L'ANGE DE NOEL (HISTORIQUE
‘Père, j'ai peur. Entendez-vous le vent mugir et la neige fouetter les vitres de la chambre ?
— Dors, ma chérie, dors ; demain le temps s’éclair- {| cira et la tempête sera loin.
| — Je ne puis dormir, père: je souffre.”
Ces paroles furent un coup pour le père. Il prit la petite main de l’enfant qu’il pressa contre ses lèvres, et courba la tête pour lui dérober sa douleur.
Hélas! depuis bien des nuits la petite Angèle ne dormait plus. Une maladie de langueur qu’elle avait héritée de sa mère, ia tenait clouée sur son lit. Une FUI toux déchirante soulevait à chaque instant sa poitrine, pendant que la sueur inondait son gracieux visage.
Pauvre enfant ! Pauvre père surtout ! il n’avait plus \ qu’Angèle au monde. Comme il l’aimait ! Comme il
l’entourait de soins affectueux ! Le cœur de la mère partie semblait être confondu avec le sien pour chérir.
DE ee
davantage cette enfant. Il avait appelé à son aide les
princes de la science ; il avait invoqué les praticiens les plus célèbres ; il avait dit à l’un d’eux: ‘Sauvez ma fille, et la moitié de ma fortune est à vous.” Le médecin s'était incliné avec reconnaissance, mais il n'avait pu guérir l’enfant. 1
Depuis quelques jours le mal semblait grandir encore; les joues pâles d’Angèle prenaient parfois des teintes livides, présage mystérieux de mort. Son père ne la quittait plus.
Il avait abandonné toutes les préoccupations de la vie; il ne songeait qu’à une seule chose, retarder l'instant fatal de quelques heures. Oh! il était bien malheureux, le pauvre père; car il lui manquait la suprême consolation que la bonté divine ménage aux infortunés : il lui manquait la foi.
Depuis de longues années, il avait oublié le chemin de l’église; tout entier au monde et à ses pompes, il s'était vu glisser du doute à la négation absolue. La politique haineuse à laquelle il a voué son talent, avait arraché de son cœur les dernières fibres religieuses qui y vibraient encore. Et cependant il était entré dans l’âge mûr. Il avait vu partir sa jeune femme, pleine d'espérance et de foi; mais cette mort n'avait pu réveiller en lui les sentiments éteints.
Et voilà que Dieu se rappelait de nouveau à sa mémoire, en venant lui demander son enfant,
IT
Il y eut un assez long silence. La pendule sonna onze heures.
Alors dans l’air une grande voix domina la tempête ; les cloches de l’église voisine sonnèrent à toute volée pour annoncer le sublime événement de cette nuit.
Noël ! chantaient les cloches ; Noël !
Chrétiens ! réveillez-vous et accourez au pied des autels. Voici le jour béni entre tous les jours ! Le jour par excellence !
L'enfant Jésus est né. Chrétiens, réveillez-vous, et accourez |
Et le céleste écho était entendu; car les fenêtres s’'éclaircissaient subitement dans les rues désertes, Des ombres noires passaient derrière les rideaux; on se préparait à entendre la messe de minuit.
Angèle soupira et regarda son père longuement, avec une tendresse infinie.
‘ Entendez-vous, père? murmura-t-elle.
— Oui, ma fille bien-aimée ; ces cloches t’empêchent de dormir ?
— Oh! ce n’est pas cela.”
Et l'enfant mit la main sur sa poitrine qu’un feu interne dévorait. Elle reprit bientôt :
‘ L'année dernière je n'étais pas malade, et le vent ne gémissait pas aussi fort. Maman n’était pas encore
nna
temoute cette
ent
feu
ent pre
L'ANGE DE NOEL 95 partie pour le ciel! Oh! c’était un beau jour, père; je me le rappelle si bien ! ”
Un instant, Angèle ferma les yeux comme pour revoir en pensée les péripéties de cette journée, qu'elle rappelait e ses vœux.
“Le matin, poursuivit-elle, maman s'était levée de bonne heure, et elle avait dit à Thérèse de m’habiller pour sortir, J'étais contente, bien contente. Il tombait de la neige pourtant. Thérèse me prit dans ses bras, et me porta jusqu’à l’église de Jésus. Oh! père, que c'était beau! Il y avait tant de lumières, tant de fleurs autour de la crèche! Toutes les cloches sonnaient comme à présent, et l’on chantait si bien ! L'église était remplie de monde; on s’y pressait ; mais maman et Thérèse montèrent en haut; et alors maman me montra un petit enfant couché sur la paille. Il était si joli, si joli! Il me regardait en souriant ; je l’aimai tout de suite... oh! je voudrais bien le revoir encore !
— C’est impossible, ma chérie; n’entends-tu pas au dehors la neige tourbillonner sous l’aquilon ?
— I] neigeait aussi l’année dernière.
— Oui, mais tu ne souffrais pas.
— C’est vrai, dit Angèle tristement.”?
Les cloches se taisaient à présent. On entendait dans la rue le bruit sec de la neige qui crépitait sous les pas. De temps à autre, la porte d’une maison se fermait avec bruit.
Angèle reprit tout à coup:
ennemie
h'1 | AE:
| ne k
‘“ Père, je voudrais bien &.voir si l'Enfant-Jésus est encore à l’église, cette année.
— Certes, il y est encore.
— Comment le savez-vous ?
— Mais, dit le père, il y est sans doute tous les ans.
— L'avez-vous déjà vu ?
— Oui, répondit-il; mais il y a déjà longtemps.
— Ah! si vous vouliez, continua Angèle en joignant ses petites mains ; si vous vouliez |
— Parle, parle vite: que veux-tu ?
— Eh bien! je voudrais que vous allassiez à l’église, pour me dire si le petit enfant est encore 1à sur la paille, s’il y a encore de belles fleurs alentour, et tant de lumières, tant de lumières |
— Mais, je ne puis te quitter en ce moment, ma bien-aimée ; qui te veillerait comme ton père ?
— Vous appellerez Thérèse, dit l'enfant suppliante.
— Et cela pour te faire plaisir ?
— Un grand plaisir ! Maman m'a dit que l’Enfant- Jésus n’était exposé qu’une fois l'an, le jour de Noël.
— Et tu sais que c’est Noël aujourd’hui ?
— Oui, oui, je le sais.
— Eh bien, dit le père avec hésitation, j'irai lorsqu’il fera jour.”
Angèle baissa la tête, et une larme brillante roula sur sa joue.
‘ Enfant gâtée, reprit son père en la couvrant de baisers, tu veux donc que je te quitte sur-le-champ ?
— Pour aller à l’église seulement, dit-elle à travers ses larmes.”
dou sem ent nua
lorsroula
t de mp ?
avers
L'ANGE DE NOSL 97
Le père sonna : Thérèse accourut anxieuse.
‘Reste près d’Angèle, dit-il brièvement; je ne tarderai pas à rentrer.
— Que vous êtes bon! dit l’enfant toute joyeuse; que vous êtes bon ! ”
Thérèse s’assit au chevet du lit, et Angèle ferma doucement les yeux.
Un quart d'heure plus tard, M. de B. entrrit dans l'église de Jésus.