APTE
Cela ne l’empêchait pas d’être leste et agile, insou- | ciant et joyeux, quand il venait s’asseoir, en gards at 4 son troupeau, à la lisière des grands prés, à l’ombre des grands chênes.
DO gen.
Et comme le berger était petit et pauvre, le troupeau gu était modeste et chétif, en effet. Une petite vache hu maigre, avec deux porcs, qui cherchaient des glands qu dans le bois; trois oies blanches et une oïe grise; un bo pauvre chien à longs poils qui s'appelait Wäierny, gn c'est-à-dire Fidèle, et qui suivait partout son gentil qu maître Stasio, tel était tout son avoir et telle sa po compagnie. de
F L'enfant, lui, était doux et bon: il avait natu- ; rellement horreur du mal: il n’eût voulu tourmenter les ni rudoyer personne, pas même un porc, pas même un et chien. | ref
Et puis, comme il passait de longues heures dans I la solitude des prés, des bois, et bien qu’on ne lui eût chc pas appris, comme à tant d’enfants des riches à con- alo naître les causes, les effets, les résultats, les noms de et 1 tous les phénomènes divers, de toutes les belles et sai grandes choses de ce monde, le charme et la majesté loir de ia nature parlaient cependant à son cœur. lui
Un beau lever de soleil, sans qu’il sût bien pourquoi, EF le rendait tout joyeux. Il écoutait les ruisseaux, sou- dur riait aux étoiles; une angoisse mystérieuse et douce car et un secret respect le saisissaient quand il pénétrait et l dans les bois sous la voûte des chênes géants et des Le vieux hêtres séculaires. Et pourtant il n'avait pas peur, pol
la nuit, quand le ciel était d’un bleu obscur, l'horizon MN Le brumeux d’un bleu limpide, et quand la plaine, sans
soleil et sans voix, s’endormait sous l’œil de Dieu. Où hor Avec cela, le petit Stasio n'était pas un enfant lan- # à:
roupeau te vache s glands grise ; un Wierny, on gentil telle sa
ait natuurmenter même un
ares dans ne lui eût es à connoms de belles et a majesté
pourquoi,
PAUX, SOUet douce pénétrait
nts et des pas peur,
, l'horizon aine, sans Dieu.
nfant lan-
guissant, ni craintif, ni mélancolique, bien qu'il fût humble et doux. Nul n’était plus gai et plus heureux que lui, lorsqu'il parcouraïit, l'été, la landeet les grands bois, cherchant les violettes odorantes, les champignons bien blancs et les baies empourprées; ou lorsqu'il glissait, l'hiver, sur la glace unie du fleuve, et poussait gaiement sur la neige son petit traîneau plein de bois.
Aussi leste au’intrépide, il apprenait joyeusement les jeux, les sauts, les rondes des autres petits bergers et souvent, lorsqu'il était seul, il chantait de naïfs refrains, de sa voix sonore et douce.
Parfois aussi, il répétait les cantiques chantés au chœur, les hymnes et les psaumes de l’église. C'était alors qu’il se sentait heureux, bien qu’il devînt grave et rêveur. Alors, par delà les nuées blanches qui passaient rapides, sur le ciel, il croyait entendre les chants lointains du paradis, le chœur sacré des anges, comme lui souriant à la terre, et aimant Dieu comme lui,
Et à cause de cela, jamais le travail ne lui paraissait dur, ni l'isolement douloureux, ni la solitude amère ; car partout, il sentait la main de Dieu sur le monde, et l’œil de Dieu sur lui.
Et l'enfant grandissait ainsi sur ce petit coin de terre polonaise, pauvre et obscure, mais paisible et féconde. Le baptême et les leçons de sa mère en avaient fait un chrétien ; la solitude et le travail en auraient fait un homme, si la guerre, entraînant le massacre et le deuil à sa suite, n’eût passé sur le pays.
Ce fut vers la fin de l’hiver que parvint la grande nouveile: ‘ Les nôtres sont dans les boïs, ils résistent, ils s’arment, les Russes les poursuivent.” Et chacun soudain espéra, mais aussi chacun frémit.
Ce n’était pas, du reste, que de pauvres bûcherons, des bergers, des paysans obscurs, eussent beaucoup à gagner, hélas ! en changeant de maîtres. Et cependant quelque faible et opprimé, et misérable que l’on soit, on souffre et l’on murmure, en voyant les pas de l'étranger fouler impunément le sol de la patrie ; l’on verse, avec plus de résignation et de joie, son sang et ses sueurs pour ceux qui conservent, comme vous, les mêmes souvenirs, révèrent les mêmes aïeux, ont vu le jour au même berceau, et viennent prier au même autel.
Oui, la prière et le culte avant tout chez ces déshérités. Chez ce peuple ignorant, souffrant, la question de foi dominait, effaçait la question de race. Ces chrétiens fervents, ces croyants faibles et pauvres consentaient bien à céder, de façon ou d’autre, à des maîtres, leurs champs, leurs bois, leurs blés, leurs bras, leurs forces et même leur liberté: tout ce qui rend ici-be£.3 la vie facile, joyeuse et douce. Maïs ils ne voulaient pas qu’on leur ôtât leur croix, leur culte, leurs prêtres et leur autel:le signe de la résurrection sur leurs tombes, le signe du salut sur leurs berceaux, leur suprême consolation, leur unique compensation, enfin, le royaume de Dieu là-haut, la promesse d’une meilleure vie.
ra
grande sistent, chacun
herons, coup à endant on soit, pas de ie ; l’on sang et ous, les ont vu | même
déshéuestion es chréconsenmaîtres,
s, leurs ici-b£.3 ulaient prêtres r jeurs x, leur enfin, e meil-
Hi je
Donc, dans ce petit coin oublié, où vivaient les parents de Stasio, parvinrent aussi des bruits, des menaces de guerre. D'abord quelques-uns des proscrits vinrent se réfugier dans les marais, etles pauvres gens leur portèrent du pain, des provisions, des armes. Puis, leur nombre grossissant, ils s’enhardirent, se formèrent, et bientôt quelques combats partiels s’engagèrent aux alentours.
Ce fut une calamité immense, une désolation géntrale, lorsque les Russes, accourant en toute hâte, envahirent la contrée. L'on n’entendait parler tristement, tous les jours, que de villages incendiés, de dwors * assiégés et saccagés, de paysans massacrés, d’églises détruites, de prêtres livrés aux outrages et aux tortures de leurs bourreaux.
Pourtant ce vallon écarté, où vivaient les parents du jeune pâtre, avait été respecté, et Stasio, en conséquence, n’en allait pas moins, tous les jours, garder son troupeau en chantant par la lande et la bruyère.
IT
Un jour, —c’était l’un des derniers de l’hiver et des premiers du printemps, — de vagues blancheurs couronnaient le sommet des coteaux dans le lointain, mais un éclat plus joyeux animait les pâles sourires du
* Nom donné aux habitations des seigneurs, dans les cam-
| pagnes,
(po sin de nomme cm réa à au:
as
ee nae ms mm —— —
soleil, et une tiédeur douce vivifiait les brises courant sur les vallées. Un jour donc, Stasio, avec sa petite vache noire, ses oies, ses porcs et son chien, s'était assis à la lisière du bois, où commençait à poindre un gazon d'herbe verte. Ce jour-là, il était sérieux, et même un peu rêveur: ces histoires de guerre et de massacres, répétées dans son logis, le faisaient songeur et le rendaient triste.
Et puis la nature elle-même était encore endormie: pas de violettes dans l’herbe, pas de baies sur les rameaux, pas de chant d'oiseau dans la forêt. Seulement, de temps à autre, quelque pépiement aigu d’un moineau affamé, ou dans l’air quelque croassement de corbeau, railleur, rauque et sinistre.
Pour se distraire donc de cet ennui et de cette langueur, Stasio s'était mis à chanter. Sa voix pure résonnait mieux, et s'élevait plus haut dans le grand silence des bois ; et toujours il se sentait plus calme, plus joyeux, quand il répétait, à la face du ciel et de l'horizon désert, quelqre hymne naïve et tendre de l'office de la Vierge Marie. Il comprenait mieux les
‘‘rameau de
expressions poétiques et charmantes de Jessé” et de “lis d'Israël; ‘d'étoile du matin,” et de ‘rose des cieux,” en voyant les bourgeons déjà gonflés s'attacher aux branches flexibles ; les corolles pâles des primevères éclore au sourire du soleil ; et les étoiles d’or, le sair, se mirer dans les ei ux du fleuve,
Mais tandis qu’il chantait, ce jour-là, son cantique fut soudain interrompu par un bruit éloigné, qui
ourant , potite it assis n gazon ême un sacrées, le ren-
lormie : sur les , Seuleeu d’un ment de
le cette ix pure e grand
calme, el et de ndre de eux les ieau de tin,” et pns déjà corolles il; et les 1 fleuve.
‘antique pné, qui
LE PETIT PATRE 13 venait du fond de la forêt. L'enfant s'arrêta et écouta. Peut-être l'écho de la cognée de quelque bûcheron, le refrain de quelque pâtre ?
Mais non; le bruit parvenait sourd, lointain et régulier ; mais toujours plus retentissant, plus proche. C'étaient des pas d'hommes pressés et lourds, de bruyants cliquetis d'armes, et des chocs de souliers ferrés aux grosses racines des chênes qui se tordaient dans les allées.
—Ce sont des combattants, des soldats, —se dit le petit Stasio.— Mais quel espoir les dirige, et quel dessein les amène?... Sont-ce des nôtres, ou bien des Russes, de méchants ennemis de la foi, ou de pauvres enfants du pays?
Tandis que le petit pâtre se demandait ceci, le détachement qui s’approchaïit parut enfin sous les chênes. Le cœur résolu de l’enfant se serra à cet aspect. |
Ils n'avaient, hélas! ces combattants, ces soldats, ces vainqueurs, ni image sainte à leur drapeau, ni bannière polonaise. Leurs longues capotes grises flottant à leurs talons et leurs casques à pointe enfoncés jusqu’à la visière, au-dessus de leurs prunelles étroites et clignotantes, les faisaient reconnaître tout d’abord pour des soldats du czar, venus de quelques lointaines steppes de l’Oural, ou de quelque autre solitude d'Asie.
Ils s’avançaient en bon ordre, sous la conduite d’un vieux sergent à moustaches rouges, portant trois ou
quatre médailles d'honneur enfilées en brochettes. Du
reste, ils ne paraissaient point se presser, et marchaient M le en se dandinant, avec des airs de gaieté, comme des ‘4 m
ours en belle humeur revenant de la maraude. 4 Tout d'abord leur gaieté s’accrut quand ils aper- LM qurent l'enfant. in ch ‘Qu'est-ce que ce petit fait donc là, dit l’un d’eux, 4 pe avec les bestiaux de son père ? 4 — Parions qu’il ne s'occupe guère de sa vache mai- n'a gre et de ses sales pourceaux ; mais qu’il est bien plu- qe tôt venu pour nous surprendre et pour s’en aller porter, Fe de ce pas, de nos nouvelles aux insurgés. ë — C'est ce que nous allons bien voir. Sergent M P'"° Michajlowitch, amenez le petit brigand.” 4 se Et Stasio qui les regardait venir, pâle, mais résolu, joe tale
joignant ses mains sur ses genoux et s'appuyant au
tronc d’un chêne, sentit un gros poing se poser pesam-
ment sur son épaule, et se releva aussitôt, les regards
fixés sur l’ennemi.
‘Où demeures-tu, drôle? lui demanda la voix rude
et brève du vieux de la troupe.
— Au hameau de Gornek, derrière ces grands arbres
que vous voyez là-bas, répliqua-t-il aussitôt, atta-
chant ses regards, sans trembler, sur cet uniforme
abhorré, sur ces grosses figures farouches, et sur les
pointes aiguës des baïonnettes, étincelant de mille
feux aux rayons du soleil.
— Et que fait ton père, petit bandit ?
— Il coupe du bois dans les forêts du comte.
ettes. Du rchaient mme des
à Je
ils aperin d’eux,
che maibien pluer porter,
. Sergent
is résolu, uyant au er pesani- »s regards
voix rude
ds arbres tôt, attauniforme et sur les de mille
te.
— C'est-à-dire qu’il court, sans doute, après ses amis "UN les insurgés, qui ont grand soin naturellement de se 7 mottre à nos trousses.
—- Mais après tout, Piotz Iwanowitch, vous n’en 4 savez rien, interrompit l’un des caporaux du déta- N chement. Cet enfant, qui a Pair d’un brave, n’est peut-être point Polonais, ni catholique.
‘1 — Nous allons le voir, et s’il l’est, fils de chien! il n'a qu'à se bien tenir. Je le convertirai, moi, mieux Ù que ne l’eùt converti un pope... Dis-moi, petit scélérat, ! connais-tu notre père le czar?
2 — Je ne l'ai jamais vu: il est trop loin, répondit
promptement l'enfant qui, par cette prudente et ingt- 7 nieuse réponse, aurait pu donner le change à des persécuteurs moins farouches, moins acharnés que ne l’étaient ces bourreaux.
— I] n’est point sot, le petit! Raison de plus pour lui faire entrer dans la cervelle tout ce qu’il doit connaître. Aussi, allons-y vivement... Si tu n’as jamais vu le ezar, vaurien, tu dois au moins savoir ce qu’il exige, ce qu'il commande. C’est lui seul qui est notre pape, notre prêtre ; qui nous apprend comment on doit prier. Eh bien, petit pourvoyeur d’insurgés, comment fais-tu ta prière ? ”
A cette brutale auestion, Stasio demeura sans répondre.
Ce n'était pas, certes, qu’il craignît de confesser en cet instant la foi du Christ, cette loi de justice et d'amour dans laquelle, dès ses premiers ans, l'avait
L semdit dé tsanten dradénide érmitnnn ct dobeh dot id send de macee ee cout ce mere la TE
bercé sa mère, Mais il lui en coûtait, sans qu’il com-
prit bien pourquoi, de répéter ces paroles de tendresse : pr
et d’adoration en présence de ces barbares, d'adresser N Le
au souverain Seigneur des mondes cette supplication n
humble et douce: “ Notre Père qui êtes aux cieux,” à
la face de ces méchants, qui ensanglantaient la terre et 4
ne regardaient point le ciel, et qui ne reconnaissaient, 1 C 2 d'in
avaient-ils dit, que le czar pour père.
‘Comment, vaurien que tu es, tu ne sais pas prier?
rommela l’un de ces Kalmouks, secouant avec fureur "## Mec -- )
l'épaule frêle du jeune pâtre. nn con
— Tu sais faire, du moins, le signe de la croix ? ajouta 2 nor l’un des plus avisés de la troupe. Eh bien, fais-le, et l'on tout de suite; nous verrons si tu es un bon serviteur ban du czar, un enfant de l'Église, ou un Polonais rebelle, Me un fils de chien maudit.” l'a a
A ces paroles, un éclair d’indignation et de fierté l'ens jaillit dans les yeux du petit pâtre. les j
Oui, sans doute, il savait le signe de la croix, et il poin allait le faire sur l’heure. N’était-ce pas, dès lors, sa ni profession de foi qu'on lui demandait, et pouvait-il vérit différer une seconde à se déclarer enfant de Dieu et du rude Christ? d'ab
Alors, se plaçant bien en face du sergent aux favoris del roux, il redressa fièrement sa tête blonde, éleva, à la terez hauteur de son front, sa petite main brunie, jeta un notre regard caressant, un regard de joie et d'amour au beau FA ciel qui lui souriait par-dessus la cime verte des arbres | Hi et les nuages glacés de rose, et, touchant de la main FAGOR
secou
u’il com-
son front pur, son sein et son épaule droite après son
tendresse "" 3 Ë ad ) (paule gauche, fit avec ferveur autant qu'avec fermeté adresser x ù abc “7 un grand signe de croix, plication M
cieux,” à la terre et aissaient,
as prier ?
‘ec fureur
x? ajouta fais-le, et serviteur
Ce fut alors une explosion de joie, de rires, de cris, d'injures à cette vue.
‘Un catholique! un Polonais ! s’écrièrent tous ces mécréants.— Voyez, il ne sait pas seulement se signer, comme l’ordonne, comme le prescrit le czar, notre père! Ne sais-tu pas que l’épaule droite est celle que l'on doit toucher la première, fils de chien, traître, bandit ?
— Je fais le signe de la croix ai. que ma mère me
is rebelle, F û . . . n , .
l'a appris, ainsi que monsieur le cu:e, dans noire église,
l'enseigne aux petits enfants, et le fait lui-même tous les jours... Je l’ai toujours fait ainsi, et je n’en connais point d'autre.
de fierté
roix, et il — Mais nous allons t’en apprendre un autre, en … vérité! s’écria l’un des soldats furieux, secouant rudement la jolie tête blonde; inutile de parler d'abord d'église et de curé. Bientôt toutes vos églises seront par terre, vos curés tous en Sibérie. Vous écouterez les sermons de nos popes ; vous obéirez au czar,
ès lors, sa pouvait-il Dieu et du
ux favoris
leva, à la à de 4 .
notre maître, et tu vas faire le signe de la croix comme
nous, pour commencer.
e, jeta un
r au beau Re , x x Et le soldat, levant la main en l'air, se signa à la
façon des Russes orthodoxes. Peine inutile: l’enfant secoua la tête, détourna les yeux, et ne l’imita point.
des arbres e la main
18 LE PETIT FATRE
Vas-tu faire ce que je te dis, chien d’obstiné? s’écria le barbare en furie. |
— Non, vraiment, répondit sans pâlir Stasio qui n’hésitait plus. — Vous n’avez rien que je sache à me commander en ceci: vous n'êtes point des prêtres, vous, mais rien que des militaires. Laissez-moi donc prier en paix comme mes parents me l’ont appris.
— Il ne s’agit pas de prêtres ni de parents: c’est le czar qui commande. Et tu obéiras, ou sinon, tu es mort, graine de bandit!
— Voyons donc, petit, interrompit ici le caporal qui s'était montré plus indulgent ou plus sensible, on ne te demande pas grand’chose, en vérité. Tu n’es pas forcé de cracher au visage de ton père, ni d’insulter ta mère, ni de renier Jésus-Christ. Notre signe de croix, après tout, n’est pas s° différent du vôtre. Qu'est-ce que cela te fait de te servir de cette main-ci ou de celle-là, de toucher l’une ou l’autre épaule ?... Si tu veux, vois-tu, cesser de faire le raisonneur, et te montrer obéissant, je te donnerai ceci, tiens, pour que tu puisses acheter, à la foire prochaine, une belle ceinture rouge pour toi, un collier pour ta mère.”
Et le caporal tentateur, maïs bien intentionné, faisait briller aux yeux de l’enfant une pièce qu’il venait de tirer de son gousset, une belle pièce neuve et bien blanche.
Mais l'enfant secoua encore une fois la tête et répondit sans hésiter :
“Vous ne réfléchissez pas à ce que vous dites,
n d’obstiné? |
ir Stasio qui e sache à me des prêtres, sez-moi donc it appris.
rents: c’est le sinon, tu es
ci le caporal plus sensible, érité. Tu n’es , ni d’insulter tre signe de t du vôtre.
cette main-ci re épaule?
sonneur, et te PS, pour que pe belle ceinère.” tionné, faisait u’il venait de euve et bien
la tête et ré-
» vous dites,
voyez-vous. Si je faisais maintenant ce que vous désirez, je renierais vraiment mon Dieu, et j'insulterais ma mère. Car ma mère m'a commandé de me signer ainsi tous les jours, pour l’amour de Dieu et d’elle, et, d'autre part, Jésus a dit que sa foi et son amour sont plus précieux que l'or, que les grandeurs, les riches vêtements, et toutes les autres belles choses de ce monde... Pensez-y donc, monsieur... trahir ma foi pour de l’argent ! c’est là certes une lâcheté que je ne ferai point.
— Ta la feras cependant, à moins que tu ne préfères la corde! s’écria l’un des barbares, que le sang-froid de l’enfant avait violemment irrité.
— Je ne lc ferai point, répliqua Stasio, tranquille et résolu. Vous pouvez m’emmener, me battre, me tuer, si bon vous semble.
— Ah! scélérat, tu nous braves ; ah ! chien de Polonais, tu nous railles !.. Eh bien, tu vas voir ce qu’il
M} en coûte de résister, maudit, à tes maîtres qui te com- 7 mandent, et de désobéir aux ordres de notre père le czar | ”
Ici, les soldats exaspérés se dirent entre eux quelques 7 mots. La fureur les aveuglait, l'ivresse aussi, car la #7 plupart d'entre eux chancelaient sur la bruyère, ayant pillé le matin même, la cuisine et la cave d’un dwor.
4 Quelques-uns des paquets qu’ils traînaient après
«4 cux étaient liés à une corde souple, solide et bien unie.
0 [ls la détachèrent rapidement, en proférant les injures
les plus épouvantables ; ils firent un nœud coulant à
En A ENVIE c
20 LE PETIT PATRE l’une de ses extrémités, et attachèrent l’autre bout à la plus grosse branche de l’arbre.
Oui, de l'arbre, du vieux chêne sous lequel tant de fois Stasio s’était assis, répétant joyeux ses cantiques
vieu)
| verd
que la brise du soir emportait sur les prés, et façonnant
leurs M:
Les r
de son couteau, des grains de chapelet pour lui, un fuseau pour sa mère.
Et puis, lorsque le nœud fut fait, on lui passa la
corde au cou. Les visages basanés des soldats étaient BIER féroces et résolus ; le caporal lui-même, qui avait paru 5 s'intéresser au pauvre petit innocent, hochaït la tête . avec douleur, maïs n’osait plus le défendre. Fe La corde était donc passée autour du cou frêle et de blanc, emmêélant son nœud fatal aux boucles de cette M ne chevelure blonde. Stasio ne bougeait et ne pleurait ei point ; il avait un peu pâli et envoyait par delà la be plaine et les coteaux, un regard d'amour à son clocher, en un regard d'adieu à sa mère. Le ‘Maintenant, attention, vaurien !... Songe que tu É. ie vas aller danser là-haut, lui dit, avec un geste sinistre, # Fe l’un des plus farouches de la troupe. Mais si tu as A réfléchi, et si tu trouves que ta peau en vaut la peine, M LL. | obéis au commandement: fais le signe de la croix. D «0 Il n'avait garde d’y manquer, l’innocent, le martyr! ÿ A Sans cela, comment se mettre en route pour le ciel, sc 4 Léa tés recommander à Dieu au moment du dernier voyage? Il se mit donc en devoir de tracer le signe divin ; mais M “4 toujours antique et sacré, toujours catholique, toujours M YeT le même. L'or ñe l'avait pas tenté ; il ne craignait pas + ds la mort. . AA
tre bout à ; | Les soldats blasphémèrent et hissèrent la corde.
tant de Et on le vit flotter en l’air, au-dessous des branches du SN vicux chêne, sa petite san (1) grise se mêlant à la t façonnant 4 verdure se rameaux, sa jolie tête dorée ombragée de our lui, un leurs guirlandes.
Mais le jeune front pâlissait, devenait livide, hélas!
; Les regards devenaient troubles, les lèvres devenaient ai passa la . À FT 4 bleues, et d’en bas les bourreaux répétaient, sombres lats étaient "M de ( j "0 ct sinistres :
avait paru D |. , . :
4e k Si tu veux ne pas mourir, fais le signe de la nait la tôte M one
AE croix.
ù ! Orle petit martyr, aux trois quarts suffoqué, n'aurait ou frêle et M
pas pu répondre. Les muscles de ses bias, de ses
et as
les de cette
mains, déjà engourdis, ne pouvaient plus se raidir ne pleurait ce } à 3
lelà 1 pour une protestation suprême. Maïs un dernier effort ar delà la à L pouvait du moins prouver sa volonté, sa fermeté, son clocher, ; À iprouver que la mort seule, désormais, pourrait les
dénouer et les disjoindre. Donc, il approcha l’une de
nge que tu, è È Das FARMER ne l’autre ses deux petites mains raidies et les joignit sur
ste sinistre, DS as
ane sa poitrine, lentement, fermement.
us si tu a" 4 :
. M La rage des tourmenteurs fut portée au comble, à ut la peine,
\ : cette vue.
a croix. | :
ë à “Ce gredin-là ne vaut seulement pas la corde que le martyr!" À s De LRU SN
PAnous lui avons destinée,” s’écrièrent quelques-uns de .
ir le ciel, se M ces braves.
er voyage!
— Îl n’a pas peur du gibet, cela se voit, fit obser-
divin ; mais À ver un autre; mais peut-être ferait-il, mes amis, une
e, toujours
aignait pas # ; (1) Vêtement des paysans ; sorte de surtout, de houppelande,
autre mine, si nous le mettions en face de nos canons
de fusil.
— C’est cela ; essayons,” dirent en chœur ces furieux.
Et l’un d’eux, s'appuyant à l'épaule de deux de ses
compagnons, atteignit la branche du chêne et coupa
lestement la corde. L'enfant suffoqué s’affaissa lente-
ment sur le gazon.
Ils lui laissèrent à peine le temps de se ranimer.
Maintenant qu’il avait moins de force, il aurait moins
de courage. Tel était, du moins, le calcul des bourreaux,
qui pensaient bien triompher.
Ile le remirent sur ses pieds vivement, brutalement. Le pauvre Stasio défaillant s’appuya au tronc du | chêne. Puis il vit, devant lui, vaguement et comme au
travers d’un nuage, les soldats s’aligner, les mains
brunes et osseuses soulever et pointer les fusils; les M
armes s’incliner vers lui, les canons meurtriers reluire. Il vit tout cela, et il sourit. Il avait tant souffert, déjà, qu’il avait hâte d’en finir avec cette agonie, et
fermement décidé qu’il était à mourir en chrétien, il »
s’estimait encore heureux de mourir en soldat.
‘Fais le signe de la croix,” lui crièrent ces voix
farouches. - De son regard mourant, le martyr sembla les défier.
Ses forces enfantines commençaient à revenir; illeva M
donc, avec effort, sa petite main livide, la posa un #
nos canons es furieux.
leux de ses e et coupa aissa lentese ranimer.
arait moins bourreaux,
rutalement.
, les mains
ers reluire.
nt souffert,
e agonie, et ke chrétien, il Ms
dat.
nt ces voix !
la les défier
nir; il leva M
1 tronc du | t comme au #
s fusils; les =
instant sur son front pur, puis sur son sein, puis. Encore! Oh! c’était inouï! par l'enfer, c'était trop fort! La stupeur et la rage des bourreaux montèrent jusqu’au délire.
Mais en cet instant, le sergent qui dirigeait l’exécution, au lieu de commander le feu, fit un geste, et une seule détonation retentit. Une balle échappée du fusil d'un Kalmouk ivre, alla s’enfoncer, en sifflant, dans le tronc vigoureux du chêne, et coupa au front du martyr, une boucle de cheveux d’or.
Mais le sergent avait fait un signe de la main, annonçant qu’il allait parler.
“Mes enfants, s’écria-t-il, il me semble, après tout, que nous pourrions faire mieux que de perdre, pour ce petit vaurien obstiné, notre poudre et nos balles. C’est pour les Polonais, pour les rebelles, fils de chiens, que nous les réservons, pas vrai? C’est pour cela, du moins, que le czar, notre père, nous les a confiées.
— C’est vrai, c’est vrai, sergent, répliquèrent quelques hommes de la troupe. Mais alors, dites-nous, que pourrions-nous faire de ce bandit ?
— Ne vous embarrassez de rien. Et la rivière donc ?
— La rivière? Mais elle ne coule pas; la glace n'est pas encore fondue.
— Avec cela que c’est difficile d'y faire un trou, quand on a des haches et des canons de fusils! Nous serons d'autant plus sûrs, les amis, voyez-vous, de noyer comme il faut le petit gredin qui, vous pouvez y compter, ne nagera pas vers la rive, lorsqu'il y
la posa un # +
ex
pi aura au-dessus de lui, une bonne croûte de glace, 4 épaisse de plus d’un pied.” La proposition du vieux brigand fut trouvée des , plus ingénieuses, et toute la troupe en délire y acquiesça joyeusement. Stasio avait écouté son arrêt sans frémir et en silence. La robuste main de l’un de ses persécuteurs l’enleva du pied de l'arbre. Il se trouva jeté en travers, comme une charge inerte, sur les épaules du Kalmouk, qui s’éloignait à grands pas.
Toute la troupe les entoura, les suivit. Stasio n’eut que le temps de jeter un regard d’adieu, un regard éloquent, tendre et désespéré, à la petite vache noire, aux oies blanches, aux porcs, qui demeuraïent là;
paissant sur la bruyère. Seulement le chien suivit ; les Russes ne l’effrayaient point, et, sur les pas de Stasio, il fût allé au bout du monde.
Toutefois le voyage ne fut pas long; la rivière serpentait près de là ! De grands peupliers, des saules, aux troncs noueux, aux rameaux dépouillés, en indiquaient le cours.
Seulement ce n’était plus en ce moment, qu'un large ruban de glace lisse et blanche, surface compacte et immobile, si différente, hélas! de l’onde courante et bleue que la brise des prés sillonnait, aux beaux jours, de légers plis mobiles, que le clair soleil du printemps étoilait d’un semis d’or. Le pauvre enfant eut presque peur, eut froid, à l’aspect de cette croûte blanche, épaisse, et solide, et glacée. Oh! quel linceul lourd! quel tombeau !
de glace,
ouvée des délire y son arrêt le l’un de | se trouva >, sur les spas.
asio n’eut in regard che noire, raient là:
suivit ; les de Stasio,
la rivière es saules, tillés, en
’un large pacte et arante et ux jours, rintemps presque blanche, 1 lourd!
Certes, il n’eût presque pas coûté au petit pâtre d'y tomber, d’y mourir, alors que la rivière s’épandait, claire et vive, comme un frais torrent de cristal, entre ses bords frangés de mousse, au pied des deux berges fleuries et des vieux saules semant leurs guirlandes au fil de l’eau. Mais disparaître en ce moment sous cette glace, dans cet abîme, sans jour et sans chaleur, sans un dernier regard qui pût, du moins, chercher et entrevoir les cieux !.….
N'importe! tout pour la foi, tout pour Jésus, dont le nom revenait toujours si adorable, si doux, si pieusement béni sur les lèvres de la tendre mère. Le lit sanglant de la croix avait-il été plus doux que le lit glacé de l’abîme ? Et cependant Jésus était innocent, il était maître, il était Dieu!
” dit alors courage: ‘e-
“Je ne vous obéirai jamais, ment l'enfant aux boucles blondes, défiant, d’un regard tranquille et ferme, ses bourreaux qui, dans leur rage, se pressaient autour de lui. ‘ Faites de moi ce que vous voudrez... Bon Jésus, consolez ma mère |! ”
C’en était assez pour eux. Leur attente eût été trompée, leur joie barbare cruellement interrompue, si le petit martyr eût dit oui, à l’aspect du gouffre béant,.
Car déjà, grâce aux coups de hache, de pique et de crosse de fusil, le trou s’ouvrait, profond, livide. Ils s'étaient si fort hâtés de le creuser, les maudits, qu'ils n'avaient pas remarqué que de larges écaillures, de grandes fêlures tortueuses rayonnant tout alentour,
sillonnaient sous leurs pieds même, la glace solide encore.
Mais, entre les découpures aiguës des glaçons, l’eau paraissait trouble et jaunâtre, d'aspect morne, sinistre et froid. C’était là tout ce qu’il fallait; ils la contemplaient avec un âpre sourire, et se hâtèrent d’entraîner l'enfant. Et le pauvre chien, qu’ils repoussèrent à coup de crosse, à coups de pied, regardait s'éloigner son ami, avec un soupir de tristesse, et faisant entendre, de la rive, un gémissement plaintif comme pour lui dire adieu.
Les bourreaux se rangèrent sur la glace, tout à l’entour du trou, et ils y plongèrent l’enfant. Une corde attachée à la ceinture de l’innocent confesseur à cheveux blonds, le retenaient à mi-corps au-dessus de l’abîme. Et ces monstres ne paraïssaient point pressés de l’engloutir au fond: ils voulaient laisser à ses mouvements le temps de s’éteindre, à sa volonté peut-être le temps de défaillir.
Seulement le Père du ciel ne permit pas que le martyre durât désormais plus longtemps: au ciel on était gans doute impatient de recevoir, d'accueillir, de couronner un ange.
Déjà les dents du pauvre petit commençaient à s’entrechoquer ; ses joues devenaient livides, et see lèvres devenaient bleues. Le sergent aux favoris roux fit un geste de menace, et il cria, d’une voix irritée :
‘ Petit, tu vas mourir... Fais le signe de la croix.
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— Je le ferai, balbutia l'enfant, suffoqué sous son manteau de glace, je ferai... comme ma mère me l’a appris. comme je l’ai fait. toujours |”
Et il leva sa petite main. Le sergent lâcha la corde, la tête blonde disparut; un léger bouillonnement agita les eaux noires, sous l’épaisse croûte glacée.
Puis un horrible craquement se fit soudain entendre: à droite, à gauche, en avant, en arrière: à deux cents pas autour du trou sinistre, l'enveloppe solide céda, la glace s’effondra, l’eau jaillit.
Et puis une farouche clameur, et puis un instant d'efforts suprêmes, d’horrible confusion. Et puis plus rien, que le désert, le vide et le silence: l’eau coulant, rapide et trouble, entre les glaçons brisés ; un ou deux shakos tombés sur la glace solide encore, et quelques traces sanglantes se mêlant aux flots de la rivière.
Les bourreaux, sans s’en douter, avaient creusé leur tombe ; la couche de glace trop faible avait cédé sous leurs pas, et "tous étaient engloutis, tous étaient entraînés. Ce froid violent les avait saisis, au milieu des fumées de l'ivresse, ils s'étaient blessés, en tombant,
aux lames tranchantes des haches, à la pointe des
baïonnettes employées pour creuser la tombe de l’enfant martyr.
Et pas un ne revint pour conter cette histoire. Mais tout près de là, dans le taillis qui bordant le bois, semait de ronces et d’arbrisseaux touffus le bord de la rivière, s'était caché un petit pâtre, qui avait été pris
d'une grande peur en voyant venir les soldats. Sans oser sortir de sa retraite, en silence il avait tout vu. Ce fut lui qui vint, au village natal, porter la triste nouvelle et redire les derniers mots aux pauvres parents en pleurs.
Ainsi la mémoire de l'enfant héros a pu être conservée, vénérée et bénie. Au bord de sa tombe mouvante, les amis, les compagnons, les anciens du pays vont maudire ses bourreaux et conter son martyre, et sous son chêne ils vont prier.
Aucun des corps, du reste, n’a été retrouvé. La Warta est rapide, la Warta est profonde. Mais, en quelque recoin inconnu que le martyr repose, endormi paisible et seul sur son lit de joncs et de sable, ou entraîné avec ses bourreaux, jusqu'aux golfes de la grande mer, la mémoire de Dieu garde sa place, la lumière de Dieu l’éclaire.
Le jour du jugement viendra; l’heure de la résurrec- ‘ion sonnera, glorieuse et triomphante. Alors, avec le martyr enfant, plus d’un peuple erffoui dans son linceul obscur, se lèvera d’entre ses bourreaux, sortira glorifié des ténèbres de sa tombe, et tendra ses mains en souriant, en disant: “ Me voici, Seigneur ! ”
LTIENNE MARCET..
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Peut-être ne connaissez-vous pas la ballade du ménétrier. Klle est pourtant célèbre, et nous devons la résumer ici en peu de mots. C'était au siècle de saint Louis, à cette époque de charité où les rudesses du bas moyen âge s’adoucissaient un peu dans la foi vive et les pieuses croyances. Alors vivait, dans la partie des vicilles Gaules qui s’est appelée l'Alsace, un bon et doux chrétien. Il jouait merveilleusement de cet instrument qu’on appelait le rebec, et qui, enrichi d’une quatrième corde et certainement perfectionné, se nomme aujourd’hui le violon. Il accompagnait à l'église les hymnes saintes, entraînant les fidèles à l'allégresse, lorsqu'on chantait, au temps de Pâques, le joyeux 0 filit et filiæ, avec son cortège d’alleluia. Il attirait les larmes et les sanglots, si on lamentait aux funérailles le terrible et compatissant Dies iræ. Mais il jouait surtout avec âme les cantiques de louanges à la sainte Vierge ; et dans quelques récits, on l’a appelé le ménétrier de Notre-Dame,
Quand ce ménétrier fut vieux, comme presque tous les artistes, il n'avait rien amassé. Il parcourait donc la contrée et ses alentours, jouant et chantant pour conquérir quelque aumône. Ses cheveux étaient blancs, ses habits très râpés, sa voix chevrotait un peu, mais son archet ne tremblait pas.
Un jour d'hiver, il se dirigeait sur Strasbourg. Il faisait froid ; faible et vieux, il 8e disait: ‘Qui aura donc pitié de ma misère? qui compatira à ma faim, et qui me donnera un abri sous son toit? Lorsque j'étais jeune et que je chantais joyeusement, tout le monde me fêtait, Aujourd’hui tout le monde semble me dire: ‘Pauvre vieux ménétrier, laisse dormir ton rebec.”
Ainsi gémissant, le vieillard arriva, tout pres de Strasbourg, devant une petite église. Il ne manqua pas d’y entrer, ce qu’il faisait toujours en pareille rencontre. Il vit avec joie sur l’autel une image richement ornée: c'était l’image vénérée de la sainte Vierge Marie. Plein de dévotion et d'amour pour celle qui est le recours des chrétiens, il s’approcha de la sainte image, se mit à genoux devant elle, et luï exposant ses peines, il se plaignit de la misère où il gémissait. Il crut bientôt sentir que la bonne Vierge lui versait des consolations dans le cœur, avec de douces et encourageantes paroles ; et il se mit à pleurer.
Puis, en l’honneur de la divine consolatrice des affligés, il joua pour elle sa plus belle musique, qu’il accompagnait de sa voix redevenue plus ferme; et il chantait :
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“ Vous avez connu, bonne Mère, les angoisses de la “ pauvreté; vous les âvez éprouvées. Quoique pure et “ sans tache, vous avez eu de dures angoisses. Si mon “ vieux rebec ne peut plus vous toucher dans les cieux, “ vous entendez au moins la voix de mon cœur, qui “ brûle pour vous du plus tendre amour.”
Après avoir chanté ainsi, il se tut. Tout était silence artour de lui; êt il allait se lever pour reprendre son voyage, lorsque la sainte image lui jeta un de ses petits souliers d’or pur.
Le bon ménétrier le ramassant pieusement, le couvrit de baisers, rémercia longuement la sainte Vierge, et, pressé par la faim, il se hâta d’entrer dans la ville.
A la première auberge qu’il rencontra, il demanda un modeste dîner qui restaura ses forces ; et quand il fallut en solder le prix, comme il n’avait pas d’autres ressources, il présenta le petit soulier d’or pur, en priant l’hôtesse de l'aller changer chez un orfèvre contre des monnaies courantes.
Mais l’orfèvre étonné demanda à ses ouvriers d’où pouvait venir un pareil joyau. L’un d’eux, qui était vieux et chrétien, l’ayant bien considéré, s’écria que c'était assurément un des petits souliers d’or de Notre- Dame de tous les saints, volé dans sa chapelle.
L'orfèvre allait faire son rapport à ce qu’on a toujours appelé l'autorité, et qui se représente et s'exerce en France sous le nom de commissaire de police. Le magistrat, quel que fût son nom, s’empara