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LES DAMES PIANISTES A PARIS EX

C'étaient très probablement des dames clavecinistes, car quoique Gristofori en 1711 et Marins à Paris en 171b* eussent inventé le clavecin à marteaux, en 1754 l'invention n'avait encore guère fait du chemin, et l'on jouait toujours du clavecin. Je vais énumérer le nom de ces dames d'après Marpurg.

Mmc Mondonville, née Boucon, femme du célèbrevioloniste et compositeur de ce nom. C'était une élève de Rameau ; elle jouait avec beacoup de verve, et s'entendait aussi en composition.

Mrae Forqueray, femme de l'excellent virtuose sur la viola di Gamba.

Mme Coupcrin, née Blanchet (facteur de clavecins), épousa Armand Louis Gouperin ; comme demoiselle c'était déjà une claveciniste de renom.

Mlle Marguerite-Antoinette Couperin, une fille du grand Couper in (François), eut la charge de claveciniste de la chambre du roi; jusqu'à elle cette charge n'avait eu que des titulaires hommes.

Mme La Popelinière, femme du fermier général, propriétaire du Temple des muses, où Rameau fit ses débuts. Je ne demanderais pas mieux que de ranger Mme La Popelinière avec les illustres pianistes de 1754, comme le fait Marpurg ; malheureusement Mme La Popelinière, séparée de son mari, était morte en 1752.

Mme Casa-Maior, femme d'un célèbre docteur en médecine.

M"6 Triholct, une élève de Rameau, mariée depuis.

Mlle Certm.

Mme De Plante.

Mlle Guyot.

Ces trois dernières mortes en 1728.

A inscrire aussi clans le livre des regrets Mrae du Hallay, morte il y a quelques années; c'était une élève de Daquin, dont la beauté et le talent étaient universellement admirés. Sa maison était le rendezvous des artistes italiens et français. Elle chantait aussi dans les deux langues. Rameau appelait ses

doigts sas petits marteaux Etait-ce pour dire

que ses gammes étaient nettes comme des petits coups de marteau, ou bien était-ce pour dire que la douceur et le charme étaient absents? Tout cela dépend du degré de galanterie de Rameau.

Marc Antoine Dôsaugiers, père du célèbre chansonnier, était musicien; il a traduit le traité de J. B. Mancini. Pensieri e reûessioni pratiche sopra il canto ùyiirato; dans la traduction le titre français est moins long : L'art du chant fir/uré, 1776.

C'est là que Désaugiers raconte, d'après Boniempij que le célèbre Fedi, chanteur et professeur à Rome vers la fin du xvne siècle, pour corriger les défauts de la voix de ses disciples, les conduisait souvent promener hors de la porte Saint-Paul, où est un magnifique écho; que là il les faisait tous chanter successivement et à pleine voix pour que l'écho pût répéter fidèlement les défauts de chacun d'eux (ce qui arrivait effectivement); il ajoute que ce moyen lui suffisait, et que ses écoliers se corrigeaient d'eux-mêmes.

Il y a lieu de croire que l'écho existe encore, mais l'enseignement a changé depuis.

Vers la fin de son livre, Mancini reprend vertement les acteurs, qui, au lieu d'écouter quand on leur parle en scène et d'être attentifs à l'action, sont non seulement distraits, mais sourient aux loges, saluent leurs connaissances dans le parterre, etc. On dirait en effet que, destinés à représenter les héros de l'antiquité, toute leur étude soit de désabuser le

spectateur, auquel leur jeu hébété semble dire : ne vous y trompez pas, messieurs, nous ne sommes ni Alexandre, ni César, ni Agamemnon : nous sommes vos très humbles serviteurs, l'innocent signor Petricino, le ridicule signor Stoppiano et le grimacier signor Zoffanello. Mais que peut -on exiger de plus que la voix de ces corps sans àme, de ces automates vivants ! »

Ce sont là des actualités de 1776 qu'on pourrait encore utiliser.

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