Reconciliation due à Marie
On peut, sans maligne intention, juger injustement le prochain sur des apparences bien trompeuses; mais quelle coupable imprudence que de se hâter d'énoncer de semblables jugements! Ce n'est pas ainsi qu'agit saint Joseph, qui sut au moins garder le silence sur le malheur qu'il soupçonnait, et confirma par cette conduite l'éloge que fait de lui le Saint-Esprit en le qualifiant d'homme juste.
La femme d'un marin, dévote à Marie, comme le sont les gens de celte classe, que menacent tant de périls, employait le temps de l'absence de son époux à invoquer fréquemment pour lui la protection de Celle qui est appelée l'Étoile de la mer, et se conduisait avec beaucoup de sagesse, occupant ses loisirs par le travail des mains, en vue de procurer à l'absent pour son retour diverses surprises agréables.
Il arriva, le jour de celte réunion qui devait combler les vœux de l'un et de l'autre ; mais, avant que le mari eût pu regagner le toit conjugal, plus d'une mauvaise langue l'avait déjà prévenu contre sa femme,
CONSOLATRICE DES AFFLIGÉS. Î9i
en lui disant qu'elle s'adonnait à l'ivrognerie. — Elle n'avait point ce défaut auparavant, donc il fallait qu'elle eût fait quelque pernicieuse connaissance !... donc... donc... voilà l'imagination du mari en campagne et tous les soupçons violemment excités.
Au lieu d'apporter la joie, le retour du marin ne souleva chez lui que des orages, et sa femme, qui ne comprenait rien au changement de ses manières, eut fort à souffrir. Mais Marie ne l'abandonna pas dans cette épreuve, et permit que, redevenu plus calme, le marin réfléchît que le bon ordre de son intérieur témoignait en faveur de la conduite de sa femme, et qu'on pouvait bien l'avoir calomniée ou au moins avoir exagéré ses fautes. Il voulut aller à la source des propos ; et, quand tout fut éclairci, il se trouva que sa femme) ayant souffert d'une ophthalmie, avait fré^quemment baigné son œil dans un petit verre, sans se défier d'une voisine qui l'observait curieusement et qui, se persuadant qu'elle buvait, s'était hâtée de propager cette prétendue découverte*