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Une foule pieuse et recueillie se pressait sous la voûte du temple. La grande voix des orgues résonnait, puissante parfois comme le cri de l'ouragan, douce et plaintive, l'instant d’après, comme le gémissement d’une âme repentante. De nombreux cierges entouraient l’autel qu’on n’apercevait qu’à travers un nuage d’encens.
Le père d’Angèle, la tête haute, traversa la foule et monta jusqu’au pied du chœur où la crèche était dressée, au milieu d’un parterre de fleurs rares.
‘Caprice d'enfant, pensait-il; m'envoyer ici à pareille heure; enfin, si je puis la distraire un instant, ce n’est rien.”
Ce disant, M. de B. promena un regard assuré autour de lui. Il vit les fidèles prier avec une ferveur angélique, le front courbé, les mains jointes. L’auguste sacrifice était commencé; les prêtres, revêtus des plus
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riches ornement:, célébraient les saints mystères. Les voix des chantres s’unissaicnt aux chœurs des anges qui dans le ciel entonnaiïent l'éternel hosanna !
Et, reposant sur un peu de paille, la douce figure symbolique de l’Enfant-Jésus souriait à chacun, pendant que ses bras s’ouvraient comme pour presser contre son sein l'humanité entière.
Le père d’Angèle ls contempla longtemps. Une émotion singulière s’emparait de son être
Son regard allait du prêtre qui célébrait l'office divin, à l’Enfant-Jésus qui lui tendait les bras.
T1 fit un effort pour s’arracher à cette espèce de fascination, et retourna pour sortir; mais le peuple lui fermait le passage.
En ce moment un prêtre quitta l’autel, et vint se placer sur le seuil du chœur.
M. de B. se remit à sa place.
Le prêtre fit le signe de la croix, et, d’une voix que l'émotion faisait vibrer, il commença ainsi :
‘° O vous tous qui souffrez, venez, et je vous soulagerai.”
Ces paroles produisirent une commotion soudaine dans le cœur du malheureux père. Instinctivement il fit un pas en avant pour recueillir mieux encore les paroles consolatrices qui se pressaient sur les lèvres du prédicateur.
Tant que celui-ci parla, le père d’Angèle demeura immobile, savourant en quelque sorte les consolations suprêmes que le prêtre lui apportait de la part du
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L'ANGE DE NOËL, 99 divin Enfant. Et lorsque les dernières paroies eurent résonné sous la voûte, il plongea sa tête dans ses mains, et demeura abîmé dans ses réflexions.
Le saint sacrifice s’acheva. Le père d’Angèle vit les fidèles se presser à la sainte table ; il remarqua toutes ces figures illuminées par la foi et la suprême espérance ; il songes à ces jours lointains où lui aussi participait À ce banquet sacré. I] revit en pensée sa mère, pieuse et sainte créature ; il revit sa femme qu’il avait tant aimée ; il songea à Angèle qui s’éteignait lentement : et une immense douleur envahit son âme.
Quand il releva la tête, l’église était presque déserte ; le gaz était éteint; seule, la petite crèche brillait comme un phare de consolation.
M. de B. s’avança jusqu’au banc de communion, et, s'y agenouillant : ‘‘O Dieu, dit-il, Dieu que j'ai cessé de servir depuis longtemps, rends-moi ma fille, et je reviens à toi pour toujours ! ”?
En disant ces mots, un torrent de larmes s’échappa de ses yeux.
Enfin il sortit. Sous le porche, il trouva une mendiante à qui il donna une généreuse aumône, et revint lentement chez lui.
Thérèse vint lui ouvrir la porte.
‘Commeut va Angèle ? furent les premiers mots de M. de B.
-- Elle a dormi depuis votre départ; elle vient seulement de s’éveiller.”
M. de B. monta et vint embrasser sa fille.
‘ Eh bien, je suis demeuré trop longtemps, n'est-ce pas ?
— Non, non, père, dit Angèle, doni la figure rayonnait. C'était. si beau ! si beau!
— Mais oui, le petit enfant était là, reprit M. de B. en s’efforçant de sourire.
— Je le sais, dit Angèle avec extase; il était encore plus mignon que l’année dernière.”
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VOIX M. de B. la regarda avec surprise et vit seulement «] l’air radieux de l'enfant.
‘Comment le sais-tu ?
— Parce que je suis allée à l’église avec toi.
— Elle a le délire ! pensa le pauvre père en essayant
dit q M.
pour*
de la calmer. alors
— Écoutez bien, petit père, et dites-moi si c’est bien vous cela. “QE
—- Calme-toi, mon enfant, mon Angèle. toujo
— Mais je suis calme, dit l’enfant blessée. M.
— C’est vrai! eh bien ? ‘*Q
— Eh bien, reprit l’enfant, quand nous sommes mais
entrés dans l’église, il y avait déjà beaucoup de de l’E
le monde ; on chantait ; … les prêtres étaient à l’autel ; … — nous avons traversé la foule, et nous sommes allés
admirer la crèche. Que de lumières, que de belles —
| fleurs ! Il y avait surtout un arbre superbe qui se pen- B. av
chait au-dessus de l’Enfant-Jésus.
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n'est-ce > rayOn- E. de B.
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— Un palmier, dit M. de B., dont la surprise allait croissant.
— Oui, un palmier. Nous allions sortir de l’église, quand un prêtre est venu non loin de nous; il a parlé. Vous l’écoutiez, petit père, et vous sembliez bien triste.”
M. de B., à ce récit étonnant, sentit son cœur bondir dans sa poitrine et regarda Angèle avec une sorte d’épouvante.
‘Et sais-tu ce qu’il a dit ? demanda M. de B. d’une voix que l’émotion faisait trembler.
“T1 a dit, reprit Angèle en attirant son père, il a dit que l’Enfant-Jésus vous consolerait.”
M. de B. tressaillit.
‘Nous sommes encore demeurés bien longtemps, poursuivit la petite fille ; puis on a éteint les lumières ; alors vous vous êtes approché de l’Enfant-Jésus ; vous vous êtes mis à genoux, et vous avez dit en pleurant: “0 Dieu ! rends-moi mon Angèle, et je serai à toi pour toujours ! ”
M. de B. jeta un cri et devint pâle comme un mort,
‘Oui, vous avez dit cela, dit Angèle triciuphante ; mais jai bien vu que vous n’entendiez pas la réponse de l’Enfant-Jésus.
— Une réponse ?
— Oui, petit père; l’Enfaat-Jésus vous a répondu.
— O mon Dieu, qu'at-il pü-me dire? s’écria M. de B. avec une sorte-d'égarement.
— Il a dit: ‘ Reviens d'abord à moi.”
M. de B. se laissa tomber à genoux auprès de l’enfant dans une émotion indescriptible.
‘ Et lorsque nous sommes sortis de l’église, acheva Angèle, vous avez donné une pièce d’or à la vieille Jeannette en lui disant tout bas: ‘ Prie pour Angèle et pour son père.”
Cette fois, M. de B. n’y tint plus; il entoura l'enfant de ses deux bras, et laissa couler ses larmes.
Faut-il dire que le même jour M. de B. retournait à cette même église de Jésus, mais cette fois pour s’agenouiller dans un confessionnal? Le lendemain il s’approcha de la ‘sainte table avec une ferveur qui édifia tous les assistants.
A partir de ce jour, un mieux se produisit dans la santé de l'enfant ; les médecins qui l’avaient abandonnée, reprirent courage, et un moi: ne s'était pas
écoulé qu’Angèle, accompagnée de son père, venait àÀ l’église de Jésus remercier Dieu de son entier rétablissement.
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Un jeune homme, élève de nos écoles matérialistes de médecine, entraîné par le torrent des mauvais exemples, renonça absolument aux pratiques de la religion, et, esprit logique, renia bientôt la foi glorieuse de son père, héros tombé sous l’étendard du Sacré-Cœur.
La mère, cruellement frappée par la mort du chef de la famille, souffrait d’une maladie qui la conduisait peu à peu vers celui qui avait été son soutien ; et elle était d'autant plus inconsolable et malade, qu’elle se sentait plus impuissante à arrêter le déboräement d'impiété de son fils.
La fille, qui comprenait toute l'étendue de la douleur de la pauvre mère, et voyait son malheureux frère courir ainsi à la damnation, s’approcha la veille de Noël du lit de la malade.
‘Maman, dit-elle, si je pouvais aller à minuit à la messe de Notre-Dame-des-Victoires, quelque chose me dit que l'Enfant de la crèche m’accorderait là la conversion de mon frère.
— Ma pauvre enfant! qui t’accompagnerait? Je n'irai plus jamais avec toi à la messe de minuit.
— Eh bien ! mon frère?
— Ton frère ! y songes-tu ? Lui qui éprouve une si grande horreur pour l’église, qu'aux enterrements il ne veut pas entrer et attend à la porte, espères-tu qu’il te conduirait ?
— J’essaierai de le décider.
— Je ne demande pas mieux ; mais je crains que ton éloquence, comme tes caresses, ne soit inutile.”
L'étudiant en médecine reçut de très haut la proposition, qu’il appela saugrenue. Tant de colère cependant dénote ordinairement un reste de foi, orisonnière de l’impitoyable libre pensée.
La jeune fille insista; et, vaincu par sa persistance, vers minuit, heure à laquelle un homme du monde n'aime pas à dire qu’il préfère se coucher, l'étudiant protégeait sa sœur sur le chemin de la messe, et s’installait auprès d’elle pour la protéger au retour.
La cérémonie fort belle de Notre-Dame-des- Victoires paraissait l’intéresser; il regardait avec une sorte d’avidité ce spectacle oublié, et ne s’ennuyait pas.
Au moment de la communion, il fut fort étonné: tous défilaient pour se rendre à la sainte table. On arriva à son rang; les voisins sortirent, sa sœur aussi. Ilse vit seul. Le vide lui causa une impression étrange...
Cependant sa sœur recevait l’Enfant-Jésus en la crèche de son cœur, et le réchauffait de l’ardeur de sa prière pour le jeune incrédule. De son côté, le libre
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penseur, prêt à résister fièrement aux sollicitations de tous les chrétiens assemblés dans l’église, succombait sous le poids de l'isolement où l'avaient laissé ses quelques voisins ; disons le mot: il eut peur.
Un souvenir d’enfance domina son esprit ; il tomba à deux genoux, et une explosion de sanglots sortit de sa poitrine.
La jeune fille cependant revenait dévotement. Elle voit cette abondance de larmes, et son frère qui se penche vers son oreille pour lui dire: ‘Ma sœur, sauve-moi! Un prêtre! je suis écrasé sous le poids de mon indignité! Un prêtre! un prêtre!”
Ce fut la sœur qui eut à modérer l’impatience du néophyte. A l'issue de la cérémonie, le prêtre fut trouvé ; et bientôt le jeune homme embrassait sa mère, en lui disant : ‘Je vous rends votre fils.”
Le portrait du père sembla sourire.
On ne reposa point en cette belle nuit, pas plus qu’à la crèche de Bethléem; et à six heures du matin tous deux étaient revenus à la même place en l’église de Notre-Dame-des-Victoires.
Au moment de la communion, tous quittèrent leur rang pour aller à la sainte table: l’étudiant les suivait. Une jeune fille restait seule prosternée à deux genoux, et le pavé qui avait reçu la nuit les larmes de repentir, recevait encore des larmes: mais c’étaient des larmes de joie.
Nous étions une demi-douzaine de bambins qui jouions aux billes, en soufflant de temps à autre dans nos doigts. La bise était glaciale; mais les billes étaient neuves, et il y en avait! Nos poches en étaient rebondies. Pour ma part, j'avais quatre belles billes d’agate qui me venaient du ‘petit Jésus,” et dont j'étais fier comme de vraies reliques.
Lorsque je fus décavé, comme disent les grands, je voulus me retirer de la partie avec mes quatre billes.
‘Oh! le capon! fit un de mes camarades, un gaillard qui avait la tête de plus que moï... Pourquoi ne veux-tu plus jouer ?
— Parce que... parce que... fis-je en balbutiant.”
Les mots s’arrêtaient dans ma gorge. Je sentais comme une vague honte d’expliquer mon scrupule à ce grand escogriffe. C'était ma première attaque de respect humain.
A la fin, pressé de tous les côtés, je pris mon courage à deux mains:
‘ Eh bien, je ne joue plus, parce que je ne veux pas perdre mes quatre billes, parce que c’est le petit Jésus qui m'en a fait cadeau.”
Un horrible ricanement accueillit ma naïve explication, un ricanement qui me fit froid dans les cheveux.
‘Quel moutard! fit mon compagnon... Comment, tu crois encore à ces choses-là ?
— Je ne sais pas ce que tu veux dire, fis-je épouvanté. Tais-toi: car si petit Jésus t’entendait.…
— Alors, tu te figures que le petit Jésus descend le soir par la cheminée, et qu’il vient pendant la nuit mettre des billes d’agate dans tes souliers ?.. Va, tu n’es qu’une petite fille ! ”
A cette sanglante injure, mon sang ne fit qu’un tour
dans mes veines. J’eus une étrange envie de sauter au collet de l’impie qui m’outrageait et qui souillait de ses sarcasmes tout ce qu’il y a de plus sacré au monde; mais je me retins à temps.
Je vous l’ai dit, il avait la tête de plus que moi...
‘Dis-moi, l’as-tu vu descendre, le petit Jésus? insista-t-il avec férocité; dis, l’as-tu vu?
— Certainement, que je l’ai vu, répondis-je avec un aplomb imperturbable.”
C'était un mensonge énorme. Mais j'avais une telle certitude de la chose, que c'était comme si je l'avais encore devant les yeux. D'ailleurs, il fallait confondre le diable, puisque je ne pouvais pas le cogner comme
j'aurais voulu.
‘ Si le petit Jésus ne m'avait pas donné mes billes, d’où donc me viendraient-elles ? ajoutai-je d’un air de triomphe... Puisque toutes les portes étaient fermées, qu’il faisait nuit, et que le matin, et dès le matin, j'ai trouvé mon Noël dans la cheminée.”
L'enfance a de ces raisons et de ces preuves auxquelles il n’y a pas de réplique possible. Je me serais fait hacher sur place plutôt que de reconnaître que ma démonstration n'était pas le dernier mot de la logique et de l’évidence.
D:s semaines, des mois s’écoulèrent: le souvenir de cette altercation mémorable resta gravé dans mon esprit. J'avais beau chasser cette mauvaise pensée, elle repoussait comme la mauvaise herbe. Ne laissez jamais un grain d’ivraie sur une bonne terre: elle fructifie comme le diable. |
A la Noël suivante, on nous donna congé comme de coutume. J'avais deux lieues à faire à pied pour aller à mon village. Pendant la première lieue, je m'’amusai au bruit de la neige qui grésillait sous mes pas ; je regardai avec intérêt les petites bandes de moineaux qui s’envolaient avec des cris plaintifs vers les granges ; puis, à travers la brume, j’aperçus enfin le clocher de mon village. et le clocher me fit songer au petit Jésus qui m'’attendait là-bas. Presque au même moment les paroles de l’autre me revinrent : ‘Dis-moi, l’as-tu vu descendre dans la cheminée ? Dis, l’as-tu vu ? ” Je pris mes jambes à mon cou, pour fuir le péché, comme si j'avais eu Satan à mes trousses.
LA CHEMINÉE 109 Je trouvai la famille en joie, et la fameuse cheminée tout éclairée d’un grand feu. Ma mère me prit entre ses genoux et, en m’embrassant, me fit étendre mes menottes toutes rouges de froid vers les bûches allumées, qui chantaient e: brûlant comme pour fêter mon retour.
Pendant que ma mère me parlait, me demandant si j'avais eu bien soin de mettre mon gilet de laine, s’inquiétant de savoir si mes souliers ne prenaient pas l’eau, j'avais une préoccupation étrange: je plongeais avec obstination les yeux sous le manteau de la cheminée. Je répondais à peine aux questions qu’on m'adressait; toute mon attention s’envolait sur les toits, vers le ciel, avec des tourbillons de fumée.
‘ Dis donc, mère, finis-je par dire d’un air inquiet, est-ce que le petit Jésus descendra cette nuit, comme les autres fois ?
— Certainement, si tu as été sage.
— Mais, dis-moi, petite mère, comment l'Enfant- Jésus peut-il dans la même nuit venir mettre quelque chose dans les souliers de tous les enfants sages, en descendant en même temps dans toutes les cheminées de toute la terre ?
— Tu sais bien que le petit Jésus est partout, puisque c’est l’enfant du bon Dieu.
— Oui; et puis il a des ailes, ajoutai-je comme pour raffermir ma foi chancelante.
— Des ailes, je crois bien! répondit ma mère; de jolies ailes blanches, bien blanches...”
En songeant à ces ailes blanches, bien blanches, une nouvelle perplexité vint agiter mon esprit :
“ Mais, fis-je, s’il a des ailes si blanches, comment peut-il descendre dans toutes les cheminées sans se salir ?
— C'est bon pour les petits ramoneurs. Mais les ailes du petit Jésus ne se salissent jamais.
— C’est vrai, fis-je avec conviction. Seulement, comment se fait-il que le petit Jésus puisse trouver dans une pauvre crèche tous les joujoux qu’il nous donne ?
— Ce sont probablement les rois mages qui les lui ont apportés !
— Ah! les rois mages... Alors mes quatre billes d’agate de l’année dernière venaient des rois mages ?
— Tu me fais là des questions parfaitement ridicules, répondit ma mère impatientée. Situ n’es pas plus reconnaissant que ça pour l’Enfant-Jésus, tu es sûr qu’il ne viendra pas cette nuit.
— Je suis très reconnaissant, bonne maman; et même, lorsqu'on dit du mal de l’Enfant-Jésus devant moi, ça me fait de la peine, oh! maïs beaucoup de peine.
—On en a doncdit du mal devant toi, mon chéri ?.… Quel est le mauvais garnement ?.….
— C’est Gourju, un grand de la cinquième étude.
— Eh bien! Gourju est un méchant petit garçon.
— Il est le dernier de sa classe, interrompis-je.
— Tu vois; c’est Dieu qui le punit. Et comme il n’est pas sage, le petit Jésus ne lui apporte jamais rien ; et alors il est jaloux ; et toi, nigaud, tu l’écoutes.….??
LA CHEMINÉE it Cette réprimande me réconforta un peu... J'étais très content au fond que Gourju ne fût qu’un polisson, et que cela me fût bien démontré. Depuis, j'ai compris dans toute sa naïve beauté ce trait de tendresse maternelle.
J'avais eu très froid aux pieds pendant. la journée ; et, au sortir de la messe de Noël, je fis un premier essai des misères humaines : j’eus mal aux dents. Pendant toute la nuit, je me tournai deci, delà, dans ma co: “hette, comme un saint Laurent sur le gril. Le mal mr: quittait, me reprenait, puis me faisait grâce encore...
A cinq heures du matin, il y avait eu une reprise de souffrance, et j'étais éveillé, lorsque j’entendis une ombre discrète frôler mes rideaux blancs. Je vis maman qui s’avançait, portant un bougeoir d’une main, et dans l’autre (devinez !).. une boîte de dragées avec le portrait de l’enfant Jésus ; et un joli petit cheval en carton.
Elle regarda, en passant, dans mon lit pour voir si je dormais. Je fermai bien vite les yeux, pour ne pas l'inquiéter. Puis, lorsqu'elle se fut assurée que je reposais, elle alla tout doucement déposer les dragées au beau portrait, dans mon soulier qui était tout prêt, avec le petit cheval à côté...
Cette nuit-là, je vis bien que le petit Jésus n’était pas descendu par la cheminée.
Gourju avait donc raison ?.… Cela me faisait peine à croire. Après tout, s’il n’était pas descendu, le petit Jésus, c’est que je n'avais pas été sage.
Le lendemain, lorsque ma mère me demanda si j'avais remercié l’Enfant-Jésus dans ma prière, je lui répondis.. que oui, en l’embrassant. Le fait est qne, si je lui avais dit la vérité, elle aurait été capable ellemême de n’y plus croire, comme Gourju, et elle aurait été bien malheureuse, la sainte femme !
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Il y avait un homme riche et puissant qui vivait dans son château, dont il ne sortait que pour aller guerroyer, ravager les champs de ses voisins, saccager les villages et détrousser les voyageurs. Il était si pervers et si cruel que rien d’humain, on peut le dire, ne lui restait au cœur, sinon l’amour pour sa femme, belle et douce créature qui passait les jours et les nuits à pleurer les méchantes actions de son mari, et à demander à Dieu qu’il lui pardonnât. En vain ce mari l’entourait-il de toutes les délices que peuvent procurer le luxe et la richesse; la pauvre dame ne jouissait de rien : elle ne désirait, elle ne rêvait que la conversion de son époux.
Une nuit d'hiver, par une horrible tempête où le ciel semblait avoir déchaîné tous les élément. comme pour en finir avec la terre, la châtelaine était assise devant une grande cheminée où flambait un feu pétil- *
ant. Le vent mugissait dans les tours, comme irrité
de leur résistance ; les nuages lançaient leurs averses avec fureur ; les éclairs traversaient les ténèbres comme
des démons; tous les êtres vivants cherchaïent un refuge contre l’inclémence de cette lugubre nuit. Cependant le seigneur du lieu n’était pas revenu de ses courses aventureuses ; l'épouse consternée priait.
On entendit frapper à la porte; et bientôt après un domestique entra et dit à sa maîtresse que deux pauvres moines, harassés de fatigue, à demi-morts de froid et de faim, et qui s'étaient égarés dans ce pays sauvage, demandaient l’hospitalité au château, ne fûtce que dans l’étable.
La bonne dame fut saisie; car elle savait que son mari détestait les moines, et sa soumission envers lui était si grande, qu’elle n’osait pas même faire le bien sans son bon plaisir. Mais comment repousser l’humble requête de ces hommes vénérables ?
‘“ Monseigneur n’en saura rien, se prit à dire le bon serviteur qui, en voyant sa maîtresse indécise, devina sa pensée; à la pointe du jour ils s’en iront.”
La châtelaine donna son assentiment, en ‘recommandant au domestique de les bien cacher dans l'écurie.
À peine sortait-il de la chambre, qu’on entendit le son d’un cor et le galop des chevaux annonçant l'arrivée du maître; presque aussitôt celui-ci entra, et après avoir échangé son armure contre un riche vêtement de soie doublé de fourrure, il prit place avec sa femme devant une table abondamment servie de mets succulents, et sur laquelle d'innombrables
de
prés à pl
elles vien