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LES FIANÇAILLES DE MOZART

Avec l'archiduchesse Marie- Antoinette.

Mozart ! voilà de ces rares individualités avec lesquelles on aime à se retrouver sans cesse ; on se plait à profiter des moindres incidents biographiques de leur existence; on voudrait pouvoir suivre ces organisations d'élite du premier au dernier jour, interroger chaque battement de leur cœur, chaque étincelle de leur génie dès leur première éclosion. C'est à ce titre que nous nous empressons de reproduire la narration des fiançailles de Mozart avec l'archiduchesse Marie-Antoinette. Les admirateurs du cygne de Salzbourg y trouveront à glaner quelques-unes de ces douces et naïves émotions de plus en plus rares dans notre société moderne.

« Wôlferi ! Wôlferl (1)! mais à quoi f amuses-tu donc? Dépèche-toi, dépêche-toi ! trois heures vont sonner; il est grandement temps; le carrosse impérial va arriver tout à l'heure pour nous prendre. Estu prêt? »

(1) Wolferl, diminutif de Wolfgang, Gangoulfe.

Ainsi s'exprimait un homme à la fleur de l'âge, un jour de septembre de l'année 1762, en se promenant de lon°* en larçe dans l'une des chambres de l'auberge du Bœuf-Blanc (aujourd'hui L'hôtel de la Ville de Londres, situé à l'ancienne place de la Boucherie), à Vienne. Cet homme était Léopold Mozart, musicien de la chapelle du prince-évêque de Salzbourg.

— « Voilà, petit père, voilà, répond une voix d'enfant— c'était celle de son fils Wolfgang-Amédée Mozart. — Je ne parviens pas à ôter de mes doigts cette maudite encre, et, ainsi barbouillé, je ne puis pourtant pas aller jouer du piano devant la grande impératrice. »

— Tu vois, tu vois! ne te l'ai-je pas répété cent fois, qu'on écrit avec la plume et non avec les doigts? À part cela, tu obéis au moindre signe de tes parents ; mais quant à l'écriture, il y a encore bien à redire. Tu te presses trop, et si, par hasard, tu prends la bonne résolution d'y mettre du soin, les premières lignes sont passables, mais les suivantes ne sont qu'une enfilade de pâtés. Qu'as-tu encore barbouillé de si important?

— Oh! petit père, c'est une pièce de concert pour le clavecin. Cela vient de me venir, et malheureusement, il faudra que je laisse là la première partie, sans cela nous ne partirions jamais!

— Une pièce de concert! que de pattes de mouche inondées de taches d'encre cela doit faire! personne ne pourra te lire. Cela doit être curieux!

Vois-tu, Wôlferl, je t'ai averti cent fois de ne pas plonger ta plume jusqu'au fond de ton encrier. Il en résulte pâtés sur pâtés. Après, tu les effaces avec la paume de la main, et tu te remets à écrire des notes par là-dessus. Que de fois nous nous sommes moqués de ce griffonnage, le trompette de cour Schachtner et moi , et que de fois aussi nous nous en sommes irrités !

— Ne te fâche pas, petit père. » A ces mots, un petit garçon de six ans s'élança de la pièce voisine et se jeta au cou du musicien. » J'ai fini et nous pouvons partir. Je sais que je te cause beaucoup de peine avec ma vilaine écriture, mais je me corrigerai, pour de vrai. En retour, il faut que tu me promettes de chanter avec moi mes compositions, tous les soirs avant de me coucher; mais non pas comme hier, où tu as trouvé un prétexte pour ne pas chanter mon petit duo avec moi. »

— Eh ! bien, oui, Wôlferl, je le ferai ; mais je te préviens aussi que pour cette fois il faut que tu tiennes parole; sans cela, je me fâcherai sérieusement.

— Oh! je sais : après Dieu, c'est toi qui viens immédiatement. Aussi je te le promets. »

Le chambellan, qui entra en ce moment même, leur annonça qu'un carrosse de la cour venait d'arriver pour conduire MM. Mozart père et fils devant Leurs Majestés l'empereur François Ier et Marie- Thérèse, après quoi, tous deux prirent leur chapeau et descendirent gravement l'escalier, se pavanant dans leurs habits de fête.

Durant ce temps , deux heureux époux étaient assis sur un sofa, dans les appartements de Sa Majesté Impériale Marie-Thérèse. C'était l'Impératrice elle-même et son mari François-Etienne de Lorraine. Ils se tenaient par la main, quand le chambellan entra pour annoncer les hôtes attendus pour le concert. François de Lorraine, quoique pianiste excellent, n'était pas précisément un enthousiaste de la musique, encore moins un connaisseur; Marie-Thérèse, au contraire, non seulement aimait la musique et s'y connaissait parfaitement, mais elle chantait d'une manière fort remarquable. Ainsi, en 1739 (elle avait alors vingt-deux ans), on l'entendit dans un concert de bienfaisance. Quand Mozart eut exécuté son morceau de clavecin, à la grande satisfaction de son royal auditoire, on l'envoya s'amuser dans la grande galerie avec Marie-Antoinette, alors une petite fillette de son âge. Les enfants jouèrent au mariage ; et quand l'impératrice passa dans la galerie, elle entendit le petit Mozart dire à l'Infante : n'est-ce pas que je serai ton mari?

— Oui, bien sûr, fut la réponse, toi et nul autre. L'impératrice rit de bon cœur de cette scène et laissa les enfants continuer leurs jeux.

Le lendemain matin, une voiture de la cour s'arrêta devant l'auberge du Bœuf-Blanc, un chambellan en descendit ; il apportait au petit Wôlferl un costume de cour complet, tel que les princes avaient alors l'habitude de le porter. Vêtu de cet habit de gala brodé d'or, avec des manchettes de dentelle, des bas

de soie, des souliers à boucles, un chapeau claque sous le bras et une épée au côté, Mozart fut reconduit au château et présenté h sa petite fiancée.

Parmi les objets laissés après sa mort par la veuve de Mozart (elle avait épousé en secondes noces le conseiller Nissen), on trouva un portrait qui représentait Mozart, petit garçon, dans le costume que nous venons de décrire, costume qui avait été confectionné d'après les ordres de la gracieuse souveraine. (Traduit de l'allemand.)

JAD1N.

Louis Jadin, absolument oublié aujourd'hui, a cependant été un compositeur très fécond, Fétis ne cite de lui pas moins de 35 opéras et opéras-comiques, sans parler des pièces de circonstance, dont le célèbre historien de la musique en énumère plusieurs. Il parait qu'il ne connaissait pas la suivante, sur la naissance de Henri V :

Chant des gardes au baptême du nouvel Henri, par F. L. J an illion (de Versailles), ancien officier de gendarmerie royale; musique de L. Jadin, gouverneur des pages de la musique, compositeur honoraire des gardes du Roi.

Caroline ! à jamais le ciel n'a pu tarir

Ce sang que mes ayeux m'ont appris à chérir.

(Apothéose de Charles Ferdinand d'Artois, fils de France, duc de Berry, du même auteur.)

Paris, 1821.

90 NOUVEAU MUSIGIANA.

La reproduction cle la gravure de Sébastien Leroy est très fidèle, au-dessous, on lit :

Serment des gardes au fils de V Europe et des lys.

Repose en paix, exempt d'alarmes, Noble enfant, un jour notre roi ; Et de nos cœurs et de nos armes Le faisceau veille autour de toi.

(Dédié à la maison du Roi.)

Mm« Catalani était née à Sinigaglia, dans les Etats de l'Eglise, où sa famille jouissait d'une estime

méritée . Elle fut élevée au couvent de Gubbio et v

resta jusqu'à l'âge de 14 ans. Déjà, à cet âge si tendre, elle avait une voix si entraînante, si captivante qu'on ne pouvait s'empêcher cle l'applaudir quand elle chantait avec les nonnes à l'église, ce qui eut pour suite l'interdiction de chanter avec ses compagnes. Dès sa sortie du couvent, à 14 ans, il se développa en elle un tel talent qu'elle pût paraître, même avec éclat, à côté des chanteurs Marchesi et Grescentini, en Italie.

Mendelssohn. — On sait que Mendelssohn était un chef d'orchestre remarquable. Un journal allemand, Y Orchestre, qui n'a vécu que de 1849 à 1850, nous transmet quelques notes curieuses. Ce sont des

souvenirs de certaines observations de Mendelssohn durant ses répétitions :

« A cette phrase, la clarinette doit ressortir davantage, quoi qu'il y ait un mezzo forte ; vous sentirez cela, messieurs; les indications du compositeur sont rarement suffisantes pour exprimer toutes ses intentions.

t A la sixième mesure après le mot a tempo, la seconde flûte ne doit pas quitter le mi, et ne pas respirer absolument -avant le si. — Ici, pas de coups de langue à la trompette. — Pour ces notes brèves, le timbalier ne doit pas frapper avec le poignet, mais avec le liras raidi, afin que les notes ressortent davantage. — Ici, les violoncellistes, donnez du son; ici, n'en donnez pas. — Les contrebassistes ne doivent pas, en cet endroit, mettre leur archet trop tôt sur la corde, c'est-à-dire avant l'attaque de la note, on entend ce petit frottement. — Ici (dans l'ouverture de Freisr-hùtz), les violons doivent attaquer le premier ut en levant, afin que le second soit plus marqué en tirant. — Ici (dans la Symphonie héroïque), la deuxième et la troisième double croche du crescendo doivent avoir la même sonorité, et qu'on n'entende pas là la d'un coté et la là de l'autre. — Une fois que les seconds violons, au nombre de dix ou douze, jouaient seuls, derrière lui, un passage avec la pointe de l'archet, il en admonesta un qui avait avancé son archet au milieu de la corde, ce dont son oreille F avait* averti ; une autre fois, après qu'on eût joué les trois premières

lignes d'une symphonie, il s'aperçut que le timbalier avait changé ses baguettes, ce qui était vrai, l'artiste ayant voulu essayer des baguettes neuves. »

Chrétien Urhan. — C'est lui qui m'a donné la main pour me conduire au Conservatoire et me faire recevoir élève ; c'était en... en..., voilà, c'est si loin que je ne me le rappelle plus.

Les liseurs sérieux ont pu voir quelques pages sympathiques que M. A. de Pontmartin a mises clans ses Souvenirs d'un vieux mélomane, à propos de Chrétien Urhan. C'est écrit avec le charme que sait mettre l'illustre écrivain dans tout ce qui sort de sa plume. Il y a cependant quelques inexactitudes biographiques, et mon ami Alexandre Legen- 1 il (1), qui a été très lié avec M. Urhan, n'a pas manqué de me les faire apercevoir.

M. Urhan est né vers 1788, non à Einsiedeln, comme le dit M. de Pontmartin, mais à Montjoie, près d'Aix-la-Chapelle ; au reste, il n'a jamais été en Suisse, et le roman musical qu'y fait passer M. de Pontmartin est de pure invention. De plus, en 1842, époque à laquelle a lieu cette mystérieuse audition de Jenny Lind à l'Opéra, M. Urhan était attaché à ce théâtre depuis vingt ans.

M. de Pontmartin dit que M. Urhan avait dix-huit

(1) A. Legentil est le traducteur des notes biographiques sur Beethoven, de Wegeler et Ries.

ans quand il entendit pour la première fois Jenny Lind ; c'était donc en 1806. Or, admettons que Jenny Lind n'ait eu que quinze ans alors, il se trouverait qu'à son audition à l'Opéra, sous la direction Léon Pillet (18-42), elle aurait joui de cinquante-et-un ans passés : c'eût été un peu tard pour une audition de jeune première.

M. Urhan était, durant sa maladie (une maladie nerveuse), chez les frères de Saint-Jean, où j'ai été le voir plusieurs fois ; il me demandait, clans des moments où il souffrait moins, de lui chanter des morceaux qu'il me désignait, et qu'il m'accompagnait sur la guitare (le piano l'affectait déjà trop). Les derniers quinze jours (sa tête faiblissait beaucoup alors), il se fit porter chez son barbier, à Belleville, et c'est là qu'il mourut le 2 novembre 1845.

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