STANISLAS I. ROI DE POLOGNE
Auguste, qui renonça à la couronne de Pologne, et reconnut Stanislas pour légitime souverain de cet état. Mais tous les trophées du conquérant du nord ayant été renversés en un seul jour à la bataille de Pultawa le 28 Juin 1709, Auguste oublia bientôt ses engagemens. La Pologne se vit de nouveau déchirée par ses propres mains, et par celles des Moscovites vainqueurs de Charles XII. Stanislas, touché des malheurs des Polonais, et ne pouvant plus se flatter de jouir d'une paix, qui lui laissât les moyens de rendre son peuple heureux, ambitionna la seule gloire qui lui restait, celle de sacrifier une couronne à sa patrie. Il avait écrit à Charles XII. pour avoir son consentement ; et comme ce roi refusait d'approuver une telle démarche, Stanislas alla à Bender, où Charles s'était retiré après sa défeite. Stanislas, pour mieux couvrir sa marche, se disait un Suédois envoyé vers son souverain. Il ignorait que Charles avait été fait prisonnier, et il fut lui-même arrêté par les Turcs. Le monarque Suédois, dans la captivité, agissait et pensait encore en roi et en vainqueur. Il fit dire à Stanislas de ne faire aucun traité avec Auguste, et lui promit de le rétablir incessamment sur le trône où il l'avait déjà placé. Mais ces promesses furent vaines. Charles désespérant de pouvoir armer les Turcs contre les Moscovites, demanda sa liberté, et l'obtint facilement : il repassa dans ses états. Ce roi assigna pour retraite à Stanislas le duché de Deux Ponts, et lui céda les revenus de cette province.
Après la mort de Charles, tué devant Frédérîckshall en 1718, le duché de Deux Ponts retourna à un prince de la Maison Palatine. Stanislas, obligé d'en sortir, se retira à Weissembourg dans l'Alsace Française. Le Roi Auguste ayant fait, à cette occasion, porter des plaintes à la Cour de France par M. Sum ; le Duc d'Orléans, alors régent, répondit à l'envoyé ces paroles remarquable ; <' Monsieur, mandez au roi votre maître, que la France a toujours été l'asile des rois malheureux."
Stanislas vécut dans sa retraite jusqu'en 1725, que la Princesse Marie sa fille, la seule des enfans qui lui restait, épousa Louis XV. Après la mort du Roi Auguste, la France voulut placer de nouveau Stanislas sur le trône de Pologne ; mais l'on sait que cette ten-
310 STANISLAS f. ROI DE POLOGNE.
tative eut le succès que Stanislas avait prévu, qu'il avait même annoncé. Le parti qui l'avait proclame roi, fut oblige de céder aux forces réunies de l'Empereur Charles VI. et de l'Impératrice de Russie. ** Nos malheurs," écrivait alors ce tendre père à la plus vertueuse des filles, '^ nos malheurs ne sont grands qu'aux yeux de la prévention, qui n'en connait point au-dessas de la perte d'une couronne. Dois-je avancer la main pour la reprendre ? Non ; il vaut mieux attendre les vues de la Providence, et nous convaincre du vide et du néant des choses d'ici bas."
Dantzik avait donné une retraite à Stanislas après sa défaite. Cette ville se vit bientôt investie de tous les côtés. Elle fut prise, et Stanislas obligé de fuir, après avoir vu sa tête mise à prix dans sa propre patrie par le général des Moscovites. Ce prince, n'échappa aux périls sans nombre qui le menaçaient, qu'à la faveur de plus d'un déguisement. Le dessein de cette retraite avait été concerté avec le Marquis de Monti, ambassadeur de France : mais une partie du déguisement manquait ; et Stanislas éprouva, qu'une bagatelle est quelquefois capable de faire échouer les plus grands projets. Un habit usé, et tel qu'il convenait au rôle que ce Prince était obligé de jouer, une chemise de grosse toile, un bonnet des plus simples, un bâton d'une épine rude et mal polie, enfilé d'un cordon de cuir, étaient déjà prêts ; l'on n'attendait que des bottes dont il pût se servir, pour le mieux faire ressembler aux paysans de ces cantons, qui sont dans l'usage d'en porter en tout tems. On ne voulait pas en employer de neuves ; et l'ambassadeur de France s'occupait depuis deux jours à mesurer de l'œil toutes les jambes des officiers de la garnison. Les bottes d'un officier Français lui parurent à peu près aussi grosses et aussi honnêtement usées qu'il le souhaitait ; mais il n'osait se résoudre à les demander. Qu'aurait-on pensé de cette envie ? Et dans les circonstances où se trouvait Stanislas, n'aurait-elle pas aidé à découvrir son dessein ? Le ministre prit le parti de gagner, par un de ses gens, le valet de cet officier, qui vola les bottes, et les vendit. Elles furent apportées une heure avant le départ. Ce vol important, qui avait mérité la négociation d'un ambassadeur, n'avait pu s'exécuter plutôt. Mais le roi ne put les mettre ; il fallut en avoir