‹ Nouveau mois de MarieChapitre 97 sur 121 · Jean Sobieski · texte numérisé non relu

Jean Sobieski

L'an 1683, les Turcs, fiers des succès qu'ils avaient remportés sur l'empire d'Allemagne, formèrent le dessein de pousser leurs conquêtes jusqu'au delà du Danube et du Rhin, et, menaçant toute la chrétienté, ils vinrent avec deux cent mille hommes mettre le siège devant Vienne. L'épouvante fut générale; les peuplesabandonnaienttoutetfuyaientdetoutesparts. L'empereur Léopold 1er, n'ayant pas assez de troupes pour résister à l'armée ottomane, fut contraint de se

sauver avec précipitation de Vienne, il en sortit d'un côté avec toute sa famille, au moment où l'ennemi arrivait de l'autre pour en former le siège. La veille de l'Assomption, les Turcs ouvrirent la tranchéeet la poussèrent avec une rapidité effrayante. Pour surcroît de malheur, le feu prit à l'église des Écossais, et il alla gagner l'arsenal. Mais par une protection bien visible de la sainte Vierge, le jour même de l'Assomption, le feu s'arrêta tout à coup, pour donner le loisir de tirer de là les munitions et les poudres. Une faveur si marquée de la Mère de Dieu ranima le courage presque abattu des assiégés. Le feu continuel des assiégeants et les bombes qui renversaient les maisons n'empêchèrent pas les habitants de visiter jour et nuit les églises, pour implorer le secours du ciel, ni les prédicateurs de les exhorter à mettre toute leur confiance en leur puissante protectrice. Le 31 août, les Turcs avaient poussé leurs ouvrages si avant, que les soldats des deux partis se battaient souvent dant les fossés avec les pieux des palissades. Vienne, le boulevard de la chrétienté, était presque réduite en cendres, lorsque, le jour de la Nativité de la sainte Vierge, les chrétiens, ayant redoublé leurs prières et leurs dévotions, reçurent, comme par miracle, un avis certain d'un prompt secours qu'ils attendaient sans oser l'espérer. En effet, le lendemain, second jour de l'octave de la Nativité de la sainte Vierge, on vit toute la montagne du Kalemberg cou-

verte de troupes alliées. C'était le grand Sobieski, roi de Pologne,, à la tête d'une armée peu nombreuse, il est vrai, mais forte du secours de Dieu. Il vint, le 12, à la chapelle de Saint-Léopold, avec le prince Charles de Lorraine ; ils y entendirent la messe, et le roi voulut lui-même la servir, agenouillé au pied de l'autel,et les bras toujours étendus en croix, excepté au moment où le prêtre avait besoin de son ministère. Il y communia et, après s'être mis, lui et toute son armée, sous la protection de la sainte Vierge, après avoir reçu, avec toutes ses troupes, la bénédiction donnée au nom du Saint-Père, le religieux prince se leva, et, plein d'une sainte confiance, il s'écria : {{Marchons maintenant sous la protection toute-puissante de la Mère de Dieu» » Quand la petite armée des chrétiens eut aperçu du haut des montagnes les troupes innombrables, ils sentirent bien que la victoire ne pouvait leur venir que du ciel. En effet, elle fut toute miraculeuse. Après un premier choc un peu rude, le khan des Tartares s'enfuit le premier, et le torrent enlraîna malgré lui le grand visir, écumant de rage, qui laissa sur la place tous les bagages et les munilions de guerre et de bouche, toute son artillerie montant à cent quatre-vingts pièces de canon, et le grand étendard de Mahomet.

Jean Sobieski entradansYienne délivrée, avec l'empereur Léopold, et il entonna lui-même le Te Deum. Depuis ce temps-là, il faisait transporter avec lui une

2ÔÔ VINGT-CINQUIÈME JOUft.

image de Notre-Dame de Lorette, trouvée miraculeusement; deux anges qui soutiennent une couronne au-dessus de la tête de la sainte Vierge ont, à la main, chacun un rouleau, avec ces paroles en latin : Cette image de Marie sera pour moi le gage de la victoire. (Bis t. ecclés.)

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