‹ Nouveau mois de MarieChapitre 96 sur 121 · ï/eiifant ressuscite · texte numérisé non relu

ï/eiifant ressuscite

Sur les bords fleuris du lac de Constance, s'élève une petite ville assez obscure et qui ne renferme dans son étroite enceinte qu'un nombre fort restreint d'habitants. Dans cette ville, vivait en 1613 un couple heureux qui n'ambitionnait pas la fortune, et qui possédait la vertu. Dieu avait béni celte union, et une petite fille était venue encore en resserrer les doux liens. Le mari était syndic de la ville d'Uberlingen; et, fidèle à ses devoirs de magistrat, il faisait des rondes nocturnes, afin de s'assurer par lui-môme du maintien de l'ordre et de la tranquillité publique. Une nuit qu'il avait comme de coutume quitté le logis, sa femme était restée près du berceau de sa chère enfant, cherchant à endormir ses naissantes douleurs. Vainement elle la prit dans ses bras, lui donna les plus doux baisers, ses pleurs ne pouvaient pas tarir. Enfin, les souffrances se calmèrent, l'enfant commença à sommeiller, et la pauvre mère, qui l'avait prise avec elle, et qui retenait son souffle pour ne pas troubler ces premiers instants de repos, s'assoupit bientôt elle-même. Mais que son réveil fut

déchirant I Elle tâta autour d'elle et ne sentit plus son enfant qu'elle pensait presser dans ses bras, qui se fermèrent comme convulsivement pour la retenir. Pour sortir de cette horrible incertitude, elle alluma un flambeau et aperçut son enfant qui avait roulé hors du lit, et qui, en tombant sur l'estrade, avait trouvé la mort. A cette vue, elle s'abandonna à la plus affreuse douleur. La pensée que son époux serait bientôt témoin de cette scène de deuil troubla sa raison; et, dans son délire, elle voulait attentera sa propre vie, pour suivre son enfant dans la tombe. Tandis qu'elle méditait cette criminelle pensée, Marie, qu'elle honorait d'un culte d'espérance et d'amour, eut pitié de sa douleur, et lui apparut telle qu'elle est représentée dans la chapelle de Notre- Dame des Ermites. Par de douces paroles, elle la détourna de son projet insensé et pour prix de sa résignation lui promit la vie de sa petite fille. A peine la Vierge sainte était-elle retirée, que le syndic rentra. Au récit de l'affreux malheur qui venait de les frapper, le père sent défaillir son courage ; cependant une pensée de foi le ranime ; et, se prosternant avec la mère éplorée au pied du crucifix, ils demandent avec ardeur à la sainte Vierge la vie de leur enfant, promettant d'aller, si leur prière est exaucée, en pèlerinage à Einsiedlen, et de l'y consacrer à Jésus et à Marie. Dès qu'ils eurent prononcé ce vœu, le petit être qui en était l'objet s'agita pour écarter

le voile qui couvrait déjà son visage, et ne tarda pas à exprimer, par des cris, l'impatience qu'il ressentait de ne pouvoir y parvenir. Oh ! comme ces signes de vie firent bondir de joie le cœur des deux époux I ils s'élancent sur le berceau ; ils passent tour à tour la main sur les membres de l'enfant, afin de s'assurer de leur bonheur, et ils ne trouvent plus de paroles pour exprimer les sentiments qui enivrent leur âme. A peu de jours de là, une mère tenant un enfant dans ses bras, et un dévot pèlerin, roulant entre ses doigts un rosaire d'ébène, gravirent le rude sentier qui conduit à la sainte chapelle. Arrivés au seuil du sanctuaire, prosternés devant l'image de la Vierge des Ermites, ils entonnèrent un cantique de joie, de reconnaissance et d'amour, qui fut répété de loin en loin par tous les échos des montagnes. {Les Matinées et Veillées du Mois de Marie,)

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