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LES NEOLOGISTES EN MUSIQUE

Le terme allemand Lied veut dire chanson ; Lieder, son pluriel, signifie des chansons.

Depuis le succès incontesté des mélodies de Schubert, les amateurs de néologismes, voire de nombreux journalistes, se sont évertués à citer le mot Lied à tort et à travers. Que de fois n'avons-nous pas lu et ne lisons-nous encore : M. *** a chanté un Lieclev de Schubert, ce qui veut dire : M. *** a chanté une chansonsss de Schubert ; quel horrible galimatias !

Mozin, dans son Dictionnaire, pour expliquer, le mot Lied, met : chant, air, couplet; nous voici donc en possession de trois mots contre un, et encore l'auteur a-t-il oublié le seul terme exact qui est chanson, et de quatre ! A quoi bon introduire une pauvreté dans notre langue ?

Depuis vingt ou trente ans seulement, le mot mélodie, appliqué à une pièce de chant pour voix seule, a acquis une signification toute spéciale.

Dans l'esprit des musiciens, la mélodie est venue détrôner la romance, à partir de 1840 ou 1850. La coupe ordinaire de la romance était un sujet en trois ou plusieurs strophes, généralement mélancolique et tendre, une petite historiette allant au cœur et dont le refrain était le même, la plupart du temps. Ce que nous appelons une mélodie aujourd'hui en diffère essentiellement par la forme et le fond. L'application des strophes sur un même chant qui se répète n'est pas entièrement rejetée ; mais au point de vue de la conception, la forme mélodique a plus d'élévation, de développement, l'accompagnement renferme plus de richesses harmoniques que ne

comportait la romance : ce progrès n'est certes pas à critiquer. L'ambitieuse mélodie cl1 aujourd'hui vise parfois aussi à rejeter le retour des strophes, etalors c'est une improvisation, une fantaisie musicale, qui suit le poète dans ses divers tableaux et adopte, comme lui, des rythmes divers dans la même pièce; certaines formes reviennent, mais variées et avec des harmonies différentes ; bref, cela devient une pièce mélodique, développée à la façon du quatuor instrumental.

On voit par ces quelques observations que le mot Lied n'équivaut nullement à la signification actuelle de mélodie en France. Quant à la valeur ordinaire du mot mélodie, Weise, Gesangr, elle est la même dans la langue allemande que dans la notre.

Le mot Lied chez les Allemands désigne aussi le couvercle d'un pot ou d'un broc ; ainsi : Lied der Kanne signifie aussi bien couvercle du broc que chanson du broc. Lied s'applique encore chez les Allemands à l'étal d'un bouclier : horreur! ! et c'est ce mot qu'on veut introniser chez nous !

Mais les Allemands ont déjà été forcés de nous emprunter les mots romance, rondeau, parce que leur mot générique Lied n'a pas toutes ces nuances; et ce mot lui-même n'a-t-il pas été pris chez nous? Son origine est laid, lio, liut, origines celtiques.

Schilling avoue qu'il est fort embarrassé pour expliquer le mot Lied; quatre grandes pages in-S° ne lui suffisent pas, après avoir déclaré que la valeur du mot Lied est si peu déterminée, son acception si

multiple qu'il lui paraît impossible de le caractériser nettement.

« Le Lied (d'après lui) est une composition lyrique basée sur un seul sentiment, qui émeut doucement l'âme. L'expression du Lied est une joie pure, calme avec l'espoir d'un bien espéré, souhaité. Le Lied est divisé en vers et strophes de même coupe, c'est-à-dire que la même mélodie peut se répéter sur toutes les strophes. Là-dessus Schilling cite une dizaine de compositeurs allemands qui ont excellé dans le Lied... Eh bien! il faut l'avouer, à part Schubert, tous les autres sont restés totalement inconnus en France; et pourtant l'auteur dit bien explicitement qu'aucune nation n'est aussi bien douée pour les sentiments doux et purs du Lied que les Allemands; le Français veut de l'esprit et de la satire, aussi sa chanson ne ressemble t-elle nullement à notre Lied ! »

Arrey von Dominer, qui a refondu et refait le Dictionnaire musical de Koch, distingue deux formes dans le Lied ; ce sont absolument celles que nous avons mentionnées plus haut pour la mélodie française actuelle, le Lied qui se sert de la même musique pour toutes les strophes, et le Lied dont la musique suit les paroles d'un bout à l'autre, das (hircheomponirte Lied.

Les auteurs français qui composent des mélodies dans l'esprit du jour et qui ont la maladresse d'appeler cela un Lied sont-ils bien d'accord avec la définition de Dominer? « La mélodie du Lied doit

êtretellement saillante par elle-même qu'elle puisse, à la rigueur, se passer de l'accompagnement ; elle doit couler naturellement et sans artifice d'une àme émue, sans être bâtie sur une suite d'accords bien originaux, bien cherchés, bien agencés avec une longue préméditation; l'accompagnement doit être en général très simple, n'avoir pour but que de faire toujours ressortir davantage les contours de la mélodie ; on ne se contente pas toujours de cela, et on met quelquefois l'accompagnement à contribution, afin de faire ressortir davantage la situation ou le sentiment du Lied, en y ajoutant des formes imitatives, qui ne sont pas à critiquer, quand elles n'empiètent pas trop sur la mélodie et n'en détournent pas l'attention. »

La définition est un peu longue, mais elle est complète.

Trouvé dans le soulier de Noël d'un vieux professeur d'harmonie :

« Le caractère distinctif de la soi-disant jeune

école musicale d'aujourd'hui consiste à faire le plus

d'infractions possible et impossible aux lois de

l'harmonie. »

Un quatuor d'instruments à cordes pourrait s'intituler quatre voix qui vocalisent; si elles pouvaient dire les paroles, ce serait beaucoup plus intéressant.

A la fin d'un volume rare : Traité de la musique théorique et pratique, etc., par À. Parran, 1639, on lit au chapitre VI : Conclusion de l'œuvre, déterminant si on chantera la musique au ciel.

... « Ce m'est assez de vous montrer qu'on chantera la musique dans le Paradis, sans éplucher à yeux clos la qualité de ses fredons. Je dis donc qu'une partie des attraits que Dieu doit donner aux bienheureux, pour les forcer sans violence à l'amour de leur Paradis , sera la consonance harmonieuse de quelque bel accord musical. Car, de grâce, qu'y a-t-il de mauvais en la musique qui la fasse bannir des Gieux? Si elle nous fait compagnie dans la guerre, pourquoi la voulez-vous priver du triomphe? C'est faire tort aux fifres, tambours et aux trompettes de leur défendre la fanfare après la victoire. » Parrax.

Pour faire plaisir aux chanteurs, je vois citer quelques lignes du Maistre des novices dans Y art de chanter, ou règles générales, courtes, faciles et certaines pour apprendre parfaitement le plainchant, par frère Remy Carré. Paris, 1744, in-i°.

Malgré la naïveté de ce qui va être cité, il y a de très bonnes choses, dictées par le bon sens : « Outre la sagesse et la sobriété pour bien former et conserver la voix, neuf choses sont absolument nécessaires :

1° Ne point forcer la voix pour la faire monter plus haut, ni pour la faire descendre plus bas que sa disposition naturelle ne le permet ;

v2° Ne point violenter sa voix pour la rendre plus forte et plus grosse, ou pour se donner la puérile satisfaction de se faire entendre plus que les autres;

3° Chanter toujours à voix pleine, sans jamais passer de la voix naturelle au fausset ou voix de tête, sans nécessité absolue ;

4° Ne point chanter proche ou vis-à-vis d'une porte ou d'une fenêtre entrouverte;

5° Chanter le moins qu'il sera possible pendant ou immédiatement après le repas ;

6° Exercer la voix le matin à jeun;

7U Xe pas fatiguer la voix en chantant trop longtemps de suite, surtout pour peu qu'on soit enroué ou enrhumé ,

8° Xe point chanter devant un grand feu sans mettre quelque chose devant sa bouche;

9° Xe jamais chanter le soir au serein : ce dernier avis est de la dernière importance, puisque plusieurs en ont perdu la voix sans retour.

Il y a encore quelques recommandations additionnelles :

1° Jamais ne se laisser saisir de froid par les pieds et encore moins par la tète, qu'il faut avoir grand soin de tenir couverte pendant la nuit;

2° Éviter, tant que faire se peut, les intempéries de l'air, surtout le trop grand chaud ou le trop grand

froid, les rayons du soleil et de la lune, la neige, les vents, les brouillards;

3° Prendre garde de ne pas trop crier ni parler trop longtemps et avec ardeur ;

4° N'user que le moins qu'on pourra des choses froides et aigres, comme raves, salades, verjus, vinaigre, oranges, citrons, pommes, etc. ;

5° Ne se point laver la bouche avec de l'eau par trop froide ni en boire, se gardant pareillement de manger de la glace ou de la neige;

6° S'abstenir, tant que l'on peut, de manger de l'huile, ou du moins des choses où il en entre beaucoup ;

7Ù S'abstenir de manger des noix;

8° Ne pas manger d'anguille;

9° S'abstenir de la trop grande boisson;

10° Prendre garde qu'en buvant ou mangeant, il n'en tombe quelque chose dans la trachée-artère ; parce que cela excite d'ordinaire une toux violente par l'effort que fait le poumon pour chasser les matières dévoyées, ce qui nuit extrêmement à la voix et cause l'enrouement. »

L'auteur donne une quantité de remèdes contre l'enrouement, comme, par exemple, celui-ci : Appliquez des oignons cuits sous la plante des pieds avec un linge gras en vous couchant, et avalant en même temps un bouillon de lait non écrémé et bien sucré; ou bien celui-ci, qui sera sans doute préféré par les fines et délicates cantatrices : brovez de l'ail avec du miel, et en mandez, ou bien mandez des aulx crus

ou cuits sous la cendre chaude ou au moins dans de l'eau; une salade de l'un ou l'autre de ces derniers serait pareillement la chose du monde la plus excellente dont on pût user pour réchauffer l'estomac, réveiller l'appétit perdu, etc.; mais surtout pour fortifier la voix et la rendre plus belle et plus sonore. »

Extrait des Conseils aux jeunes musiciens, par Robert Schumànn, traduits par F. Liszt.

On a inventé des claviers muets ; essayez-les pendant quelque temps, afin de vous convaincre qu'ils ne valent rien. Des muets ne peuvent pas nous apprendre à parler.

Jouez en mesure ! Le jeu de beaucoup de virtuoses ressemble à la démarche d'un homme ivre. Ne prenez pas de tels modèles.

Tâchez, même si vous n'avez pas une bonne voix, de chanter à première vue, sans l'aide du piano.

Si l'on vous soumet une composition pour la déchiffrer à première vue, parcourez-la en entier des yeux avant de la jouer.

Considérez comme quelque chose d'odieux de changer quoi que ce soit aux œuvres des maîtres.

Pensez que vous n'êtes pas seul au monde, soyez donc modeste. N'oubliez pas que vous n'avez encore rien pensé ni découvert que d'autres n'aient pensé ou découvert avant vous.

378 NOUVEAU MUSICIAXA.

L'étude de l'histoire de la musique et la pratique des chefsd'œuvre de ses diverses époques vous apprendront le mieux à éviter la vanité et la présomption.

Une oreille juste, une conception prompte, sont un don d'en haut.

Écoutez avec attention les chansons nationales; c'est une mine inépuisable où Ton trouve les plus belles mélodies, qui vous donnent une idée du caractère des différents peuples.

Si vous commencez à composer, méditez, combinez, agencez tout dans votre tète; n'essayez pas un morceau sur le piano avant de l'avoir fixé dans votre esprit.

C'est seulement par le signe précis et prononcé de l'écriture que vous arriverez à maîtriser la forme, à énoncer nettement vos idées.

Rien de grand ne s'accomplit dans l'art sans enthousiasme.

Adages et paradoxes pris un peu partout.

L'harmonie est la très humble servante de la mélodie, dont la toilette n'est jamais complète sans l'harmonie.

La plupart des artistes s'estiment non selon leur talent, mais selon leur amour-propre.

+ La musique de femme sent le pot-au-feu.

Pour le moulin, on ménage la chute; pour un opéra, on l'évite.

On se fait à la mauvaise musique comme on se fait à une mauvaise habitude.

En musique comme en littérature, certaines négligences apparentes sont parfois des raffinements de l'art.

Au théâtre, les artistes qui jouent des rôles, grands ou petits, attribuent la recette à leur talent. Il serait évidemment désagréable de leur dire que très souvent c'est au mauvais temps seul que revient ce mérite.

Proverbes sur la musique et les musiciens.

Il est comme les ménétriers, il ne trouve point de pire maison que la sienne.

Soufflez, ménétrier, l'épousée passe.

(Se dit lorsque quelqu'un se vante»).

Quelquefois le ménétrier chante alors qu'il voudrait pleurer

La musique ne soulage pas le mal de dents.

(Proverbe anglais.)

Etre réglé comme un papier de musiqur.

Chanter comme une boite à musique.

Musique à porler le diable en terre.

Musique de saint Innocent Fait pitié à qui l'entend.

Plus on bat le tambour, plus il fait de bruit.

(Se dit des gens qui ne décessent de parler.)

Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son.

Sonate, que me veux-tu ? (Mot de Fontenelle.)

C'est l'air qui fait la chanson.

Chanter toujours sur la même note.

Chanter la gamme à quelqu'un.

Toucher la corJe sensible.

Donner de la tablature à quelqu'un.

Faire une fugue.

Ghi va piano va sano.

A cor et à cri.

Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire.

Chanter comme une seringue.

(Ne se dit point à la cour.)

Chanter à table et siffler au lit Démontre l'homme hors de souci.

~; Fille qui chante et ville qui parlemente sont à moitié rendues.

Chanter pouille à quelqu'un.

Ce qui ne vaut pas la peine d'être dit on le chante.

(Beaumarchais.)

Chanter une antienne à quelqu'un.

Il souvient toujours à Robin de ses flûtes.

Ce qui vient de la flûte s'en retourne au tambour.

Femme qui siffle, poule qui chante et vache qui saute, c'e^t tout ce qu'il y a de plus mauvais.

La cloche est le premier et le dernier ménétrier de la vie.

Dans la maison du Auteur tout le monde diiise.

Quelques-uns de ces proverbes sont tirés du volume grand in-4° qui a pour titre : Parémiologie

musicale de la langue française, etc., par Georges Kastner. Ce livre est une véritable encyclopédie musicale, un travail de bénédictin, édité avec le soin que Georges Kastner savait mettre à ses ou-

Sonate. — Ce mot est fort ancien dans la langue française ; on le trouve déjà dans le Mystère de la conception, nativité, etc., de la benoîte Vierge Marie, par Jean Michel, édité en 1486, par Alain Lotrian. Au feuillet 16 de Y Interlocutoire des pasteurs (1), on lit :

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