‹ Nouveau MusicianaChapitre 98 sur 112 · ROSSINI · texte numérisé non relu

ROSSINI

On sait que Pvossini aimait les mystifications, même celles un peu osées, et c'est bien dans cette dernière série qu'on peut ranger l'histoire suivante, peu connue (1) :

Un jour, son ami Garafa vient chez lui, c'était au moment des premières représentations de X Africaine, de Meyerbeer. Garafa avait besoin de 1,000 francs pour je ne sais quel arriéré. Ptossinilui dit : — Mais, mon pauvre ami, c'est que je ne les ai pas les 1,000 francs; tu sais que Mme Rossini tient les clés de la caisse, et mon argent de poche ne va pas jusque-là.

— Alors comment vais-je faire ? On me poursuivra. . .

(R.ossini, réfléchissant.)

— Au fait, il y a un moyen de te procurer la somme ; viens me voir demain, et j'espère te tirer d'affaire. — Le lendemain Garafa n'eut garde de manquer le rendez-vous. Rossini lui présenta quatre pages de

(1) Elle me vient de mon ami Bannelier.

musique : Mon ami, porte cela chez Brandus, l'éditeur de musique, et il te donnera les mille francs. Le morceau, signé du maître.. . railleur, avait pour titre : Douces réminiscences offertes à mon ami Carafa pour le nouvel an 186G. (L'Africaine.)

G. Rossini.

Brandus, voyant un morceau de Rossini. . . et sur Y Africaine, se dit : voilà une fortune ! Rossini faisant une transcription sur Y Africaine ; on se l' arrachera !

Il compta immédiatement les 1,000 francs à Carafa, et envoya le morceau au graveur.

Les Douces réminiscences parurent; on donna quelques exemplaires à des pianistes amis de la maison, et ce n'est qu'alors que Brandus (qui n'était pas musicien) apprit qu'il était berné, que les Douces réminiscences ne renfermaient pas une note de Y Africaine. C'était un morceauque Rossini avait écrit au courant de la plume, môme au courant d'une plume mal taillée, car le morceau est des plus ordinaires. Brandus, instruit et désillusionné, supprima le morceau ; il n'en existe peut-être pas dix exemplaires ; j'en possède un et je le conserve précieusement.

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