‹ Nouveau MusicianaChapitre 26 sur 112 · LUTH · texte numérisé non relu

LUTH

Je possède un petit in-4° de 112 pages, intitulé : Discours non plus mélancoliques que divers, de choses même ment qui appartiennent à notre France.

1 II ne faut pas croire que les instruments étaient bornés alors aux deux dont il est question clans ce passage, la cornemuse et le chalumeau; plus d'un siècle auparavant on connaissait déjà la vielle, le rebec. la guiterne, le leuleut (espèce de luth), la marache (inconnu), le micanon ou migamon cité par Guillaume Machault, la cistole instrument qui se pinçait comme la guitare ou plutôt comme la cithare, le psaltérion instrument triangulaire à cordes pincées, le tambour, les naquaires (toutes petites cimbales) , la trompe, les orgues, le flageollet, les chevrettes, (musettes1, les doucines (famille des bassons), les tymbales, le timbre, la flûte, le cornet d'Allemagne (cornet à bouquin), la fistule (flûte de Pan), la pipe (sifflet, la buisine (buccine, conque marine), le monocorde, etc.

Le tambour n'a été connu en France que le 3 août 1347, jour où Edouard II entra dans Calais, après onze mois et quelques jours de sièee.

Et à la fin La manière de bien et justement entoucher les lues et guiternes. A Poitiers, de l'imprimerie d'Enguilhert de Marne, 1556.

D'après la dernière édition des Anonymes de Barbier, ce volume serait de Jacques Pelletier et Élie Vinet. Charles Nodier l'attribue à Bonaventure Desperiers, mais cela paraît controuvé.

Je vais reproduire en entier le traité du luth et de la guitare, curiosité qui en vaut la peine, ne serait-ce que pour sa rareté ; je préviens même d'avance les plus enragés bibliophiles que l'orthographe de certains mots ne sera pas conservée; c'est déjà suffisamment inintelligible comme cela.

La manière d'entoucher les lues (luths) et guiternes (guitares).

« Il y a diverses sortes d'instruments de musique, desquels les uns sont à flûtes, les autres à cordes. A flûtes, comme la trompette et les orgues; à cordes, comme l'épinette et le luth. Des cordes, les unes se font de métaux, comme de fer et de laiton ; les autres, de boyaux. On les faisait premièrement de nerfs, dont nous voyons que les anciens auteurs grecs et latins appellent souvent nerfs les cordes de .leurs lyres et cythares ; mais on a finalement apprins à les faire de boyaux de brebis et d'autres animaux; que si vous me demandiez en quel temps, je ne saurais vous le dire pour cette heure, car il ne me souvient en avoir lu aucune mention, fors une épigramme grecque, et si ne sais par qui a été faite

ladite épigramme, ni combien il peut avoir qu'elle a été faite.

Les instruments dont nous usons (en ce pays) de ces cordes de tripes sont la vielle, le rébec, la viole, le luth et la guitare, desquels les trois premiers ne sont que pour chanter et jouer une partie, mais la guitare en peut jouer seule quatre qui est presque toute la musique du monde (1) et davantage pour autant que notre luth à six et sept cordes, là où la guitare n'en a que quatre pour sept, six pour onze et sept pour treize, à cause que Ton met deux cordes pour une partout (w2), fors au son le plus haut, qu'ils appellent la chanterelle, là où je ne vis jamais qu'une seule corde.

Ainsi demeure la vielle pour les aveugles, le rébec et viole pour les ménétriers, le luth et la guitare pour les musiciens, et mêmement le luth, pour sa plus grande perfection, duquel en mes premiers ans nous usions plus que de la guitare. Mais depuis douze ou quinze ans en ça, tout notre monde s'est mis à guitarer, le luth presque mis en oubli, pour être en la guitare je ne sais quelle musique, et icelle beaucoup plus aisée que celle-là du luth, comme vous disent les Grecs :

Les choses tant plus que sont belles, Plus à les avoir coûtent-elles.

(1) L'auteur veut dire sans doute que la guitare peut faire des accords de quatre notes. En réalité il n'existait pas. d'accords de quatre notes en 1556.

(2) Les luths étaient montés de cordes doubles, appelées chœur.

En manière que trouverez aujourd'hui plus de guiterneurs (guitaristes) en France qu'en Espagne. - Or, je me suis autrefois mis à chercher si cette guitare n'avait point eu de nom et d'usage en la Grèce et l'Italie anciennement, mais je n'en ai encore rien pu savoir que je voulusse assurer. Je vous dirai seulement qu'elle ressemble fort au tétracorde de Mercure (tétracorde signifie un instrument de quatre cordes), duquel parle Boèce au premier livre de la musique. Et quant au nom, je sais qu'il y a des gens qui l'appellent guiterre et quelques-uns quinterne, je ne sais pour quelle raison ; mais moi, ainsi qu'on me l'a premièrement nommée, et que maître Pierre l'appelle en sa grande fièvre, répondant à propos à son fâcheux de drapier, qui ne voulait croire que vessies fussent lanternes :

Sus tôt la reine des guiternes, A coup que me soit approchée, Je sais bien qu'elle est accouchée De vingt et quatre guiternaux.

J'ai vu homme, qui l'ayant vu nommer gitarra aux Espagnols, m'a voulu faire croire que c'était la cithara des anciens Grecs ; mais la figure de la cithara, qu'on nous donne de saint Jérôme, est moult diverse de celje-ci. Le luth aussi n'est aisé à reconnaître, qu'il ait été pris des anciens : combien que celui qui m'a tenu ce propos de la cithara m'ait aussi prié de croire que luth est fait de lyra, lequel nom de lyra ne se doit prononcer comme nous fai-

sons communément lira, mais lura, et que nous ayons dit autrefois lure, puis hu\ et finablement lue, et lut aussi, mais cela depuis qu'avons plus été studieux du langage d'Italie que du nôtre propre. Car nos pères nous ont apprins à dire lue, non lut, témoin le petit mot de gueule des bons compagnons, qui disent que mademoiselle sait fort bien jouer du Dm renversé. Autres y a qui disent que lue vient du grec cholys ou chelus : mais laissons là et la lyre, et la chele, et la cithare, puisqu'elles sont si fort inconnues à nous, et n'en laissons pourtant de musique à notre belle et gente mode gauloise. Pour laquelle chose faire avec plus de plaisir je veux ici, pour la révérence que je dois à la musique, comme science entièrement divine, et pour l'amour que je porte aux musiciens, enseigner à ceux qui n'ont loisir de s'arrêter à la philosophie , comment ils pourront perfectement bien asseoir les touches sur le luth et guitare, en quoi je vois tous les jours de grandes fautes. J'ai mille fois eu honte de voir que la faute, qui venait des touches qui n'étaient où elles devaient, faisait rougir, voir des plus experts joueurs de luth et guitare, et des apprentis peu avancés. Combien et quantefois en ai-je vu qui étaient les plus empressés du monde à avoir raison de leur instrument, qui n'était rebelle que de celle part? Mais disons.

Il faut donc premièrement entendre, que notre musique de France, d'Italie, d'Espagne et d'autres nos voisins, est de la façon approuvée de Platon, en

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sa République, c'est-à-dire que tout ce que nous chantons est de tons et demi-tons, comme voyez en notre ut re mi fa sol la (1), chose fort propre et bien trouvée pour cette affaire, quiconque soit l'inventeur depuis mille ans en ça. Ces syllabes-là, prises (ce me dit-on), de l'hymne Ut queant Iaxis resonare fihris, mira gestorum, famuli tuorum, solve pollutti Lahii reatum, etc., me nommait voix mon maître en chanterie, mais nous les pourrons aussi bien appeler sons ; y a cinq entre-deux, que les Latins nomment intervalles, comme entre les doigts de la main n'y a que quatre intervalles, qui est un de moins que le nombre des doigts qui sont cinq. Ut donc est un son, re un autre, mi un autre, et le troisième, fa, le quatrième, etc. Re est plus haut que ut, et l'intervalle, distance ou différence de l'un à l'autre s'appelle un ton.

6 — la

<ton 5 — sol

<ton 4 — fa

<<demi-ton 3 — mi

<ton 2 — re

<ton 1 — ut

Entre ut et re, re et mi semblablement y a un ton, entre fa et sol, sol et la un autre, ce qui fera

1) Le si n'était pas encore inventé.

le nombre de quatre tons entiers, au milieu desquels (entre mi et fa) y a un demi-ton. Voilà quatre tons et demi que comprennent les cinq intervalles des six voix ut re mi fa sol la.

Ces six voix ici, ainsi que se trouvent avec leurs dits intervalles plusieurs fois mises et reprises en notre gamme ; ainsi font-elles aux instruments musicaux, et plus aisément au luth et guitare qu'en la harpe et quelques autres. Pour cette aisance donc et perfection, le luth et la guitare ont le col (le col, le manche, la poignée, l'appelle-t-on), divisé tout en demi-tons par des cordes qui ceinturent ledit col, comme si elles étaient là pour le serrer et engarder de fendre, lesquelles on appelle touches, parce que, quand vous jouez de l'instrument, la corde, que vous battez de la main droite, vous la touchez de la gauche sur quelqu'une desdites cordes, et selon lesdites touches se font divers sons.

A ces touches, ici on a donné de jolis noms en notre Gaule, c'est ÀBGDEFGHIKLMN, qui font en somme treize sons, faits et comprins en douze intervalles, lesquels intervalles font tous demitons. Il est vrai que communément on ne passe point l'I. Ce sont donc ces demi-tons que voulons ici enseignera nos Français à bien pousser en l'instrument, c'est-à-dire à bien diviser le col du luth et guitare, pour avoir là ces demi-tons, tels qu'il faut pour la musique, ce que peu de gens savent faire.

Pour ceci faire donc, il faut que tu aies une table fort bien planée et polie, de bois propre à pour-

traire, comme il se trouve du noyer, cormier, poirier, érable et d'autre sorte ; et sur ladite table, par l'aide d'une fort juste règle, tirer une ligne droite de la longueur de la corde du milieu de l'instrument. La longueur de ladite corde tu la pourras prendre par le compas, si tu en as un, qui puisse s'ouvrir d'un chevalet à l'autre, ou par la règle même, qui t'aura servi à faire ladite ligne, si tu mets un bout d'icelle sur le milieu du chevalet, et l'étends tout le long de ladite corde du milieu, et marques de l'ongle le point où elle viendra se reposer sur l'autre chevalet, qu'aucuns (que quelques-uns) appellent le battant, d'autres le sillet.

Ainsi aura prins la longueur de la corde de ton instrument, et la transporteras sur la susdite. Et prenons le cas que tu eusses fait une trop longue ligne, mais qu'en la longueur de ladite corde couchée par la règle en ladite ligne, sont comme celle-ci AO (il nous faut ainsi faire pour plus facilement dire ce ([Lie nous voulons enseigner), tu feras des petits points de reconnaissance, un au bout ou est A, et un autre là où est 0 : puis diviseras icelle ligne AO par la moitié, et feras un point au milieu, comme là où est N ; après tu partiras (diviseras) ladite ligne AO en neuf parties égales avec le compas, qui se fait aisément en cette sorte : divise la première en trois, puis l'une de ces trois en autres trois parts, tu auras ainsi la neuvième partie de la ligne AO, laquelle neuvième tu coucheras auprès d'A, mettant un pied du compas sur le point d'A, et de l'autre

pied faisant un autre point où tu mettras C, et tu auras ainsi un ton entier, et le premier de l'instrument ; après lequel en mettras encore un autre, en divisant la corde GO en neuf parties, comme as fait AO, et mettant une de ces neuvièmes auprès de G, comme est GE ; lequel espace GE est moindre que le premier AG, à cause qu'il est neuvième partie de ligne GO, et AG neuvième de la ligne AO, laquelle est plus grande que GO. Mets encore un ton au-dessus E, comme as fait les autres, divisant la ligne EO en neuf parts, et couchant une de ces neuvièmes auprès d'E, comme tu vois EO. Tu as en cette sorte trois tons l'un auprès et après l'autre : lequel peut-être, avec un demi-ton davantage, seront assez pour ton instrument. Ajoute donc ce demi-ton premièrement, puis tu partiras (diviseras) tes trois tons en demis en cette manière : prends la troisième partie de la ligne AO, et la couche d'A vers 0, elle viendra cheoir au point de H. Te voilà un demi-ton de G à H, et par ainsi as maintenant trois tons et demi pour ton instrument, qui te feront sept demi-tons entre huit tons. Il ne reste qu'à diviser les trois tons premièrement mis, pour laquelle chose faire commenceras au plus haut et tiers, qui est EG de cette sorte : divise la ligne AO en quatre parts, et marque une quarte

partie du point A vers 0, elle viendra tomber entre E et G au point de F, et te feras deux tons FE et FG. Après, pour avoir les demi-tons de CE, divise la ligne de FO en huit parts égales, savoir est premièrement en deux moitiés, puis l'une de ces moitiés en deux autres moitiés, et finalement l'une de ces secondes moitiés en deux autres moitiés, et l'une de celles-ci fera la huitième partie de la ligne EO, laquelle huitième partie (qui vaut un ton) tu coucheras devant F, mettant l'une jambe du compas sur le point de F et étendant l'autre vers A, lequel tombera entre CE, et divisant l'espace CE au point de D, te fera deux demi-tons DG et DB. Le semblable te faut faire pour partir (diviser) AG, c'est qu'il te faut diviser la ligne DO en huit parties comme as fait FO, et coucher une huitième devant D, du point de D devers A, comme te montre DB. Tu as donc (comme nous avons déjà dit) sept demitons, lesquels, s'ils ne te suffisent, il t'en faut mettre davantage au-dessus de H vers 0 ; et prenons le cas qu'il faille accomplir la moitié de la corde, il faut donc diviser la ligne HO comme faisons premièrement AO, GO, EO, GO en neuf parties, et mettre une neuvième audessus de H comme est HK ; puis partir KO de même sorte, et mettre au-dessus de K une de ces neuvièmes, comme est KM, et lu auras par ce moyen deux tons, l'un de H à K et l'autre de K à M, lesquels tu diviseras en demis par tel moyen qu'as fait les deux près de A, en cette sorte : divise la ligne NO en huit parties égales, et mets dessous N

une de ces huitièmes comme est NL, par cet L est KM divisé en deux demi-tons ; divise aussi LO en huit parts, et mets une huitième dessous L comme est LI, tu auras HK divisé en demi-tons par cet I là. Or, ce qui reste de M à N est un demi-ton, par quoi tu as la ligne AN divisée en douze parties, qui sont toutes demi-tons, ce qui est plus que je ne vis jamais en nos luths.

Toutefois ceux qui voudraient passer encore plus avant, il faudrait faire de la ligne XO tout ainsi qu'as fait de toute la ligne AO, c'est-à-dire diviser premièrement ladite ligne NO par moitié, puis y mettre trois tons au-dessus de N, et le reste comme devant. Cette ligne AO ainsi divisée comme nous avons montré jusqu'ici, il te faut le compas étendre du point d'A jusqu'au point de B, et transporter cet espace sur le manche de ton luth ou guitare, mettant un des pieds de ton compas au chevalet qui est au bout du manche, et l'autre pied l'étendant selon la corde du milieu de l'instrument vers la rose, et faire là un petit point, et toutefois si grand au beau milieu que toujours apparaisse. Là est la place de B en ton instrument à tout jamais. Fais le semblable de G, de D et des autres points marqués en ladite ligne, transporte les tons avec le compas sur le manche de ton dit instrument, marque le tout de ces petits points ; après cela mets des touches partout sur lesdits points, ton luth, ta guitare ne te tachera jamais par les touches, lesquelles pourras remettre en leur place quand bon te semblera, si

d'aventure elles se sont remuées en quelque sorte, ou si tu as toi-même été forcé de les remuer de leur place, comme quand aucune fois (parfois) on rencontre des cordes fausses.

Que si quelqu'un me disait qu'en ce compassement il y a quelque faute, à cause que les cordes et la table de dessous icelles ne sont du tout dépareille longueur, je lui réponds que la faute qui peut y être est si petite que l'oreille ne la pourrait sentir.

Voilà comment, selon l'ordonnance des Pythagoriciens, devons marquer les tons et demi-tons sur nos instruments, et serait fort bon que ceux qui font lesdits instruments ordonnassent ainsi, et marquassent un chacun instrument ; mais ils ne savent cette manière, ni, quand la sauraient, ne voudraient prendre cette peine, comme je me doute ; ainsi se contentent du jugement de leur oreille, qu'ils ont la plupart mal curée et malsaine, leur suffisant qu'ils se puissent défaire de leur ouvrage tellement quellement appointé.

Toutefois je suis assuré que si une fois ils avaient compris cet art et appris ce chemin de bien faire, qu'ils n'y trouveraient grand'peine, et seraient bien marris de vendre instrument qui ne fut ainsi accoutré. Davantage le compassement d'un instrument peut servir à plusieurs qui seront de même grandeur, et pour cette raison se garder en la boutique à jamais. Mais je ferai bien davantage pour les plus empressés, délicats et paresseux : j'obtiendrai de ce grand musicien Aristoxène une dispense contre

les tant subtiles et raisonnantes raisons de Pythagore et les siens, et ferons un petit portrait sur un banc, sur un coffre, et mieux sur quelque table de bois, qui sera beaucoup plus juste, et nous servira beaucoup mieux et plus promptement, à tout jamais, que nos tant mal assurées oreilles, à mettre les touches à tous luths et guitares du monde, de quelque grandeur qu'ils soient.

Aies-moi donc une table carrée, de tel bois et ainsi parée qu'avons dit devant, assez épaisse, afin qu'elle ne se jette facilement, longue un peu plus que la corde du plus long luth qu'on fasse et large la moitié de cela pour le moins, et me tire le long d'icelleà un doigt ou deux du bord, avec la pointe de ton coutelet, une ligne, la plus prime que pourras, pourvu qu'elle se puisse voir aisément , mais tu m'entendras mieux avec une figure.

Prends donc le cas que ton bois soit ABCD (fie/. p. 117), tu tireras dessus une ligne, comme EF à deux doigts du bout AB, qui ne viendra du tout jusques aux deux bouts AD et BG, ainsi n'en approcheras plus que de deux ou trois doigts; fais deux petits points aux deux bouts d'icelle, et comme as vu devant, qu'avons poussé les trois premiers tons sur li ligne AO, divise cet EF en neuf parties égales, et couche une de ces neuvièmes de E vers F, ainsi que lu vois EG, divise pareillement la ligne GFen autres neuf parties, et mettant le pied du compas sur le point de G, étendant l'autre vers F, fais le second ton GH. Parti (divise) de rechef HF en neuf parties et

tu auras le tiers de ton HI . Divise IF aussi en neuf parties égales, et finablement toute ladite ligne en cette sorte, jusqu'à en rester auprès de F si peu qu'il ne se fasse guitare, si petite qui n'ait la corde deux fois aussi grande pour le moins que ce reste là. Tu auras par ce moyen sur ladite ligne grand nombre de tons tous entiers, et ce fait revient à AE, et par son point (c'est un bout de ladite ligne) tire une ligne à angle droit, qu'on dit autrement carré, comme tu vois EK qui demeurera à un doigt du bord CD. Tire semblablement par tous les points de tes tons GHI, et les autres plus hauts, lignes à pareil angle qu'as fait EK (elles seront par tel art parallèles à ladite EK) aussi longues que EK si tu veux, mais qui viennent pour le moins jusqu'au diamètre FK, et tu auras un instrument qui te servira à tout jamais à mettre et marquer les tons sur les instruments musicaux susdits, et voici comment :

Tu as fait la ligne EF de deux ou trois pieds de long, mais tu as une guitare que tu veux entoucher, devant ou après être garnie de cordes (toutefois les touches se mettraient plus aisément les premières), qui n'a pas un pied et demi de corde, prends ta règle et la couche sur sa ligne par le milieu de ladite guitare, d'un chevalet à l'autre. Prends ainsi le plus justement que pourras la distance de l'un à l'autre touchant d'un bout de la ligne de ladite règle le chevalet du manche, et de l'autre bout, si la règle passe outre, là où elle viendra à toucher le chevalet, du fond, marquant d'un petit point d'encre ou de

quelque autre couleur, puis transporte ta règle sur ton tracé, le point qu'as fait en icelle sur le point F et le bout qui touchait le chevalet étendu vers E. Que si lors ce bout de la règle venait à tomber justement sur une des parallèles qui sortent tons, de travers de ladite E F, il ne resterait qu'à prendre les tons en ladite règle pour les transporter sur ta guitare : mais cela ne se rencontrera de cent fois l'une, sinon que quand tu as fait ta guitare, avant que coller le grand chevalet, tu aies pris la mesure de la corde sur la ligne E F qui se pourra faire qui voudra aisément. Que le bout donc de la règle vienne cheoir entre deux parallèles, comme tu vois ici F L, il te faut en tel cas mener le bout de ta règle vers GB, en mode de compas, tant qu'il vienne cheoir en celle ligne des parallèles qui était la plus près au-dessus de lui, comme tu vois F L être venu rencontrer la parallèle H M au point de N. Adonc te faut très bien asseoir ladite règle, tant qu'à ce bout ici que du point d'en haut, puis voir où les cinq ou six parallèles prochaines dudit bout N touchent à ladite règle, et en la ligne d'icelle marquer d'encre ou de quelque autre chose les susdits tons (il serait bon avoir à ceci une règle proprement avalée (planée) d'un coté). Gomme tu vois ici 0 P Q R S T, et ceci fait, transporter ladite règle sur ta guitare, là où tu l'avais premièrement mesurée, et par le milieu du manche d'icelle, faire des points où viendront à à cheoir les marques desdits tons, comme a été dit devant, et par ce moyen auras les tons entiers requis

pour ta guitare, qui seront quatre ou cinq, pour le plus qu'on y en met.

Ces tons mis et marqués et les touches posées (comme a été dit), tu mettras entre chacune d'elles une autre touche pour avoir les demi-tons, suivant l'autorité du susdit Aristoxène, et auras ainsi ta euitare si justement entouchée , qu'il n'y a si bonne oreille de Pythagoricien qui y puisse ouïr faute aucune.

Voilà ce que j'ai ici voulu dire de la manière de garnir de touches nos luths et guitares, que je voudrais que ceux qui font lesdits instruments voulussent entendre (s'ils ne savent mieux) et enrichir de cela leur marchandise, au grand plaisir et soulagement de ceux qui aiment cette musique.

Je sais bien qu'il y a une sorte de gens qu'on appelle mathématiciens (je n'entends ces beaux devins, ' ces gentils secrétaires d'aventures et fins trompeurs, auxquels l'empereur donne la hart, Codice de maleficis et mathematicis , car tels ne sont rien moins que mathématiciens et sont indignes de tel nom) qui ne croient légèrement, et demanderaient ici qu'assurasse mon fait par quelque raison de géométrie, mais cela le ferai ailleurs, s'il plaît à Dieu.

Je ne veux être ici trop long ni faire peur aux simples avec les rondelles , écus , piques , canons et pareilles armes, sans lesquelles personne n'ose sortir au pays de géométrie. « Il suffira pour cette heure que le sens qui comprend la musique trouve bon ce que j'ai dit. »

Une réflexion ressort de tout ce salmigondis pour la construction et surtout la division d'un col de luth ou de guitare, c'est que le chant aussi bien que la musique instrumentale devaient être en 1556 d'une faiblesse déplorable.

Chanson de In guiterre.

Guiterre, amiable soûlas

Du travail de l'estude, Chassait de l'esprit triste ou las

Toute sollicitude.

Pour le bien que fais et plaisir

Je chante ta louange, Te mettre au ciel ayant désir,

De la mort je te venge.

Tu estois muette en un bois

Sur inutile souche, Ores tu respons à ma voix

Quand ces cordes je touche.

Tu n'estois es rustiques lieux

Que tronche vilageoyse, Faite en guiterne, es-tu pas mieux

Cytadine et bourgeoyse ?

L'ouvrier remercier tu dois

Qui la forme te donne, Aussi de ton maistre les doigts

Dont l'aii* en toy resonne.

Dedans ton harmonieux corps Une vertu latente

Se mesle avecques les accords

Qui l'oreille contente ; Et non l'oreille seulement,

Mais plus avant pénètre, Coulant au cœur secrètement,

Joye ou dueil y peut mettre.

Touchée d'une docte main

Tu as telle puissance, Qu'il n'est homme tant inhumain

Qu'il n'ayt resjouyssance.

Par toy le cœur passionné,

Par toy l'âme ravie, Par toy tout dueil est destourné,

Par toy gaye est la vie.

Pourtant en toute région

Tu es chère tenue, Et n'y a peuple ou nation

Où ne sois bien venue.

Tant que l'œil du monde luyra,

Florira la guiterre, Et son harmonie remplira

Tous les coings de la terre.

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