SŒUR BÉATRIX 229 SOC A FAN EN A
de la sainte Vierge, où l’attendait une plus surprenante merveille. Elle vit, avec un sentiment inexprimable, sa figure debout devant l'autel. Cette figure vint à elle i c'était sa propre figure, et toute sa ressemblance, non telle qu’elle languissait alors, ridée, flétrie, accablée, dégradée, mais telle à peu près qu’elle paraissait quinze ans auparavant, radieuse, angélique, pure, et loin de prévoir sa triste chute.
L'apparition, s’approchant d'elle avec un regard plein de bonté, lui présentait les clefs, les mêmes clefs qu’elle avait remises quinze ans auparavant, au milieu d’une nuit fatale, devant l’image de Marie, et elle lui dit :
“Voici vos clefs, que vous m’aviez rendues, ma fille. Afin que personne ne sût votre faute, pendant les quinze années que vous avez passées loin de moi, j'ai tenu fidèlement votre place. Mais votre cœur m'est revenu tout entier, et je sais qu’à présent vous ne me quitterez plus. Allez donc à votre cellule, et reprenez, avec votre heureux maintien d'autrefois, le saint habit de mes filles.”
Après ces paroles de mère, et d’une mère incompa-
rable que prononçaïit une voix plus douce que les symphonies des anges, l’apparition s’éleva lentement sur l'autel, s’enveloppa d’une nuée de lumière, et disparut dans le petit tabernacle où reposait l’image de la sainte Vierge.
C'était elle.
La mendiante, noyée des plus douces larmes, oppres-
sée, mais comblée de joie et poussée par un mouvement qui l’entraînait, monta aussitôt à sa cellule, sentant qu’elle avait repris toute sa force et toute sa jeune santé. Sa cellule si calme, elle la retrouva exactement comme elle l'avait laissée le jour de son départ. Son saint habit de religieuse, qu’elle avait abandonné ce même jour à jamais maudit, était à la place où elle l'avait mis. Elle avait compris qu’elle devait s’en revétir, et qu'avant de parler elle devait consulter son confesseur. Elle rentra dans l’église, s’agenouilla, recon-
LA Q + naissante et transportée, devant la sainte image, plus
souriante que jamais ce jour-là ; car il y avait fête dans le ciel ; et, voyant venir le bon vieillard qui autrefois dirigeait sa conscience, elle lui demanda de l’entendre au confessionnal.
Le vieux moine, depuis quinze ans, n'avait trouvé dans celle qu’il prenait pour sœur Béatrix qu’une pureté surhumaine. Il tomba dans une grande admiration, au récit qui lui fut fait de la chute lamentable, de la vie perdue et du retour prodigieux de la vraie Béatrix. Mais il jugea que cette fuite, dont la sainte Vicrge elle-même avait voulu cacher le scandale, ne devait pas être publiée tant que vivrait la brebis retrouvée, et qu’il n’était pas temps encore de faire connaître la merveille opérée en sa faveur. Aucune sœur ne put donc remarquer Le retour de celle dont personne n'avait soupçonné la fuite.
Par une persévérante et austère pénitence, d’autant plus méritoire qu’elle était cachée, Béatrix retrouva
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recone, plus te dans itrefois tendre
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son innocence devant Dieu. Elle vécut de longues années encore, et ce ne fut qu'après sa mort toute sainte que le grand acte de bonté de la Mère des miséricordes, ce fait inouï qu’on vient de lire, fut révélé dans ses détails, par un écrit authentique que l’humble pénitente avait laissé à son pieux confesseur.
COILIN DE PLANcCY.