CHAPITRE NONAXTIÈME (90me
Du musicien.
« Êtes-vous bon musicien ?
« Nenny, car il y a deux grands poincts qui me manquent.
« Quels sont-ils? Avez-vous la voix cassée, et êtes-vous poussif?
g Nenny, Dieu mercy, j'ay eu dès ma jeunesse la voix assez bonne, et ay chanté le Dessus ou Superius jusqu'à l'âge de seize ans; la haute-contre, contratenor ou contretaillejusqu.es à vingt : à ceste heure je tiens la taille ou le ténor ; mais je sens bien que ma voix se change, et que j'auray bien tost un bon hassus, une bonne basse-contre ou basse.
« Par ainsi vous aurez chanté toutes les quatre
époques; cet instrument, au xvme siècle, avait généralement 24 cordes, dont un certain nombre étaient accordées à l'unisson, deux par deux; cet accouplement s'appelait un chœur.
parties. Mais quels sont ces deux défauts qui vous empeschent d'estre musicien parfait ?
« Je ne suis ni grand ribaud ou paillard, ni grand yvrogne. Pour la troisième qualité qu'on leur attribue, celle d'estre fantasque, je confesse en estre un peu entaché, estant subject à quinte et au caprice d'Italie.
« Oh ! quant à cela, chascun a son ver coquin ; la seule différence est que quelques-uns l'ont aussi grand qu'un serpent, d'autres comme un crocodile.
« Racontez-moy un peu les plus communs termes de la musique.
« Il y a la gamme, les notes, les clefs, le B mol et le B dur, un dièse ou un diésis, un souspir, une mesure, chanter à voix feinte, fredonner, battre la mesure. Les diverses pièces sont pseaumes, chansons spirituelles, airs de cour, motets, canons, vaudevilles, villanelles, boscagères, pastorelles, chansons mondaines, chansons d'yvrognes, lesquelles sont composées de deux choses : du subjet et de l'air. Un chantre qui entonne les pseaumes et mène le chant choral doit avoir une forte et haute voix, et force escoliers à l'entour du letrin ou jubé (sic), qui le secondent et aident à emporter la populace, qui se pourroit esgarer du vray chant ; il doit avoir une baguette en main pour battre la mesure sur le grand livre ouvert dessus le pulpitre. Il y en a parfois qui s'esgueulent , et en deviennent tout enroués. »
Ce livre de Daniel Martin, homme sedanois, comme dit la préface, eut un immense succès, et noire édition n'est pas la première, puisqu'elle est revue, corrigée et augmentée. C'était le dictionnaire de la conversation du temps, où la jeunesse des deux sexes puisait son instruction ; l'auteur le dit : « Il ouvre le chemin aux jeunes esprits, comme à des jeunes avettes (abeilles) qui se jettent sur mille et mille fleurs pour en humer l'esprit et en tirer la manne. »
La fin de la préface prévient enfin que si on ne lit ce livre on ne fera que barbarismes, gazafatons et al fanée rie s.
Les dictionnaires n'ont pas conservé ces deux dernières expressions.
Un musicien allemand, Craton Butner, a publié en 1660 un Te Deum ainsi libellé :
Te Deum laudamus sacrosanctee et individus; Trinitati Jehovœ Zebaoth, Domino dominantium et univcrsœ militise cœlestis, Deo Patri, Filio et Spiritui Sancto, quem hymnis concélébrant angeli, proni adorant Chérubin et Seraphim universeeque contre miscunt Potestates, pro omnibus beneficiis et pro pace aima, non ita multis ab hinc annis retrogressis nobis clementissime divinitus con-
Te Deum laudamus, composé et consacré à la très sainte et indivisible Trinité, à Jehovah, Dieu des armées, Seigneur des Seigneurs et de toute la milice céleste, à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, que les anges célèbrent en chœur par leurs hymnes, que les Chérubins et les Séraphins adorent prosternes, devant qui les puissances tremblent, en reconnaissance de tous les bienfaits reçus et de la douce paix
NOUVEAU MUSICIAXA.
cessa, proquc avcrsione luis pestiférée compositum et consecratum, 12 vocihus et 8 instrumeniis binisque tubis et tympano, una com Lasso continuo pro organo,a divinx majestatis devotissimo et humillimo cultore et servo, Cratone Butnero, di redore chori musici ad eedem D. Catharinœ, etc. 1660, gr.
in-4°.
qui nous a été accordée d'en haut il y a peu d'années, et de l'éloignement de l'épidémie pestilentielle, écrit pour douze voix et huit instruments, avec deux trompettes et tambours, ainsi qu'avec basse continue pour orgue, par C raton Butner, très dévot et très humble adorateur et serviteur delà majesté divine, et directeur du chœur de musique à l'église de Sainte-Catherine, etc. 16G0.
On a publié également en Allemagne un livre ascétique et anonyme dont je vais traduire le titre, si je puis : Musica paraholica ou la musique d'après les paraboles, c'est-à-dire éclaircissement de quelques allégories et figures qui existent dans la musique, principalement dans la trompette, par lesquels on démontre très clairement à ceux qui comprennent la musique les plus importants mystères de F Écriture sainte.
Inspiré nouvellement à un amateur des mystères naturels et divins pour être livré à de nouvelles réflexions. 1754.
Un autre curieux livre a pour titre :
ut mi sol re fa la Tota musica
par Jean-Henri Buttstett, paru aux environs de
1716; on y discute encore l'emploi du si dans la gamme, et même l'auteur préfère l'ancienne solmisation avec les six notes ut ré mi fa sol la (1).
Le commencement du chapitre II vaut la peine d'être traduit : « Après la pitoyable chute causée par le péché de nos premiers parents, les choses allaient très mal pour les arts, donc aussi pour la musique. Adam et Eve auront pris goût à l'amour, et quand Gaïn fut né, il aura pleurniché de temps en temps : Eve, au contraire , aura cherché à apaiser avec une chanson , coulant de nature , d'après le tétracorde ut ré mi fa, comme font chez nous les bonnes d'enfants, qui ne savent rien de la musique, une lure, comme :
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Do do, do-do, do-do, do -do, do-do, do -do,
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Do do, cher en - fan -te - iet, do - do, do - do, do-do
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