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CONCERTS SPIRITUELS

Les concerts donnés en avril 1780 aux Tuileries : « M. Rhein, âgé de treize ans, a joué un concerto de flûte. Ses heureuses dispositions, qu'on a applaudies, n'ont pas empêché qu'on ne remarquai que son jeu n'avait point de méthode. Il a tant précipité le mouvement du vaudeville Je suis Lmdor, qu'on n'a pu distinguer les idées des variations qu'il exécutait. Il a été emporté par l'effervescence de son âge.

« M. Ozi et M. Destouches, premiers bassons de la Comédie italienne, ont étonné tout le concert par Yharmonie séduisante qiïils ont fait sortir de leurs bassons.

« On a admiré les sons vifs et perlés de M. Gara* voglio sur le hautbois; la mollesse, la douceur, la flexibilité et le beau rapport des sons que MM. Palsa et Thierschmid uni tires de leurs eors de chasse, dans le concerto et dans les petits airs, avec variations qu'ils ont joués ensemble.

« Le li mai, Concert spirituel, commence par une symphonie del signor Mozartz (sic), suivi de Veni Sancte Sjdritus, de Jomelli, chanté par Mmc de Saint-Huberty; Te Deutn de M. (îossee. M1Ie Duverger a exécuté sur la harpe un concerto de M. Rach; M. Fodor, un concerto de violon, composé par lui, et M. Raché, un concerto de clarinette dont il est l'auteur. »

« Mme de Saint-Huberlv a chanté seule un air

italien de M. Gluck, et M. de Rovedini, un air italien de Sacchini. »

En ce temps-là, on chantait de l'italien aux concerts spirituels ; cela pouvait passer pour du latin.

Berton venait de mourir, 'faon pas Fauteur de Montano et Stéphanie, mais son père, qui avait été chef d'orchestre à l'Opéra, un arrangeur enrae : aussi lit-on ceci au '14 mai 1780: « On reprochait avec raison à M. Berton de faire entrer toujours dans les additions ou les changements qu'il faisait aux pièces qu'on remettait en scène des morceaux de sa composition, qui avaient été reçus du public avec le plus d'indulgence. On a soupçonne que M. Berton avait beaucoup de peine à se mettre à l'ouvrage, et que son esprit manquait de fécondité et d'invention. »

Puis vient la liste (fort longue) de tous les ouvrages que M. Berton a accommodés et raccommodes; Lulli, Rameau et tutti quanti y ont passé : enfin l'auteur ajoute : « Dans un autre temps, la critique l'aurait fort désapprouve. Mais depuis quelques années on se permet, dans tous les genres, de mutiler les œuvres des grands hommes qui ont illustré notre nation. Ce genre de barbarie ressemble à l'ignorante stupidité des Turcs, qui ont détruit par lambeaux les monuments de l'architecture pour parer leurs grossières constructions. »

Le Conservatoire possède une « Ariette ajoutée dans Hypolyte et Aride de Rameau, chantée par M. Le Gros sur le théâtre de l'Académie royale de

musique avec grande symphonie, par M. Berton. Paris, chez M. cle la Ghevardière ».

8 novembre 1780. « Première représentation, donnée à la Comédie française, de Pigmalion, composée par M. Rousseau, mise en musique par M. Baudron, premier violon de ce spectacle.

« Ce compositeur paraît doué d'une très grande sensibilité. Il a conservé un morceau de musique composé par M. Rousseau, où Pygmalion paraît occupé à travailler. M. Baudron a cru devoir rendre cet hommage à la mémoire du célèbre historien de nos passions ».

C'est Framery qui rédigeait cet almanach.

En 1781 on ne mordait pas beaucoup aux méthodes. Après avoir dit un mot des solfèges qui servent aux voix (on n'avait pas encore pensé que ces mêmes solfèges pouvaient servir aux instrumentistes), Framery continue : « Le temps fera naître un jour l'idée de trouver une marche aussi simple pour apprendre à jouer des instruments. La musique instrumentale cessera de paraître une étude révoltante et hérissée de difficultés. Il est temps de commencer à perdre de vue les méthodes sèches, arides et dégoûtantes qui ouvrent la carrière de la musique aux jeunes gens. »

A cette époque, on s'exerçait à jouer des petits airs d'une difficulté graduelle, composés pour les commençants, et on trouvait cela admirable ! Pauvres aïeux !

Une jolie appréciation d'une œuvre de Haydn :

Sei sonate per il clavicembalo o forte-piano, composa dal si g noi' G. Haydn, opéra XXX.

« Ces sonates présentent des traits neufs, des tournures pleines de hardiesse. Il serait h souhaiter quon fit disparaître de cette œuvre les morceaux qui ne répondent point à la célébrité de leur auteur, et qui tiennent à F incorrection et à la dureté du style. »

Pauvre Haydn ! jugé par una bestia !

18 janvier 1781. Dissolution de la société musicale, connue à Paris sous le nom de Concert des amateurs.

« On donnait toutes les semaines en 1780, à l'hôtel de Soubise, un concert où tous les virtuoses se rendaient, ou comme spectateurs ou comme acteurs. Ce concert, distingué par le choix des morceaux de musique qui y étaient exécutés, par les sublimes talents qui en remplissaient les différentes parties, n'aura point lieu en 1781.

« Il serait très fâcheux que ce spectacle eût une plus longue interruption; il a servi à faire connaître en France un grand nombre de compositeurs et de virtuoses dont on n'aurait jamais entendu parler. Ceux qui s'intéressent aux progrès de nos connaissances, au développement de tous les talents et qui pèsent les avantages que retirerait la nation française de la supériorité qu'elle pourrait prendre dans tous les arts ont vu avec peine qu'un établissement aussi propre à étendre le goût de la musique et à multiplier les agents de nos plaisirs ait été aussi facile-

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ment détruit. On sera toujours étonné qu'il ne se soit pas trouvé dans Paris une portion d'hommes assez amis de cet art pour soutenir ou relever une association aussi utile.

« Dès qu'il est question d'adopter une mode ridicule, on ne regrette aucune dépense. Les hommes, comme les femmes, sont, en ce genre, des imitateurs aussi serviles de toutes les fantaisies de l'imbécile avidité de nos artistes : mais s'agit-il de concourir au bien public, d'encourager les talents qui peuvent prendre un essor plus élevé, toutes les mains se ferment et se resserrent.

8 juin 1781. « Incendie de l'Opéra de Paris. Le feu a pris vers huit heures et demie du soir dans les frises et les plafonds des décorations ; et, une heure après, la charpente et la couverture sont tombés dans la cage du bâtiment. Deux danseurs figurants, trois tailleurs, quatre ouvriers machinistes et deux pompiers ont été dévorés par les flammes. Il n'a pas été possible de leur porter le moindre secours.

18 juin. « En attendant que l'Académie royale de musique puisse faire représenter ses opéras sur le théâtre qu'on lui construira, elle a pris le parti de donner trois fois par semaine des concerts au château des Tuileries.

« M. Dauvergne a eu l'attention de présenter dans chaque concert des morceaux de musique qui appartinssent à chacun des genres qui partagent les

amateurs de musique en Lullistes^ en Gluckistes et en Piccinistes.

« Malgré la charmante variété de ces morceaux, ces concerts n'ont pas été suivis. La horde de nos connaisseurs aurait pu comparer ces genres et s'éclairer sur les motifs de ses préférences ; elle a dédaigné les leçons instructives qu'une main éclairée lui présentait. »

Dans cette même année 1781, il y a une annonce de morceaux de chant qui nous prouve qu'on était alors bien plus riche en litres qu'on ne Test maintenant. En effet, on lit : Rondeaux italiens, Tourterelles, Colombelles, Romances, Chansons et Vaudevilles avec accompagnement de clavecin. Nous n'avons plus que des mélodies.... et encore !

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