‹ Nouveau recueilChapitre 137 sur 145 · DE M. BOILEAU · texte numérisé non relu

DE M. BOILEAU

Réglé les intérêts de chaque potentat, Corrigé la police, et réformé l'état; Puis delà s'embarquant dans la nouvelle guerre, A vaincu la Hollande, ou battu l'Angleterre. Enfin, laissant en paix tous ces peuples divers, De propos en propos on a parlé de vers. Là, tous mes Sots enflés d'une nouvelle audace, Ont jugé des auteurs en maîtres du Parnasse. Mais notre Hôte surtout, pour la justesse et l'art, Elevait jusqu'au ciel Théophile et Ronsard. Quand un des campagnards relevant sa moustache, Et son feutre à grands poils ombragé d'un panache, Impose à tous silence, et d'un ton de docteur, Morbleu, dit- il, la Serre est un charmant auteur! Ses vers sont d'un beau stile, et sa prose est coulante. La Pucelle est encore une œuvre bien galante ; Et je ne sais pourquoi je bâille en la lisant. Le Païs, sans mentir, est un bouffon plaisant : Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voiture, Ma foi, le jugement sert bien dans la lecture. A mon gré, le Corneille est joli quelquefois. En vérité, pour moi, j'aime le beau François. Je ne sais pas pourquoi Ton vante l'Alexandre ; Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre. Les héros chez Quinaut parlent bien autrement, Et jusqu'à j^ vous hais, tout s'y dit tendrement. On dit qu'on l'a drapé dans certaine satire, Qu'une jeune homme- Ah ! je sais ce que vous voulez dire, A répondu notre Hôte, un Auteur sans défaut La raison dit Virgile^ et la rime Quinaut, Justement. A mon gré, la pièce est assez plate;

Et puis blâmer Quinaut Avez-vous vu TAstrate ?

C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé, Surtout l'Anneau Royal me semble bien trouvé. Son sujet est conduit d'une belle manière, Et chaque acte en sa pièce est une pièce entière. Je ne puis plus souffrir ce que les autres font.

Il est vrai que Quinaut est un esprit profond ; A repris certain fat, qu'à sa mine discrète Et son maintien jaloux j'ai reconnu poëte, Mais il en est pourtant, qui le pourraient valoir. Ma foi, ce n'est pas vous qui nous le ferez voir,

tô4? FABLES

A dit mon campagnard avec une voix claire, Et déjà tout bouillant de vin et de colère. Peut-être, a dit Tauteur pâlissant de courroux; Mais vous, pour en parler vous y connaissez-vous ? Mieux que vous mille fois, dit le noble en furie. Vous ? Mon Dieu, mêlez-vous de boire, je vous prie, A Tauteur sur le champ aigrement réparti. Je suis donc un Sot ? moi ? vous en avez menti : Repond le campagnard ; et sans plus de langage, Lui jette, pour défi, son assiette au visage. L'autre esquive le coup, et Tassiette volant S'en va frapper le mur et revient en roulant. A cet affront, Tauteur se levant de la table, Lance à mon campagnard un regard effroyable ; Et chacun vainement se ruant entre deux. Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux. Aussitôt sous leurs pieds les tables renversées, Font voir un long débris de bouteilles cassées : En vain à lever tous les valets sont fort prompts, Et les ruisseaux de vin coulent aux environs.

Enfin, pour arrêter cette lutte barbare, De nouveau Ton s'efforce, on crie, on les sépare, Et leur première ardeur passant en un moment. On a parlé de paix et d'accommodement.

Mais tandis qu'à l'envi tout le monde y conspire, J'ai gagné doucement la porte sans rien dire, Avec un bon serment, que si pour l'avenir, En pareille cohue on me peut retenir, Je consens de bon cœur pour punir ma folie. Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie ; Qu'à Paris le gibier manque tous les hivers, Et qii' à peine au mois d'Août l'on mange des pois verds.

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