SAINTE CÉCILE
Sans pouvoir dire bien exactement à quelle date remonte l'adoption de sainteCécile comme patronne des musiciens, il est certain qu'au xve siècle cela existait déjà. M. Vander Straeten parle d'un comte d'Alost (1) 1483, et il parait que le dimanche, après la fête des saints Pierre et Paul, il y eut, comme aux années précédentes, une procession solennelle, où les habitants de cette ville s'efforcèrent à l'envi d'apporter le tribut de leurs embellissements. Entre autres exhibitions symboliques qui parurent dans le cortège, on remarqua la statue de sainte Cécile jouant de l'orgue (2).
(i) Alost, ville des Pays-Bas, arrondissement de Termonde. 2 Curiosités de l'histoire musicale des anciens Pavs-Bas, 1807.
L'auteur ajoute : « Puisque chaque confrérie y figurait avec ses attributs spéciaux, il est naturel d'en induire que très vraisemblablement une associatien de musiciens, composée de chantres, d'organistes, d'écoliers de la maîtrise, d'instrumentistes gagés par la ville, aura organisé la représentation de cette figure emblématique.
Dans un sermon publié en 1567, François Richardot, évèque d'Arras, dit que plusieurs artistes représentaient sainte Cécile ornée et polie, peignée et bouclée, rayée et galonnée, comme s il s'agissait dune Faustine ou d'une dame du inonde.
Printz (1) raconte que les joueurs de flûte étaient en grande estime chez les Athéniens jusqu à Alcibiade. Ce grand homme en herbe était élevé chez Péri clés son oncle, qui lui faisait enseigner les arts libéraux. Quand vint le tour de la musique, c'està-dire quand le célèbre joueur de flûte Antigénide mit entre les mains du futur homme d'Etat l'instrument en question, Alcibiade trouva qu'il faisait une telle grimace qu'il eut honte, jeta sa flûte par terre et la brisa.
Les Athéniens suivirent son exemple, et depuis ce
(1) Historische Beschreibung der edelen Sing und Kling- Kunst, etc. (Description historique du noble art du chant et des instruments, etc., par Caspar Printz de Waldthurm, Dresde, 1690, p. 211.)
temps, la flûte perdit chez eux sa réputation, sou estime, pour faire place aux joueurs de cithare. C'est également alors que naquit le proverbe : «Qui ne peut être un cilhariste qu'il devienne un joueur de flûte. »
Le poète Pratinas appelle la flûte un roseau plein de salive.
Nos proverbes sur la flûte sont plus vulgaires que celui des Romains. De nos jours on dit : Ce qui vient de la flûte s en retourne au tambour. — // est du bois dont on fait les flûtes. — Boire à tirelarigot. — On ne peut pas flûter et tabourer, etc.
Quant à ce dernier proverbe, les tambourinaires du Midi prouvent bien le contraire.
On n'a pas idée de toutes les bourdes qui se sont racontées, écrites et imprimées sur les effets de la musique. Steffani (l)nous apprend que Clinias, philosophe pythagoricien, très rageur de sa nature, se mettait à pincer de la harpe (en mode dorien) pour se calmer quand il était bien en colère.
Bacchus,levrai dieu Bacchus, s1 apercevant que les matelots tyrhénéens avaient le projet de le tuer dans
(1) Steffani a raconté cela, d'après Varillas, dans son écrit : Quanta cerlczza habbia da suoi principii la musica, traduit en allemand par Werkmeister, avec le titre Sendschreiben, Mulhouse, 1760.
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une tournée en mer, ordonna a ses compagnons de chanter. Les matelots, touchés, attendris, se mirent à
danser et finirent par se jeter à la mer On ne dit
pas si c'était pour ne plus entendre les chanteurs.
Sainte-Colombe, un joueur de luth, qui avait une certaine réputation à Paris en 1730, prétendait avoir tellement touché par son talent un homme qui était venu pour l'entendre que celui-ci tomba en faiblesse, ou se pâma. Il est vrai que Louis Daquin, dans son Siècle littéraire de Louis XV, répond à cela que Sainte-Colombe était un musicien médiocre, incapable de faire tomber qui que ce soit en pâmoison, et que c'est a un Lulli et à un Rameau à opérer de tels prodiges.
lous xii, chanteur.
Marin Mersenne, dans son Harmonie universelle (1637), raconte une anecdote, bien des fois reproduite depuis, que je vais donner avec l'exemple en notation moderne. La proposition esf celle-ci : « Si une voix inflexible (fausse) peut chanter la musique. »
« Josquin a fait voir qu'une voix inflexible et
mauvaise peut chanter sa partie, car ayant promis à Louis XII, dont il était musicien, de lui faire chanter sa partie, quoiqu'il eût la voix discordante et très mauvaise, il lit une composition h quatre parties, et lit avouer au roy qu'il pouvait chanter en musique! On va voir par l'exemple que le roi Louis XII n'avait qu'une note à chanter, toujours la même, la quinte, et le bon père Mersenne ajoute : « Or, il n'y a voix si mauvaise qu'elle ne puis chanter cette taille ('partie de ténor) ; car si elle est entièrement inflexible, elle ne peut manquer à tenir ferme; et si l'on a peur qu'elle ne tienne pas ferme, et qu'en haussant ou baissant elle fasse des dissonances, l'un peut faire souvent sonner un tuyau d'orgue pour la contraindre à tenir toujours le même ton. »
Oh : là la : oh : ta la :
Grlaréan me semblait le premier qui ait rapporté cette histoire ; mais Adrien de Lafage n'est pas de cet avis (1), et il pourrait bien avoir raison en citant (p. 109) les deux canons, publiés en 1538 par Ghisilini Danckerts.
1 Extraies du catalogua critique et raisonné d'une petite bibliothèque musicale. Rennes, Vatar, sans dale. — Les 40 pages de musique qui doivent suivre cet opuscule manquent souvent.
NOUVEAU MUSICIAXA.
Les deux
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de chœur.
La partie du roi.
La partie de Josquin.
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Tout le monde connaît le mot de Fontenelle : Sonate, que nie veux-tu ? On Fa même attribué à des tètes couronnées, y compris Charles X. Ce n'était d'ailleurs pas l'exclamation d'un connaisseur en musique, car Fontenelle avoue sincèrement lui-même qu'il y a trois choses qu'il n'a jamais comprises : le jeu, les femmes et la musique.
Le maréchal de camp russe, comte Mûnrieh, donna un jour un concert à sa souveraine, un concert assez bizarre, non tant comme musique, le programme étant à peu près comme tous les programmes de concert, mais les archets des instruments à cordes avaient cela de particulier qu'ils étaient tous fabriqués avec des crins de chevaux turcs conquis sur l'ennemi.
Paris, mars 1777.
Le concert des amateurs exécuta ces jours derniers une symphonie de M. Le Duc, qui fit une sensation particulière à la répétition. Au milieu de Y adagio, le chevalier de Saint-George (1er violon), à un passage très tendre, fut tellement touché, en se souvenant de son ami mort récemment, que
l'archet lui échappa de la main et que des larmes roulèrent sur son violon. Cette sensation touchante s'empara de tout l'orchestre qui, en s'interrompant, se livra à sa tristesse.
(Forkel, Bibliothèque musicale et critique.)
C'est égal, je voudrais bien voir pleurer tout un orchestre ! Par exemple, celui de la Société des concerts du Conservatoire !
Quand Lully composa, en 1677, son opéra cVIsis et qu'il y inséra au quatrième acte un chœur tremblé pour les peuples des climats glacés, cela pouvait s'admettre comme musique pittoresque et comme nouveauté. Mais que Gossec, en 1760, dans sa messe des morts, vienne avec un chœur tremblé sur les les paroles quantus tremor est futurus, etc., cela devient une niaiserie musicale, ou tout au moins une preuve de manque de goût absolu. Je vais faire suivre les premières mesures de ces deux morceaux.
NOUVEAU MUSICIAXA.