‹ Nouveau recueil de légendes et d'histoires [microforme]Chapitre 24 sur 27 · LE TRAPPISTE MECANICIEN (HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LE TRAPPISTE MECANICIEN (HISTORIQUE

Il y a peu de temps vivait à la Part-Dieu un père que le plus invincible penchant au sommeil contrariait étrangement. Avec la meilleure volonté du monde, il ne pouvait s’éveiller à onze heures pour aller chanter matines. Or la nature, qui l'avait fait si dormeur, l’avait fait aussi très bon mécanicien. Sans études, sans notion aucune des mathématiques, à force de réflexion et de travail, il avait fabriqué une horloge parfaite. I] ajouta d’abord à la sonnerie, en forme de réveille-matin, un rude carillon qui fut insuffisant ; et bientôt, aux angles et au milieu du petit chapiteau qui couronnait le cadran, un merle, un coq et un tambour. A l’heure dite, tout cela faisait tapage; pendant quelques nuits les cloches allèrent bien. Maïs au bout d’un certain temps, quand venaient onze heures, le carillon carillonnait, le merle sifflait, le coq chantait, le tambour battait. et le moine ronflait !

Un autre se serait découragé. Le père, invoquant son génie, machina bien vite un serpent, qui, placé sous sa tête, venait toujours, à onze heures, lui siffler

un père atrariait onde, il chanter eur, l’ales, sans éflexion faite. Il Ile-matôt, aux ronnait l'heure es nuits

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dans l'oreille: ‘T1 est temps, levez-vous ! ” Le serpent

fut plus habile que le merle, le coq, le tambour, le carillon, lesquels n’en faisaient pas moins d’ailleurs un

it tintamarre supplémentaire. C'était merveille ! E “petit tint pplémentaire. C'était ille ! Et

le trappiste ne manquait jamais de se réveiller.

Hélas! au milieu de sa joie il fit une triste découverte. Il ne s'était cru que dormeur: il se reconnut paresseux. Tout éveillé qu’il était, il hésitait à quitter sa dure couchette ; il perdait bien une minute à savourer la douceur de se sentir au lit, refermant un œil et jouant à dormir. Cela demandait réforme. Le religieux se sentait coupable, et le mécanicien se sentait humilié; le diable avait trop l’air de narguer l’un et l’autre : il fallait reprendre le dessus.

Aussitôt une lourde planche est disposée au-dessus du lit, de telle sorte qu’elle tombe rudement sur les pieds du paresseux, dix secondes après l’avertissement charitable du serpent. Plus d’une fois le pauvre père se rendit au chœur tout boïiteux et meurtri. Eh bien ! le croirait-on? Soit que ie serpent eût perdu son fausset, que la planche avec le temps fût devenue moins pesante, le vieillard, plus dormeur ; soit que ses jambes fussent endurcies, ou qu’il eût pris la criminelle habitude de les retirer avant que le châtiment tombât, il ne tarda pas à sentir la nécessité d’une autre invention: tous les soirs, avant de se coucher, il se lie au bras une forte corde qui, à l’heure fatale, se tend sans crier gare, et le jette à bas du lit.

Il en était là, Dieu sait quels nouveaux projets

somnicides il roulait dans sa tête, lorsqu'il se sentit endormi: pour toujours! Endormir? Oh! non. Le fervent chrétien n’en jugea pas de la sorte ; et malgré son petit péché de paresse, plein de confiance en celui qui pardonne: ‘Ah! s’écria-t-il, je m’éveille enfin ! ” Ce fut son dernier mot.

Louis VEUILLOT.

se sentit non. Le t malgré en celui enfin !”

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