‹ Nouveau MusicianaChapitre 106 sur 112 · J.-B. LECLERC · texte numérisé non relu

J.-B. LECLERC

Cet homme, politique et littérateur, né à Angers, a écrit un Essai sur la propagation de la musique en France, sa conservation et sus rapports avale gouvernement, an VI de la République. Il paraît

que ce fut lui qui fit, au nom de la commission d'instruction publique, le rapport sur la création du Conservatoire de musique.

Il vota la mort du roi sans appel et sans sursis, et voici le style doucereux dans lequel écrivait ce féroce citoyen : « Un village sera-t-il dépravé parce qu'un corps de musique composé de dix ou douze instruments militaires embellira ses fêtes et

réglera la marche de sa garde nationale? Et quel inconvénient y aurait-il à ce que chaque arrondissement possédât, en outre, quelques chanteurs pour exécuter les hymnes patriotiques, et que la plus grande partie des habitants eût l'oreille assez exercée pour mêler sa voix à des chœurs simples et faciles ? Ne doit-on pas désirer encore que le jeune homme, en vaquant à son travail, et la jeune fille, au milieu des soins domestiques, adoucissent les peines de leurs parents par des chansons tout à la fois morales et gracieuses, et trouvent, dans le premier exercice de leur sensibilité naissante, une distraction utile, ou plutôt d'agréables leçons et un moyen facile de diriger vers un but heureux des passions prêtes à se développer? Non, la villageoise ne sera pas moins vertueuse lorsqu'elle saura chanter avec plus de pureté des romances qui consacreront le souvenir des actes de vertu de ses compatriotes ou de ses ancêtres, et la facilité d'apprendre à jouer sur la clarinette ou le hautbois un air militaire ou une gavotte ne rendra le jeune homme ni moins bon fils, ni moins bon citoyen, ni même moins assidu à son travail. »

Or, voilà les fortes inepties que débitaient, écrivaient et imprimaient les faux apôtres qui cherchaient à se mettre à la tête du mouvement religieux et musical !

Ce Leclerc a laissé en manuscrit un épais volume : Coup cVœil philosophique sur l'origine, les pi^ogrès et les vicissitudes de la musique ancienne

et moderne; les causes morales et politiques de ses principales révolutions; ce que Fart a gagné, ce qu'il a perdu dans ses divers changements; enfin, la possibilité ou F impossibilité de réparer ses pertes.

Ouf! pourquoi ne pas mettre tout bêtement : Histoire de la musique.

J'ai une vague souvenance que ce manuscrit m'a passé devant les yeux, qu'il m'a été apporté par un cocher, me disant que cela provenait de son grand oncle qui avait été très fort, très fort! — Le cocher en voulait des cent et des mille : j'ignore où cette rapsodie a été s'échouer.

Dans le volume de Lefébure sur les Bévues, erreurs et méprises de différents auteurs célèbres en matière musicale, 1789, on rapporte ces quelques lignes de J.-J. Rousseau, qui prouvent suffisamment combien, en dehors du sentiment de l'expression, cet homme était faible dans l'art pratique de la musique : « Avant de prendre un maître de composition, il faut commencer par apprendre ce que ces maitres-là n'enseignent pas, à scander, à ponctuer, à accentuer, à phraser. Gela s'apprendra en écoutant longtemps de bonne musique avec une oreille attentive et avide d'instruction. Evitez la musique moderne, étudiez Pergolèse, et, quand vous le saurez tout par cœur, étudiez-le encore,

jusqu'à ce que vous n'ayez pas besoin d'apprendre la composition. »

Un autre savantissime, nommé Boyé, a publié en 1779 : L'expression mise au rang des chimères. Pour lui l'expression est synonyme d'imitation, il nie l'expression de la musique, par la raison qu'elle n'imite pas le murmure des eaux, l'agitation des feuillages, les cascades, les tempêtes, etc. ; par la raison que le tonnerre des marionnettes est cent fois mieux imité (avec une feuille de tôle) que par tout le fracas de l'orchestre ; par la raison que la sonate de Senaillé, intitulée le Coucou, n'imite pas si bien le coucou que les coucous de certaines pendules de bois qu'on vend par les rues, et qui font la barbe au coucou de Senaillé. Quant aux autres oiseaux, soit corbeaux, fauvettes, hiboux, rossignols; soif colombes, tourterelles, poules, dindons, canards et toutes les espèces volatiles, il est absolument impossible de noter aucuns de leurs gazouillements ; et cela parce que les sons en sont aussi indéterminés que ceux de la voix parlante. Il en est de même des cris de tous les animaux, chien, chat, cheval, âne, veau, mulet, cochon, etc.

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