GIROUST
En 1768, un ami des arts avait remis à Dauvergne (Directeur des Concerts spirituels) une
médaille en or, comme prix pour la meilleure composition sur le psaume Super ûumina. Vingt-deux ouvrages furent envoyés. On choisit les trois qui parurent les plus remarquables, et on les exécuta. Le public témoigna sa préférence bien marquée à deux de ces pièces dont le style était entièrement différent; l'une, sévère, d'une sombre majesté, mais imposante; l'autre était dans des cordes douces, tendres,, mélancoliques, et écrite plus librement. Mais il n'y avait qu'une médaille. La direction des concerts en fit frapper une seconde à ses frais, et l'on ouvrit les plis cachetés, renfermant le nom des auteurs couronnés. On vit avec surprise qu'un même compositeur avait remporté les deux prix, et ce compositeur était Giroust.
A cette époque, Giroust était maître des enfants de chœur à la cathédrale d'Orléans. Ce succès du jeune compositeur le fit venir à Paris, où on lui donna une place à l'église des Saints-Innocents. En 1775, le roi le nomma à sa chapelle; plus tard il devint l'intendant de la musique du roi. Son oratorio, le Passage de la mer Rouge, est réputé une œuvre remarquable. Giroust, d'après une anecdote du temps, était dans l'enfantement de son Regina cœli, mais ne pouvait trouver ce qu'il cherchait. Découragé, il se promenait dans la galerie de Versailles, et resta frappé devant un tableau de la Résurrection; il s'en enthousiasma. « Je veux le mettre en musique » s'écria le compositeur, et il écrivit son beau Regina cœli. Le moment où la
lombe s'ouvre, où le Christ s'en élève, fut exprimé d'une manière si saissante qu'une paysanne, présente à l'exécution, sentit trembler la terre sous ses pieds, et crut un instant que l'église allait s'écrouler.
KLENDEL.
Le célèbre Haendel est peut-être le premier musicien qui ait donné l'exemple de consacrer le produit de la musique au soulagement de l'humanité souffrante. La situation fâcheuse de ses affaires l'ayant obligé en 1741 de quitter Londres pour aller tenter la fortune à Dublin, il débuta par faire exécuter son oratorio du Messie au profit des pauvres prisonniers. Cet acte de générosité lui concilia la faveur publique, et ne tarda pas à être suivi de succès constants et du rétablissement de sa fortune. C'est ce qui le décida à consacrer cet oratorio à être joué tous les ans à Londres au profit de l'hôpital des Enfants trouvés.
(Almanuch musical de 1""j.
Je ne doute pas de la véracité du fait qu'on vient de lire ; mais, en principe, il faut bien admettre que le premier concert donné par un artiste, est toujours un concert donné pour un pauvre.