LE THÉÂTRE A PARIS EX
Bouffons les mardis,
Bouffons les jeudis,
Auront une fin prochaine.
Excepté le
Fameux coin de
La Reine,
Tout l'Opéra
Leur donnera
Pour peine D'aller aux badauts Porter leurs trétaux Près de la Samaritaine.
(Chansonnier, man.)
Le « Don Juan » de Mozart.
La première représentation de cet opéra eut lieu à Prague le 29 octobre 1787. L'affiche de ce jour-là disait : Oggi, per la prima volta, Don Giovanni ossia il Dissoluto punito, Drama giocoso in due alti, con halli analoghi, parole del signer abbate
te hautbois de nos jour?, on prétend que c'est le plus ancien instrument des tziganes. Il servait dans le temps k appeler sous les armes les hommes valides, au moment du danger.
Da Ponte, musica ciel célèbre maestro signov Amadeo Mozart.
PERSONAGGI :
Don Giovanni Signor Luigi Bassi.
Il Gommendatore Sigaor Gius. Lolli.
Donna Anna Signora Teresa Saporiti.
Donna Elvira Signora Cale Miceli.
Leporello Signor Felice Ponziani.
Zehline Signora Teresina Bondini.
Masetto (il suo sposo) Signor Gius. Lolli.
Cori di contadini, Dami, Damigelle, popolo, Ballabili di conladini, contadine, etc.
Nous n'écrirons pas ici la biographie de Mozart, né en 1756, mort en 1791 ; son collaborateur Da Ponte a pu jouir plus longtemps que lui de l'immense succès du Don Juan, jouissance assez désintéressée, il faut le dire, car alors les droits d'auteur n'étaient pas encore régularisés. Da Ponte n'est mort qu'en 1838 à New-York.
A Salzbourg, lieu de naissance de Mozart, on a déjà donné une espèce de centenaire anticipé, et à cette occasion M. Pi. von Freisauff a publié un écrit intéressant sur le Don Juan; nous en avons extrait une grande partie des documents qu'on va lire.
En 1788 eut lieu à Leipzig une première de Don Juan ; on en a conservé l'affiche : 77 dissoluto punilo, ossia il Don Giovanni, le dissolu puni ou Don Juan, grand opéra comique avec des chœurs, beaucoup de décors et un double orchestre, en 2 actes; la poésie est de F abbé Da Ponte, et la musique a été composée exprès là-dessus par le ce-
lèbre compositeur Monsieur Mozart. Le public bienveillant est prié de ne pas faire répéter les airs.
A Bonn, en 1789, on annonçait Don Juan ou le Libertin puni, opéra-comique en deux actes ; à Graz, clans la même année, l'affiché de Don Juan ajoutait, « afin de compléter suffisamment l'exécution de la belle, artistique et forte musique de Mozart, plusieurs amateurs connus ont promis de jouer dans l'orchestre, par pure gracieuseté envers l'honorable et estimable public ».
Quant cà Munich, la censure défendit la pièce comme immorale ; elle n'y fut jouée qu'en 1791.
Francfort, 1794, Don Juan, opérette comique on % actes, d'après l'italien.
A Dresde, 1795, l'opéra de Mozart avait pour titre : Don Juan ou F Invité en pierre, grand opéra comico-sérieux d' après F italien de Métastase. Dans la distribution des rôles, Donna Anna s'appelle Donna Laura, Ottavio c'est Don Gonzalvc, Masetto et Zerline se nomment Pierre et Claire, Leporello c'est Frantz.
A Insbruck, en 1800, l'affiche détaillait tous les décors ; ainsi, clans la treizième scène : Cimetière avec la statue du commandeur, et son épitaphe en transparent.
Dans la scène dix-huitième : Sur un signe du fantôme, tout le théâtre se change en une horrible salle de furies, dans le fond la gueule enflammée de F Enfer. De tous les côtés apparaissent des
hêtes, des furies qui poursuivent Don Juan, le saisissent et le jettent dans la gueule, au milieu des éclairs et du tonnerre !
Mozart, de son vivant, était surtout très connu et très apprécié en Allemagne. Son Don Juan ne fut donné à l'Opéra de Paris qu'en 1805, c'est-à-dire dix-huit ans après son apparition à Prague. L'affiche de l'Opéra de Paris est curieuse : Académie impériale de musique, an XIII, Don Juan, opéra en trois actes, paroles de Thuring (1) etBaillot (2), musique de Mozart, arrangée par Kalkbrenner.
Ce dernier était le père du pianiste. Les Italiens de Paris ne donnèrent cet opéra qu'en 1811. Spontini en était alors le directeur. Mme Barili chanta Donna Anna; Mme Festa Zerline, Tachinardi Don Juan et Porto Masetto.
A Paris, on ne parle pas de la scène des furies qui enlèvent Don Juan, tandis qu'en Allemagne c'était à peu près dans la tradition ; à Laybach, en 1815, on afficha : Les aventures de Don Juan en Espagne ou le festin de pierre, opéra-comique amusant en 3 actes, d'après f espagnol deMolinar, avec une danse des furies.
Le théâtre d'Anvers (1808) met une variante : Cette pièce sera représentée avec toute la pompe imaginable ; à la fin on verra une pluie de feu et le voyage en Enfer de Don Juan.
(1) Thuring, un général de brigade en retraite.
(2) Baillot, sous-bibliothécaire.
A Riga, en 1820, l'affiche dit qu'au premier acte, à la noce paysanne, M. Kunst dansera un solo. « On a également confectionné exprès pour cette représentation un volcan en éruption, clans lequel les furies jettent Don Juan. »
Vers 1840, cà Stuttgart, au moment où Leporello, de la part de son maître, adressait à la statue équestre du commandeur l'invitation à souper, ledit commandeur eut une telle envie d'éternuer qu'il ne put y résister ; Leporello s'arrêta un instant, ébahi, puis s'adressant au public, il dit : à vos souhaits ! Le commandeur répondit par une grave inclination
de tète Il y eut un tel fou rire parmi le public
que la pièce en resta là.
A Vienne, Salieri s'opposa de toutes ses forces a la représentation du Don Juan, de crainte que cela ne fit du tort à son ouvrage Axur qu'on représentait alors, et ce n'est que par un ordre exprès de l'empereur que cet opéra parut à la scène le 7 mai 1788. Le public fut d'abord assez tiède, le grand Haydn seul à Vienne trouva que c'était un chefd'œuvre ; peu à peu cependant la critique et le public s'échauffèrent et finirent par s'enthousiasmer du Don Juan.
Richard Wagner émet également son opinion sur Don Juan dans Y Opéra et le Drame : « J'en reviens de nouveau au musicien délicieux, chez lequel la musique était tout ce qu'elle peut être clans l'homme : voyez Mozart ! Etait-il un musicien d'ordre inférieur parce qu'il n'était absolument que musi-
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cien, qu'il ne voulait et ne pouvait être autre chose? voyez son Don Juan! Où la musique a- t-elle jamais atteint une si riche individualité, une telle plénitude de caractère ? »
Le sujet de Don Juan avait été fréquemment employé au théâtre de drame en Italie; Allacci cite un Convitato di Pielra de F. Savio, en 1652, un autre de Giffoecnini, un troisième de Molloen 1678.
En 1783, Tritto avait fait représenter à Naples son opéra d'il Convitato di pietra.
En 1787, environ six ou sept mois avant Mozart, Gazzaniga donna son Convitato di pietra à Bergame .
On indique encore un Convito di pietra, ossia il D. Giovanni, musique deGardi (Venise 1787).
Le Conservatoire de Paris possède une copie de la partition de Gazzaniga, c'est une œuvre qui n'est pas sans valeur.
Je termine en constatant avec les journaux que Mme Yiardot vient d'annoncer à M. Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire de musique, qu'elle léguerait sa partition autographe du « Don Juan de Mozart, à notre Conservatoire ».