandissez le domaine de l'église consacrée à sa sainte Mère, par la puissante intercession de laquelle vous avez obtenu la guérison de votre fils. » Dagobert suivit ce sage conseil ; il fit don du château de Ruffach et de son territoire à l'église de Sainte-Marie d'Argenteuil, dont Arbogaste était évoque. Le saint, de retour à son évôché, rassembla le
clergé, la milice et le peuple, et, en présence de tous les assistants, il posa solennellement sur l'autel de Marie l'acte de donation fait par le roi, en reconnaissance de la faveur signalée que la très-sainte Vierge lui avait obtenue.