LA LYRE
On ne joue plus guère de la lyre ; c'est plutôt la guitare qui essaie de se remettre à flot depuis quelques années; elle aura de la peine à y arriver. Des jeunes filles, ayant entendu jouer à M. Van Bosch sa curieuse Retraite, se sont imaginées que la guitare s'apprenait en quelques leçons... Quelle lourde erreur ! Je n'en dirai cependant point de mal, en ayant joué dans ma belle jeunesse.
Sous le Directoire, la guitare était redevenue à la mode (pour les personnes qui ne pouvaient pas se payer des harpes) ; mais alors, et de même sous le premier Empire, la mode était d'imiter les Grecs en tout, si bien qu'on donnait aux guitares la forme des lyres ; le musée du Conservatoire possède la lyre du célèbre chanteur Garât, montée *en guitare.
Enfin, pour en revenir à la lyre, dont je n'ai pas
encore dit grand'chose, voici sur son origine une citation tirée de : Les Images ou tableaux de la plate peinture de Philostrate Lemnien, sophiste grec, mis en français par Biaise de Vigénère, 1578.
La lyre fut translatée au ciel en l'honneur de Mercure, qui Pavait composée sur le patron d'une tortue, des cornes des bœufs d'Apollon, et la monta de sept cordes, autant qu'il y avait d'Atlantides (1).
Le Nil s'étant retiré par son canal ordinaire, laissa à sec, entre autres choses, une tortue, laquelle après s'être pourrie, et ses boyaux étendus dans l'écaillé, ayant été poussée du pied par Mercure, rendit un son, à l'imitation duquel il inventa depuis la lyre, dont il fit présent à Apollon, qui l'avait surpris tandis qu'il lui détournait ses bœufs. Pour se rappointer envers lui de ce larcin, il lui permit de publier que c'était lui-même qui l'avait inventée.
Une vraie canaille, cet Apollon !
Voulant cependant avoir l'air de faire assaut de générosité avec Mercure (le véritable inventeur de la lyre), « Apollon lui donna une verge, laquelle Mercure s'en allant en Arcadie, il jeta au milieu de deux serpents qui semblaient se combattre l'un l'autre, et les départit ainsi ; en souvenir de quoi il porta toujours depuis celte verge entortillée de deux serpents, comme pour une marque de symbole de paix, que l'on appelle le caducée. »
LES INSTRUMENTS AU XVe SIÈCLE.
Un article des comptes de la fabrique à Auxerre
(1) Filles d'Atlas, dont était Maïa, la m?re de Mercure.
(1454) donne une idée de la musique et des instruments de ce temps-là : « Adjugé 28 sols à Perrenel Gontier, bâtonnier de la Confrérie, pour le salaire des ménestrels qui ont corné et chalemellé devant le corps de N.-S. durant la procession. »
Il n'y avait point alors de musique dans les églises ; elle ne s'est introduite à l'église d'Auxerre que sous le célèbre Jacques Amyot, qui en avait apporté le goût d'Italie. De son temps parut le premier serpent, inventé par Edme Guillaume, chanoine demi-prébendé (1).
Amaxtox, de l'Académie de Dijon.)