‹ Nouveau MusicianaChapitre 58 sur 112 · RAMEAU · texte numérisé non relu

RAMEAU

Rameau était né à Dijon en 1683. Fétis, en parlant de lui, dit : « Le magistrat de Dijon l'exempta à perpétuité, lui et sa famille, des droits municipaux

(1) On peut voir une citation de la critique de ce livre, par Mattheson, dans le Musicîana de 1877, page 25.

et de la taille. Sa taille était fort grande et sa maigreur excessive En fait de jeux de mots, Félis

ne s'est pas livré souvent à ce genre de divertissement (1).

Il est curieux de voir combien Hameau était sobre de dédicaces, surtout après avoir remarqué (Musiciana de 1877) combien Lulli en était prodigue en l'honneur du grand roi. En feuilletant toute l'œuvre musicale de Rameau, je n'ai trouvé qu'une seule dédicace, et encore a-t-elle l'air d'une dédicace de ricochet. Nous possédons en effet a la bibliothèque du Conservatoire un exemplaire des Fêtes cVHéhé gravé, avec la date de 1739, chez l'auteur, rue Saint-Thomas du Louvre; puis un autre, le litre doublé, même date, avec une dédicace à S. A. S, Mme la duchesse douairière (2). Chez Fauteur, rue des Bons-Enfants, à l'hôtel d'Effiat ; enfin un troisième, où la dédicace est non seulement imprimée sur le titre, mais où on lit au second feuillet : A son Altesse Sérénissime, Mme la duchesse douairière.

Madame,

La protection dont votre Altesse sérénissime a honoré mes premiers ouvrages me fait prendre la liberté de lui présenter celui-cy : S'il peut mériter son approbation, mon ambition est satisfaite. Je suis avec le plus profond respect, Madame, de votre altesse sérénissime, le très humble et très obéissant serviteur, Rameau.

(1) Voyez le porlrait de Rameau à la page 57.

(2) Mm8 la duchesse du Maine.

Le titre, comme pour les deux autres exemplaires, ne porte pas d'autre date que celle de la première représentation : au mois de mai 1739.

Si Rameau est sobre de dédicaces, il ne l'est pas moins de Préfaces; on en trouve une cependant au commencement des Indes galantes (1735), mais elle était en quelque sorte indispensable ; on y lit : t Gomme on n'a point encore entendu la nouvelle entrée des Sauvages que j'ajoute ici aux trois premières, je me suis hasardé de la donner complète : Heureux si le succès répond à mes soins! Toujours occupé de la belle déclamation et du beau tour de chant qui régnent dans le récitatif du grand Lulli, je tache de l'imiter, non en copiste servile, mais en prenant, comme lui, la belle et simple nature pour modèle. »

Une ouverture de Hameau, une vraie curiosité, c'est celle d'Acanthe et Céphise ou la Sympathie, pastorale héroïque, composée à T occasion de la naissance du duc de Bourgogne, représentée en 1751, le 18 novembre, par l'Académie royale. Dans cette ouverture, la première partie peint les vœux de la Nation ; la deuxième un feu d'artifice, avec fanfare. L'orchestre est aussi complet, même plus complet que tous ceux qu'on trouve jusque-là : il y a une flûte, un piccolo, deux clarinettes en ut (la clarinette était alors une grande nouveauté). Deux trompettes, deux cors, bassons, timbales et instruments à cordes, y compris la contrebasse : en plus des coups de canon, qui doivent jouer en mesure.

Malgré toute ma curiosité d'entendre cette ouverture, où les violons imitent les fusées volantes, je n'ai jamais pu y arriver.

Jean Béer a publié des discours musicaux (1) à une époque où Lulli était mort depuis vingt-deux ans, et où ses successeurs se débattaient tant bien que mal pour atteindre sa réputation. Gampra était certainement le meilleur musicien parmi les successeurs de Lulli ; mais quoique ses œuvres aient marqué un pas en avant dans l'art dramatique, surtout au point de vue du rythme, plutôt que de l'expression et de l'art musical, jamais Campra n'arriva aux succès toujours renaissants de Lulli.

Destouches et Golasse restèrent passablement dans l'ombre ; il est donc admissible que Béer, dans ses jugements sur la musique française, pouvait être bien près de la vérité quand il dit : « La'musique française, étant d'un genre particulier, a besoin aussi d'amateurs particuliers. Ses suites sonnent bien à table, et celui qui les joue n'a pas besoin de faire chauffer le poêle aux ventouses. Ses hautbois en sourdine ainsi que ses bassons nouvellement inventés ne font pas mal non plus, et celui qui en est amateur peut éprouver une grande satis-

(1) Johann Beerens musicalische DiscMrso, elc. (suivis de la guerre musicale entre la composition et l'harmonie). Nuremberg,

faction de ces sortes de compositions et de ces instruments, à plusieurs cours princières où on les joue. Mais en ce qui regarde plus spécialement le violon, je n'ai pas entendu jusqu'ici un Français qui fût en état déjouer un solo de Biber (1). Leurs chanteurs ne sont pas non plus d'une grande conséquence, leur plus grande réputation réside donc dans leurs Brandels. »

Je ne m'explique pas bien ce dernier mot. L'auteur veut-il dire branles, anciennes danses françaises? On y mettait des paroles et on les chantait. Un des chapitres les plus amusants et les plus humoristiques du livre de Béer est celui où il parle des violonistes ambulants qui, entre autres bizarreries, aiment à coucher dans les écuries, parce qu'ils peuvent ainsi voler des crins pour leurs archets, ce qui explique pourquoi les susdits archets sont mêlés de crins blancs, noirs, gris, bruns, etc.

A cette époque, la manière de diriger des maîtres de chapelle en Allemagne est fort égayante aussi : « Les uns se servent d'une espèce décaisse longue, debout, au haut de laquelle sort un bras en bois qui tappe la mesure, et qui est mis en mouvement par le pied du maître de chapelle. » Il y en a d'autres qui sont munis d'un rouleau de papier, ou d'un long bâton qui puisse atteindre ceux qui ne vont pas en mesure.

Quant aux musiciens de l'orchestre qui frappent

(1) François-Henri de Biber, virtuose allemand, 1638-1698.

la mesure avec les pieds, j'ai entendu cela en Alsace dans ma jeunesse; le bruit en était assez semblable à celui d'un métier de tisserand mal graissé, mais plus fort : c'était du dernier ridicule.

CYTHARA DAVID EXGITANS.

C'est-à-dire « excitation brève, mais mieux fondée de Jacob, rêvant à la noble musique chorale sous l'échelle d'une instruction complette, examiné par des règles minutieuses et appuyé sur des autorités, publié pour l'usage de la jeunesse s'exerçant dans la musique chorale susdite et même pour son instruction passive, par Joseph François Kinniger, bassiste du très louable et célèbre chapitre et monastère de Grembsmùnster ord. s. Benedicti, dans la haute Autriche ; Lintz, imprimé chez Jean Michel Feich tinter, 1745 ». — Petit in-4° oblonç. (Conservatoire.)

A la page 6, l'auteur met (comme une chose acquise) que du temps de Jubal, inventeur du chant choral, on ne se servait que de portées de trois lignes.

J.-J. Rousseau. — On a vendu il y a deux ans une lettre fort intéressante de Jean-Jacques Rousseau, adressée à Voltaire, le 11 décembre 1745; cette lettre commence ainsi :

Il y a quinze ans que je travaille pour me rendre digne

de vos regards et des soins dont vous favorisez les jeunes muses en qui vous découvrez quelque talent. Mais, pour avoir fait la musique d'un opéra, je me trouve, je ne sais comment, métamorphosé en musicien (i). C est, monsieur^ en cette qualité, que M. le duc de Richelieu m'a chargé des scènes dont vous avez lié vos divertissements de la Princesse de Navarre; il a même exigé que je fisse dans les canevas les changements nécessaires pour les rendre convenables à votre nouveau sujet. J'ai fait mes respectueuses représentations; M. le Duc a insisté, j'ai obéi. C'est le seul parti qui convienne à l'état de ma fortune...

Rousseau, médiocre musicien, écrivait de sentiment, et il l'avait développé à un très haut point, mais la pratique musicale lui manquait complètement. Voilà donc le compositeur qui prétendait faire les liaisons clans la Princesse de Navarre, poème de Voltaire, et musique de Rameau. Il y a tout lieu de croire qu'il ne toucha pas plus à l'un qu'à l'autre. La Bibliothèque du Conservatoire possède un exemplaire manuscrit de cette partition de Rameau, et il n'y a certainement rien de la composition de Rousseau dans cette Princesse de Navarre, comédie-ballet pour le mariage du Dauphin avec l'Infante d'Espagne.

(1) Rousseau parle sans doute ici des Muses galantes, son premier essai musical (non publié). On répéta cette pièce chez le fermier général La Popelinière, et Rameau, qui était parmi les auditeurs, trouva qu'une partie de l'ouvrage devait être d'un homme d'un grand sentiment, et que le reste était d'un musicien ignorant. Ceci pouvait se passer en 1742 ou 1743. Le Devin du village ne fut donné qu'en 17."» 2.

Au commencement de la partition du Peintre amoureux de son modèle, de Duny, ouvrage représenté en 1757, on trouve une notice assez curieuse, qu'on peut considérer comme la queue de la guerre des bouffons. On lit donc ceci :

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