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SATIRE

Aimez-vous la muscade ? on en a mis par tout.

Ah ! Monsieur, ces poulets sont d'un merveilleux goût,

Ces pigeons sont dodus, mangez sur ma parole.

J'aime à voir aux lapins cette chair blanche et molle.

Ma foi, tout est passable, il le faut confesser ;

Et Mignot aujourd'hui s'est voulu surpasser.

Quand on parle de sauce, il faut qu'on y raffine,

Pour moi, j'aime sur tout que le poivre y domine :

J'en suis fourni, Dieu sait, et j'ai tout Pelletier

Roulé dans mon office en cornets de papier.

A tous ces beaux discours, j'étais comme une pierre,

Ou comme la statue est au festin de Pierre ;

Et sans dire un seul mot j'avalais au hazard,

Quelque aile de poulet, dont j'arrachais le lard.

Cependant mon hâbleur, avec une voix haute,

Porte à mes campagnards la santé de notre Hôte :

Qui tous deux pleins de joie, en jettant un grand cri,

Avec un rouge bord acceptent son défi.

Un si galant exploit réveillant tout le monde,

On a porté partout des verres à la ronde,

Où les doigts des Laquais dans la crasse tracés

Témoignaient par écrit qu'on les avait rincés.

Quand un des conviés, d'un ton mélancolique,

Lamente tristement une chanson bachique :

Tous mes sots à la fois ravis de l'écouter,

Détonnant de concert, se mettent à chanter.

La musique sans doute était rare et charmante ;

L'un traîne en longs fredons une voix glapissante,

Et l'autre l'appuyant de son aigre fausset,

Semble un violon faux qui jure sous l'archet.

Sur ce point, un jambon d'assez maigre apparence, Arrive sous le nom de jambon de Mayence ; Un valet le portait, marchant à pas comptés, Comme un recteur suivi des quatre facultés ; Deux Marmitons crasseux revêtus de serviettes, Lui servaient de massiers, et portaient deux assiettes. L'une de champignons, avec des ris-de-%eau, Et l'autre de pois verds, qui se noyaient dans l'eau. Un spectacle si beau surprenant l'assemblée. Chez tous les conviés la joie est redoublée ; Et la troupe à l'instant, cessant de fredonner, D'un ton gravement fou s'est mise à raisonner. Lé vin au pîus muet fournissant des paroles, Chacun a débité ses maximes frivoles,

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