‹ Nouveau recueil de légendes et d'histoires [microforme]Chapitre 25 sur 27 · SAINTE ZITA PATRONNE DES SERVANTES · texte numérisé non relu

SAINTE ZITA PATRONNE DES SERVANTES

Sainte Zita est la patronne des cuisinières. Voici la légende vulgaire, que je recommande particulièrement aux peintres ; car, outre son charme naïf, elle prête beaucoup au pittoresque, comme ils vont le voir.

Sainte Zita était une cuisinière génoise, fidèle à ses maîtres, mais plus fidèle à Dieu. Jamais elle ne faisait danser l’anse du panier, ce qui devrait être, disons-le en passant, un devoir facile pour les cuisinières génoises, que leur dignité empêche de le porter et qui chargent un facchino de ce soin.

Zita avait le malheur d’avoir des maîtres quelque peu indifférents pour les pratiques religieuses ; cependant c’étaient de bonnes gens, peu riches, tenant petite maison, et qui ne l’empêchaient pas d'accomplir ses devoirs, pourvu que leur cuisine n’en souffrit pas, et que leurs modestes repas fussent prêts aux heures

fixées.

Zita était maintenue fort habile dans sa profession. Or, les maîtres de Zita étaient peu scrupuleux sur l’observation des jours auxquels l’Église ordonne de

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faire maigre. Zita crut de son devoir de risquer de timides avis et de respectueuses objurgations à ce sujet. Avis et objurgations furent mal reçus, et n’eurent pour résultat que de changer la négligence des maîtres en pratique régulière de manger de la viande les jours défendus, pour ne pas paraître céder aux remontrances de leur servante.

Zita se demandait si elle devait obéir et préparer des mets défendus; après réflexion, elle imagina de donner, par un prodige de son art, aux poissons et aux légumes préparés à l'huile l'apparence et le goût de la viande et des légumes cuits au jus.

Ce secret n’a pas été conservé.

Quant à Zita, elle jeûnait ces jours-là, ou ne mangeait que du pain.

Il est écrit: ‘On ne peut servir deux maîtres à la ‘ fois.” Aïnsi Zita, tout en servant de son mieux ses maîtres terrestres, sacrifiait parfois quelque peu les soins de sa cuisine aux soins de son âme. Elle fréquentait assidûment les églises; il n’était pas sans exemple qu’elle se mît en retard et que, malgré son habileté, elle ne pût servir son dîner à l’heure précise. Quelques rôtis furent brûlés, quelques crêmes manquées ; maïs Zita promettait de faire mieux à l’avenir ; d’ailleurs les bonnes cuisinières étaient alors, comm aujourd’hui, peu communes à Gênes, et on l'urait difficilement remplacée.

Un jour que ses maîtres donnaient à ner, chose rare, chose monumentale dans ce pays, Zita reçut

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SAINTE ZITA 247 force recommandations de la Signora. Elle se leva avant le jour, courut les marchés et revint avec deux

facchini chargés de denrées. Elle alla ensuite à l’église ;

mais là elle se laissa absorber si profondément par la prière et la méditation, elle tomba dans une telle extase, qu’elle ne vit pas que la messe était finie, et que tout le monde quittait l’église ; elle y resta seule en contemplation, et ne s’aperçut pas de la fuite des heures.

Tout à coup, elle sortit de son extase, et, retombant sur la terre, fut surprise et inquiète de voir le jour obscur.

Elle sortit précipitamment de l’église et regarda le ciel qu’elle supposait couvert d’épais nuages. Le ciel était d’un bleu limpide; mais le soleil se couchaïit. Zita fut frappée de terreur; elle pensa à son dîner, qui n’était pas commencé à l’heure où il fallait le servir. Cependant elle se dirigea en toute hâte vers la maison de ses maîtres, en pensant qu’elle allait être chassée, et qu’elle l'avait mérité; car elle avait manqué à ses devoirs envers eux, et allait les jeter dans un embarras. Ce n’est pas, d’ailleurs, sans de fortes raisons que l’on donne à dîner à Gênes; c’est un événement grave, important pour ceux qui le donnent, intéressant, inusité, curieux pour ceux qui le voient donner. Lattention était surexcitée. Que dirait-on lorsque, les convives réunis, il n’y aurait absolument rien à leur donner à manger? Les maîtres de Zita seraient humiliés, bafoués, montrés au doigt; leurs

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convives pourraient se croire mystifiés et se trouveraient offensés. Le moins qui pût arriver à Zita, c'était d’être honteusement renvoyée, et cette expulsion, dans une circonstance aussi manifeste, aussi éclatante, lui rendrait bien difficile de trouver une place.

Perdre sa piace, c'était un sacrifice que Zita avait consenti à faire; mais elle avait un profond chagrin de celui qu’elle allait faire à ses maîtres, qui, après tout et malgré leur indifférence sur l’observation des jours maigres, étaient bons pour elle et avaient droit à sa reconnaissance. Arrivée à la porte de la maison, elle n’osait plus entrer et avait envie de s'enfuir. Cependant, elle réfléchit humblement qu’elle ne devait pas éviter les réprimandes.

Il n’y avait pas alors de patronne des cuisiniè es, puisque c’est Zita qui était destinée à le devenir. Elle ne savait donc à quel saint se vouer, comme on dit vulgairement. Elle s’adressa à Dieu. Sa prière faite, elle entra humblement, mais résoläment dans la maison.

Tout à coup, elle s’arrêta dans l'escalier : une suave odeur de fricot venait de saisi: son odorat.

‘Qu'est-ce à dire? pensa-t-elle. Ne voilà-t-il pas que je sens le fricot? Ma maîtresse se sera aperçue de mon absence, et elle aura fait venir une autre cuisinière. Je n’en serai pas n vins chassée; mais leur dîner ne sera pas manqué, et il n’y aura de punie que celle qui a fait la faute.”

Zita fit quelques pas, puis s'arrêta.

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