DE LA BORDE
Jean Benjamin de La Borde valet de chambre favori de Louis XV, était un des fermiers-généraux et très riche, compositeur amateur assez médiocre; il a fait cinq ou six opéras, qu'on imprimait (naturellement à ses frais) malgré leur insuccès.
Les deux gravures de Gravelot que j'ai fait reproduire sont rares, h peu près inconnues; elles font titre à une facétie musicale de J.-B. de La Borde.
A cette époque R.ameau n'avait peut être pas encore dit que s'il lui en prenait envie il mettrait la Gazette de Hollande en musique. Quoi qu'il en soit,
de la Borde, pour amuser le roi et quelques courtisans, mit en musique tout au long un Privilège du Roi pour une œuvre de Mondonville, cette œuvre n'est pas nommée. La facétie a 17 pages, et il y a en plus, gravées aussi, toutes les parties de l'orchestre et du chant, ce qui a dû coûter assez cher, sans parler des deux gravures, qui sont charmantes.
A Grétry, qprès In première représentation du « Jugement de Midas ».
La cour a dénigré tes chants, Paris applaudit tes merveilles :
Grétry, les oreilles des grands Sont souvent de grandes oreilles.
( YOLTAIFŒ.
Couplets sur les musiciens du jour (1783).
Grétry, plein d'esprit et de grâces, Et savant sans être profond, De per.-onne ne suit les traces, Et fait pourtant mieux qu'ils ne font.
Quand Martini, plein de génie, Dans la carrière s'est lancé, Il fit dire à la poésie Ce qu'elle n'avait pas pensé.
Piccini, moins brillant sans doute, Mais peut-être aussi plus soigné, Vers le cœur a pris une route Que Gossec a trop dédaigné.
A la musique italienne Pour accoutumer le Français, Philidor avait pris le biais De l'entremêler de la sienne.
Je vous réservais cet honneur, Sacchini, dieu de l'harmonie; Car c'est bien vous et non l'auteur Qu'il aime dans la Colonie.
Un moment a brillé Dum, Il est mort avec son Urgèle, Et pour l'enterrer, Monsigny Fit chanter Arsène la belle.
Quant à Vachon (1), quant à à'Herhain (2), Quant à Louis (3), quant à La Ruette (4), Quant à Dezède (5) avec Champein (6), Ils font fort bien une ariette.
(1) Vachon était un violoniste de grand talent; le roi de Prusse le nomma maître des concerts de la Cour; il est mort à Berlin en 1802. En France on a joué de lui six opéras-comiques.
(2) Le chevalier d'Herbain, capitaine au régiment de Tournaisis, composa quelques petits ouvrages représentés en Italie. En France on a donné avec sa musique Les deux talents, et Manette et Lucas, ce ne sont pas des chefs-d'œuvre.
(3) Mrae Louis, quoique amateur, était une pianiste recherchée; on a joué d'elle au théâtre italien Fleur d'épine.
(4) La Ruette était un acteur dont la réputation subsiste encore. On a représenté de lui sept ou huit opéras à la comédie italienne et au théâtre de la Foire.
(5) Dezède était un compositeur de talent, on lui joua une vingtaine d'opéras-comiques à la comédie italienne, et plusieurs eurent un grand succès, comme Biaise et Babet.
(6) Champein, compositeur marseillais, a eu un grand nombre d'ouvrages représentés, parmi lesquels la Mélomanie, ouvrage à grand succès.
La biblioLhèque du Conservatoire possède les manuscrits de Champein, parmi lesquels divers opéras non représentés.
Ces six talents son bien petits, Quand on les compare au grand homme Né dans Vienne, formé dans Rome, Et le dieu de tous les pays (1).
L'auteur de cette pièce faisait, comme on voit, des vers médiocres, ses jugements sont encore au-dessous de ses vers.
J'ai lu dans un livre allemand qu'Érasme délestait la musique, et qu'un jour où des musiciens venaient de chanter et déjouer un motet, il en jeta les parties en l'air, disant : Voyez comme cette marchandise est légère, elle ne l'est pas plus que ses propriétaires.
Georges Benda, maître de chapelle du grand duc de Saxe Gotha, fut appelé un jour par la princesse qui venait de recevoir un nouveau piano à queue, qu'il devait essayer. Benda, après avoir préludé pendant quelque temps, se leva et alla se planter dans un des coins du salon. La duchesse lui dit : « Mais à quoi songez-vous donc, mon cher Benda? »
Celui-ci répliqua sérieusement : « Princesse, je voulais me rendre compte comment le piano sonne à une certaine distance. »
Voici comment les artistes grecs donnaient leurs
(1) Le chevalier Gluck.
leçons de musique : « Ils chantaient ou jouaient de la flûte, de la cithare devant leurs élèves, puis ils leur faisaient imiter ce qu'ils venaient de faire. Quand ces élèves étaient devenus habiles , on leur enseignait la notation et les principes théoriques de
leur art. »
(Fétis, Résume philosophique de l'histoire de la musique.)