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SUR LE CIMETIERE SAINT-MAUR A ROUEN

De tous les cimetières de Rouen, celui de Saint-Maur est le seul qui soit ancien. Sa situation dans un faubourg solitaire l'avait sauvé de la proscription qui atteignit, en 1772, tous les cimetières de cette ville : il y en avait eu jusqu'alors autant que l'on comptait d'églises paroissiales et de communautés religieuses. A son tour, il vient d'être interdit, ainsi que tous ceux que l'on avait établis à cette époque et pour lesquels on s'était cru permis d'espérer une durée indéfinie. A vrai dire, étant donnés nos prin- • cipes en fait d'administration, et nos exigences en fait de salubrité publique, cette mesure était inévitable ; c'était une conséquence forcée du débordement de plus en plus marqué de la population urbaine en dehors de l'enceinte des boulevards qui avait remplacé, vers la fin du dernier siècle, les fossés et les fortifications du moyen-àge.

Ce cimetière appartenait autrefois, comme il appartient encore aujourd'hui, à l'Hôtel- Dieu de la Madeleine.

Suivant Farin, il en serait fait mention, sous le nom de chapelle de Saint-Nicolas de Beauvoir, dans une bulle d'Urbain III, de Tannée 1 1 85 u).

J'avoue ne pas connaître le texte de ce document, mais j'ai sous les veux une autre bulle, du mois de mai 1 1<>8 par laquelle Célestin III confirme \\ ses chers fils, les malades de l'hôpital de Sainte-Marie-Madeleine, entre autres biens, locum sancti Xicolai de Belveier, avec les maisons et les terres qui en dépendaient.

(1) Histoire de Rouen, 3« partie, p. 66.

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Bien que, dans cette bulle, il ne soit pas question de chapelle, le nom de saint par lequel le lieu est désigne ne permet guère de douter qu'il n'y en eût une dès ce tempslà.

Quelques années après, la vraisemblance fait place à la certitude. Unecharte de 1222, conservée dans le Fonds du prieuré du Mont-aux-Maladcs, mentionne, en termes précis, ecclesiam Sancti Nicolai de Bellovisu (1).

Il paraîtrait, toujours d'après Farin, que cette chapelle aurait été dédiée par l'archevêque Thibaud, et qu'à cette occasion des indulgences auraient été accordées aux fidèles qui la visiteraient le jour anniversaire et duiant l'octave de cette fête. La cérémonie ayant eu lieu le 1 3 janvier, veille de saint Maur, on peut admettre qu'insensiblement l'habitude se sera formée de donner le nom de Saint-Maur, d'abord a cette chapelle, ensuite au terrain qui y était attenant, enfin à la rue par laquelle on s'y rendait, et cela d'autant plus naturellement que ce nom, abstraction faite de l'orthographe, dont le peuple n'eut jamais souci, convenait assez bien à un cimetière (21.

Qu'il y en eût un à Beauvoir dès la tin du xu e siècle, rien de plus probable. Au xnr siècle, son existence ne saurait plus taire l'objet d'un doute. Nous voyons, en effet, que ce fut là que Vincent du Valricher, un riche bourgeois de Rouen, peut-être même un maire de cette ville, fut enterré avec sa femme Perronnellc.

(1) La rue qui longeait cette église est désignée sous le nom de vicus Sancti-Xicholai de lielluvisu et de Sancti-Nicholai de Bcllovidere, dans une autre charte d'avril 1223 (v. s.), même Fonds. Le lieu dominait la ville et la vallée : de là le nom de Beauvoir, équivalent de Belle vue.

(2) Histoire de Rouen, 3* partie, p. f»f>. Ce ne furent pas des motifs plus sérieux qui déterminèrent le choix des patrons pour certaines corporations de métier. Remarquons que le cimetière de Caudebec-en-Caux était aussi sous le vocable de saint Maur.

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Leur sépulture donna lieu à l'érection d'une seconde chapelle tout près de celle de Saint-Nicolas. Jean de Saint- Léonard, neveu de Vincent du Valricher, la fit construire a ses frais ; il obtint de l'Hôtel-Dieu que deux religieux y célébreraient à perpétuité deux messes par jour.

Le cimetière de Beauvoir était compris dans la paroisse Saint-Gervais. On le considéra, pendant quelque temps, comme une partie de l'exemption des moines de Fécamp. a qui appartenaient le prieuré et l'église Saint-Gervais. Aussi voyons-nous que, pour l'approbation de cette chapelle, on crut devoir s'adresser à l'abbé de Fécamp, lequel donna son consentement, en y mettant pour condition que les religieux, chargés des offices, lui prêteraient l'obéissance canonique ; et que, sur les revenus affectés à la fondation, il serait offert, chaque année, une livre d'encens à l'église paroissiale (dimanche, veille de la Toussaint

Postérieurement des débats s'élevèrent entre l'archevêque et les moines au sujet du cimetière de Beauvoir. 11 est constant qu'il finit par être soumis directement à l'autorité de l'ordinaire, de même que l'Hôtel-Dieu, dont il n'était qu'une dépendance. Aussi était-ce l'archevêque qui nommait à cette seconde chapelle sur la présentation du seigneur de Frontebosc, fief situé a Limésy (2).

(1) Une autre redevance était due aux religieux de Fécamp par l'Hôtel-Dieu, pour la chapelle primitive du même cimetière : « Des religieux de l'Hostel-Dieu, pour la chapelle de Saint-Nicolas, où Ton presche le lundi de l'asques, lx chandelles de cire. » Compte delà baronnie de Saint-Gervais, 1495-1496.

(2) Il est fait allusion à ces débats dans un compte de l'archevêché de 1402-1403 : « Cas de nouvelle té prins par l'abbé de Fécamp contre Mgr pour la reconstruction du cimetière Saint- Mor ». Arch de la S.-Inf. G. 18. — En Tannée iô58, Albert Le Marchant, vicaire général de l'abbé de Fécamp, prétendit visiter la chapelle Saint-Maur : il se présenta, suivant le cérémonial d'usage, à la porte de cette chapelle ; mais il trouva porte

Comme elle était dédiée à saint Etienne, elle en porta le nom (i). Elle fut dite aussi la chapelle des Valricher, et plus tard, la chapelle de Frontebosc, du nom seigneurial des héritiers ou représentants du fondateur.

S'il fallait en croire une tradition rapportée par Farin. elle aurait servi autrefois de paroisse aux habitants du hameau du Nid-de-Chien, en la vallée de Robec, et c'aurait été là qu'ils auraient fait baptiser leurs enfants jusqu'au jour où, cette chapelle ayant été détruite par les guerres, les fonts baptismaux furent transférés en l'église du prieuré de la Madeleine. Mais il est clair, pour nous, qu'on aura pris pour une pratique normale un fait accidentel; et que la chapelle de Saint- Etienne, de fondation récente, comme nous venons de le voir, ne dut être adoptée, pour église de paroisse, par les habitants du Nidde-Chien que lorsque, par suite ou de siège ou de peste, les communications se trouvèrent interceptées entre la ville et les faubourgs.

\jà dévotion des fidèles envers les deux chapelles, dont nous venons de parler, fut favorisée par diverses bulles d'indulgences, notamment par une bulle de Nicolas IV, 1288, où saint Maur est signalé, après saint Nicolas et avant saint Etienne, comme particulièrement honoré au cimetière de Beauvoir. Le nom de saint Maur est exclusivement attribué a la principale chapelle de ce même cimetière, dans des lettres du cardinal d'Estouteville, qui nous apprennent qu'elle avait été démolie sous la domination anglaise et qu'on s'occupait alors de la réédifier.

close et personne pour lui ouvrir; le chapelain, bien que régulièrement prévenu, jugea prudent de se tenir à l'écart, par respect pour les droits de l'ordinaire. Ibidem, G. 5204.

(1) Chapelle Saint-Étienne au cimetière Saint-Maur, vacante par le décès de Richard An go, conférée à Jean Kaulin, clerc, à la suite d'un procès, pour le patronage, entre Agnès Raulin, veuve de Jacques Gouel, et le prieur de la Madeleine, 16 mai 1509. Registre du Secrétariat de l'Archevêché.

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Pendant longtemps, les religieux de la Madeleine eurent à Beauvoir une sorte de succursale de leur hôpital ; ils y entretenaient un chapelain, parfois qualifié prieur, avec quelques frères pour acquitter les fondations et présider aux enterrements.

Dom Nicolas Le Gras, prieur de l'Hôtel-Dieu, fit ordonner par le chapitre de la communauté que Ton célébrerait, à Saint-Maur, l'office des défunts chaque dimanche de carême, et qu'il y serait dit, tous les lundis de l'année, une messe de requiem.

Les religieux perdirent la propriété de ce cimetière lorsque, vers i53i, une administration, mi-partie laïque, mi-partie ecclésiastique, prit possession de leur maison. Ils n'eurent plus qu'à remplir les fonctions du culte, pour lesquelles on leur laissa une portion de leurs anciens revenus.

Les nouveaux administrateurs conservèrent, du moins, à Saint-Maur un chapelain qui recevait les offrandes des fidèles et devait en remettre une part aux pauvres de l'Hôtel-Dieu. Quelques années après, en i56ô, ils furent condamnés, par arrêt du parlement, à faire bâtir une maison près d'un terrain qui avait continué d'appartenir aux religieux, et qu'on appelait encore, à cause de cela, le prieure.

Ln 1 635, il est question de religieuses de l'Hôtel- Dieu, envoyées à Saint-Maur pour faire leur évent.

Au xviii* siècle encore, les religieux possédaient, comme lieu de récréation, un jardin avec maison, attenant à Saint- Maur (i). Le io juillet 1750, ils obtinrent, en échange de ce terrain, un emplacement près du lieu de santé où l'on venait de transférer l'Hôtel- Dieu.

Deux chapelles dans un cimetière, c'était, ce semble,

(1) On voit, par un ancien document, que le jardin des religieux occupait une longueur de 117 toises le long de la rue Saint- Maur. Il est figuré sur le plan de Gomboust.

autant, sinon plus, qu'il n'en fallait pour satisfaire à la piété des Rouennais. Une troisième y avait été, cependant, fondée, en 1472, par « ung bon catholique, bourgeoys et demeurant en la ville de Rouen, natif du Trect (Utrecht), en Allemaigne, nommé Guérart Louf, ymaginier et peintre. » Cet artiste, qui paraît avoir joui d'une certaine célébrité parmi ses contemporains, prit à sa charge les frais de construction et d'ornementation de cette chapelle, après s'être entendu avec les religieux, qui consentirent à lui donner, dans le cimetière Saint-Maur, tout le terrain qu'il lui fallait, sous réserve, toutefois, qu'ils en demeureraient seigneurs en fonds et en propriété. Guérart Louf ne se borna pas à cette œuvre de piété. Il fonda, dans la même chapelle, « une noble contrarie sous le nom de la glorieuse Résurrection Notre Sauveur et Rédempteur Jhesu-Crist, saint Ladre, sainte Marthe et des Trépassés t, et obtint pour cela l'autorisation du couvent de THôtel-Dieu. Les premiers associés étaient au nombre de 40, y compris le fondateur. C'étaient, je n'en cite que quelques-uns : Pierre Le Forestier, prieur de la Madeleine; Jacques Duval, avocat; Jean Le Normant, Pierre Le Clerc. Reynaud Billon. notaires en cour d'église; Richard Le Rat. chanoine du Sépulcre; sire Robert le Cornu, Robert de Villeneuve, Colin Marguerie, Simon de Conflans. écuyer, et Jacob Louf, frère de Guérart. La confrérie avait deux sessions annuelles, ou, comme on disait, deux sièges : le siège d'hiver, le jour de la Commémoration des morts, le samedi, le dimanche et le jeudi suivants; le siège d'été, le lundi après Pâques, le samedi, le dimanche de Quasimodo et le lundi suivant. Ce jour-là, les frères renouvelaient leur bureau, procédaient aux admissions de nouveaux membres, et tenaient buffet en la chapelle pour y recevoir les aumônes des fidèles.

Chaque lundi de l'année, une messe était dite par un religieux. Le premier lundi de chaque mois , cette messe était chantée à note avec diacre et sous-diacre.

Le mardi qui suivait la Commémoration des morts, les frères servants s'assemblaient, sur la semonce de leur clerc, en la maison de l'échevin, vers deux heures de relevée, et, après que celui-ci leur avait offert du pain, du vin et des épices, ils se rendaient à leur chapelle, avec croix, bannière et clochette. Là, ils entendaient les vêpres des Trépassés, chantées par 6 ou 7 religieux de l' Hôtel-Dieu. Le lendemain, après une procession autour du cimetière, au chant du libéra, ils assistaient à une grand' messe que disaient les mêmes religieux. Plus tard,j>our se conformer à la volonté du testateur, ils devaient, cette messe dite, aller jeter de l'eau bénite sur sa tombe et réciter à son intention une patenôtre et un Ave Maria.

A la suite de cette cérémonie, les frères convoyaient l'échevin jusque chez lui, et tous prenaient ensemble « réfection corporelle, en signe de bonne amour et de fraternelle union. » L'échevin, ainsi que le prévôt, payaient chacun 3o s. pour leur écot ; les autres frères payaient ce à quoi ils étaient taxés par délibération des maîtres.

Une seule disposition des statuts me paraît mériter d'être rapportée.

« A toutes les assemblées d'icelle confrarie se gouverneront les frères servans bien et honnestement sans noises ne tenchons, ne nul blasphème de Dieu, et s'il estoit ainsi que par aucun des servans en avoit, les maistres les pourroient tirer du service, s'ilz ne s'apaisoient. »

Je suis très porté à croire que cette association fut établie à l'instar de celle qui avait été fondée, peu de temps auparavant, à Paris, en l'église de la Madeleine de la Ville-lÉvèque, près de la porte Saint-Honoré.

Cette dernière était d'autant plus honorablement connue qu'on la disait fondée par le roi Charles VIII et par la reine, sa femme, lesquels avaient voulu en être appelés, l'un le premier frère, l'autre la première sœur.

Le prieur, les frères et les sœurs de la Madeleine (et dans le nombre, il faut certainement comprendre Louf et

ses compagnons) demandèrent à être affiliés à la confrérie de la Ville-l'Evèque, faveur qui leur fut accordée, le 20 octobre 1492, par Gilles Picart, avocat au parlement, par Jean De la Place, procureur général au Châtelet, et par A m bourse Prieur, agissant tous en qualité de gouverneurs et de maîtres de la confrérie.

On ne sera pas surpris d'apprendre que la bonne union ne dura pas toujours entre les religieux et les confrères : Topposition d'intérêts ne pouvait manquer d'être une source de division. Les premiers soutenaient que les maîtres n'avaient le droit de tenir buffet dans la chapelle qu'aux jours de sièges, ci-dessus indiqués; ils trouvaient aussi à redire à l'usage qui s'était introduit de faire des cueillettes •quêtes) dans le cimetière. Ils prétendaient encore qu'il n'appartenait à aucun prêtre d'y administrer les sacrements sans leur permission. De leur côté, les maîtres reprochaient aux religieux de se montrer peu exacts dans la célébration des messes, et de laisser les prédications a leur charge. Ces sortes de débats se renouvelèrent plus d'une fois. Il suffit de les indiquer en passant : les détails n'auraient plus d'intérêt pour personne.

Les statuts de la confrérie furent approuvés par iMgr d'Estouteville, le 16 octobre 1475, sous le titre de • Statuts de l'Association de la bienheureuse Marie-Madeleine, miroir des pécheurs, de sainte Marthe, sa sœur, et de saint l«azare, son frère. » Us le furent de nouveau, et avec certaines modifications, par Mgr Charles de Bourbon, le 8 janvier 1571. On voit, par les lettres de ce dernier, qu'il y avait alors 80 frères et 40 sœur*. Un des articles est ainsi conçu : t Ordonné que chacun frère et seur de ladite association sera tenu et subgect de venir, le jour de la procession, à la Magdaleine, avec un chapelain et avec une chappe, sur peine d'amende, le lundi après le sermon de madame sainte Marthe ».

Les souverains pontifes joignirent leurs approbations à celles des archevêques. Des indulgences furent accordées

aux associés par Sixte V, en 089; par Innocent X, en 1649.

Un grand nombre de peintres et de sculpteurs faisaient partie de cette confrérie. Il est même à remarquer que c'était une stricte obligation, pour eux, de lui payer un droit lors de leur réception comme maîtres dans la corporation.

La chapelle des Trépassés, de même que celles de Saint- Nicolas et de Saint-Étienne, fut ruinée, soit pendant Toccupation de Rouen par les protestants, soit a l'occasion du siège mis devant cette ville par Charles IX.

Ce ne fut que quelques années après, en i56q et 1570. qu'on put songer à la relever de ses ruines. On en réédifia le clocher; on rétablit les verrières qu'on avait dû démonter à la hâte, dans un moment de panique. On en fit refaire trois nouvelles par le verrier Jacques Tuchon, en 1 57 1 et 1572.

Cette dernière année, on paya 112 1. pour deux huissets historiés mis au tableau de la contretable et qui se fermaient a l'aide d'un cadenas, et 45 1. 1 3 s. pour la réparation du mur de la galerie. En 1 576, le menuisier Robert Clerc refit, pour 5i 1., la clôture du chœur. En 1 583, Jean Férey, maçon, et le frère Louis Guillebert, menuisier, achevèrent la grande porte du pignon.

L'année suivante, des malfaiteurs s'introduisirent dans le clocher, et jetèrent à terre le coq qui le surmontait. Vers le même temps, on vit les catholiques, réunis a Saint- Maur, aux prises avec les protestants qui revenaient du prêche de Pavilly.

Malgré les inquiétudes au milieu desquelles on vivait alors, on continua les travaux de décoration entrepris à la galerie. Le maçon Robert Chrétien et un artiste, du nom de Pierre Potier, en furent chargés en 1 586 : ce dernier répara le tableau qui ornait la muraille, et fit une statue de saint Adrien, l'un des patrons les plus invoqués contre la peste.

En 1 586, une verrière fut offerte par Nicolas Baudry.

On y fit mettre, en souvenir du donateur, une inscription par Jean Bezoche, auteur, suivant toute vraisemblance, de la verrière.

En 1589, vers le 9 avril, on fit démonter toutes les verrières qui avaient été restaurées par Nicolas Vereul , en 1 582, et on les fit porter chez le clerc de la paroisse de Sainte-Marie-la-Petite. Bien que rien n'annonçât une paix durable, on reprit pourtant confiance, et, le 5 novembre, toutes les verrières étaient remises à leur place, par les soins de François Le Vieil.

Mais deux années à peine s'étaient écoulées, qu'en prévision du siège dont la ville était menacée, on s'empressait, de nouveau, de démonter les verrières. On les porta, cette fois, chez un nommé Bondor et chez M e Adrien Duval, à J'hôtel du Petit-Montier (n. On mit également en lieu sûr la cloche et la menuiserie de la chapelle. Les mêmes précautions furent prises pour sauver ce qu'il y avait de plus précieux à la chapelle Saint- Etienne, notamment les belles statues de YEcce homo et de Notre-Dame, et les pierres où se trouvaient gravées des inscriptions.

Dès que la paix fut revenue, les confrères s'occupèrent du rétablissement de leur confrérie. Plus actifs ou plus généreux que les administrateurs de l'Hôtel-Dicu et que les seigneurs de Frontebosc. ils s'empressaient, dès 1 5Q5, de faire reconstruire la chapelle des Trépassés et la galerie qui y faisait suite, après en avoir obtenu îa permission de l'amiral de Villars et du Bureau de l'Hôtel-Dieu. En 1 596, des imaginiers relèvent la croix du cimetière et restaurent les statues de YEcce homo, qu'il ne faut pas confondre avec celles de la chapelle Saint- Etienne (2). On fait revenir la

(1) On connaît encore l'hôtel du Petit-Montier en la rue Cauchoise.

(2) Croix du cimetière reparée par Robert Chrétien, maçon ; piédestal et croix en bois, oeuvre du frère Louis Guillebcrt. 22 1., vers 1 570. Croix de pierre du cimetière raccoûtrée par le sculpteur Pierre Le Sénéchal, en 1609.

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menuiserie du chœur, qui avait été mise en dépôt chez les cordeliers de Rouen. En 1 597, on répare les verrières aux dépens d'un .des maîtres ; on rapporte de Saint-Godard deux statues qu'on y avait placées pour les soustraire à la profanation pendant les troubles.

En novembre 1604, on paie 6 1. à l'évéque de Damas pour avoir béni deux autels de la chapelle et celui de la galerie; et 12 1. à Jean Dusaussoy, ancien maître de la confrérie, pour l'indemniser des frais du dîner qu'il avait offert à ce prélat.

D'autres articles de dépenses sont à noter, soit parce qu'ils nous fournissent des noms d'artistes, soit pour les renseignements qu'ils nous procurent sur certaines particularités archéologiques.

On raccoûtre, en 1609, la chaire du prédicateur. On paie, pour cela, 12 1. au menuisier Nicolas Roussel, et Ton achète pour 14 sous de frange. Cette chaire, suivant l'usage général du pays, était ornée de tentures qui variaient suivant les circonstances. En 1604, maître Jean Agnès, avait donné, pour la décoration de la chaire, une courtine de toile noire, bordée de figures de tètes de mort et de larmes.

Il est encore question, en 1 O09, d'un image qui avait été donné par le frère Robert Le Tellier, et que Ton fit peindre : de 6 anges donnes par un autre frère, qui furent placés aux deux côtés du crucifix; d'un goupillon (vipillon) qui fut attaché à un image de sainte Marthe, servant de reliquaire.

On paya, en 161 1, i5 1. ù David Delamare pour avoir fait Y image des Macabez (Machabées) (1).

(1) On peut se demander pourquoi représenter les Machabées plutôt que tant de saints de la religion chrétienne qui avaient sacrifié leur vie avec un héroïsme comparable au leur. Ne seraitce pas à cause de la profession de foi en la résurrection et en l'efficacité de la prière pour les morts, contenue dans leur histoire? On sait que quelques archéologues voient dans le mot macabre une altération du nom machabée.

En 1644. on donna 5 1. 10 s. à un peintre pour avoir rafraîchi les images de la Résurrection, déjà restaurées, en i6o3 t par Pierre Brémontier, sculpteur, et qui surmontaient le maître-autel. On paya, cette même année 1644, 8 1. 1 5 s. pour la sculpture et la peinture de YEcce homo.

En 1628, Jean Pinchon reçut 35 s. pour avoir remis en plomb la verrière de la Cène, qui était au-dessus de Tune des portes de la chapelle. Le même verrier fut chargé, de nouveau , de la restauration générale des verrières en i635. Guillaume Le Vieil les répara, à son tour, en 1068, 1680 et i685.

En 1673, on rit démonter la clôture du chœur. On y fit mettre des portes et l'on replaça plus haut le crucifix. Ce travail dut entraîner la suppression du pupitre ou jubé que Ton voit clairement désigne dans un compte de 1609.

Jouvenet fit un bénitier neuf pour 4 1. 10 s. en 1676.

Un menuisier, renommé pour son habileté, Pierre Le Poulletier fit, en 1677, la contretable du maître-autel, dans le goût qui était alors à la mode.

La galerie qui faisait suite à la chapelle était, comme nous l'avons dit, ornée d'un autel. C'était, j'imagine, une construction dans le genre de celle qu'on voit encore au cimetière de Brisegarct, près de Montivilliers. David Delamare, déjà cité, donna, en 161 1, 28 aunes de toile pour tendre cette galerie les jours où il s'y ferait quelque prédication. Jean Pinchon en répara les vitraux Tannée suivante.

En if>4Ô, on se cotisa pour rebâtir la galerie, et Ton s'adressa, pour cela, au maçon Henri Gosset, et au menuisier Nicolas Roussel. Mais, dès 16:9, on ne trouvait plus suffisant ce qui avait été fait : la galerie paraissait trop petite pour contenir le peuple qui y venait entendre les sermons aux dimanches et bonnes fêtes de l'année, et qui y restait exposé aux pluies et à toutes les injures du temps. On voulait d'ailleurs, par motif de piété, avoir le moyen de mettre a l'abri les os qui gisaient épars dans le cimetière, où ils étaient laissés à la merci des chiens et

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des autres animaux. On décida donc de taire aj galerie, de lui donner la largeur de la chape! faire construire au-dessus un étage à usage de ch

Je ne saurais dire où était placée la chambre d blées de la confrérie. Ce que j'en puis dire, c*es porte en était ornée, en i f» 1 4, d'un rideau où et sente un Ecce homo, œuvre du frère Pasquet

En 1785, la chapelle des Trépassés fut reconi majeure partie. D'après le devis qui 'existe aux . elle contenait 63 pieds de long sur ifi de la œuvre, et était accompagnée d'une sacristie, qui suite, de i5 pieds de long sur autant de large, de laquelle on mit la chambre des assemblées. P reconstruction, on dut démolir le comble ainsi <] cher de l'ancien bâtiment. On ne laissa subsist murs de maçonnerie. Les travaux, dont fut chaq preneur A.-B. Le Jeune, coûtèrent aux confrère

Pendant longtemps la confrérie n'employa, j quit des offices, d'autres ecclésiastiques que lesre l'Hôtcl-Dicu. Mais la confrérie se maintint toujo ù la faveur publique, tandis que les religieux fil être à peu près complètement évincés Ju cimeti résulta peu a peu pour elle une* véritable indép elle finit par avoir son chapelain particulier, et régler ses offices directement par l'autorité diocéi

On conserve aux archives Ju département le des Offices qui se faisaient en la chapelle des Tréj

La grand'mes^e ^'y disait à neuf heures ch manche, et était annoncée par troU sons de huit heures, huit heures et demie, huit heures tro On y faisait l'eau bénite et le pain bénit

On v disait aussi les vêpres à deux heures et < hiver, et a trois heures, en été.

Lolfice y était célèbre, avec une grande sole jours suivants Rameaux. Pâques, lundi Je Pâq tecôte. lundi de Pentecôte. Toussaint. Comme

des morts, fêtes des saintes reliques, et de saint Lazare. La messe de minuit, à Noël, y était célébrée de même que dans les églises paroissiales.

Quelques cérémonies conservaient le souvenir des premières relations de la confrérie avec l'Hôtcl-Dieu. Ainsi, ù la fête de sainte Marthe, le clergé devait partir de la chapelle en corps, avec la croix et les chandeliers, pour se rendre à l'heure ordinaire dans l'église de la Madeleine, et de là aller en procession faire station dans quelque église.

Le premier dimanche de carême, le dimanche de Quasimodo, de même qu'à la fête de sainte Marthe, l'office se faisait, toute la journée, par les religieux de THôtel- Dieu.

Des prédications avaient lieu très fréquemment dans cette chapelle aux frais des confrères. On peut citer, parmi les meilleurs prédicateurs de la ville qui consentirent à s'en charger : Marin Le Harenger, jacobin, 1 565» 1 566, i5jo, Ô72; Plumctot, cordelier, 1 565, 1 566, 067. i56<), i5jo, 1 57 1 , 1572; Jacques Le Hongre, jacobin, 1 565, 1 568, i56<j, 1571, 1572, i573;M. Lempereur, i56S; Goullc, prédicateur de l'avent à la cathédrale, 26 décembre 1571 ; M» Boette, 1 573 ; Michel, prieur des Augustins de Rouen, plus tard provincial, 1 573 ; Olivier, augustin. même année; le carme Martel, i58o, 1 585 ; Carré, 1 585 ; Tholle, 1 585. i588; Natalis, i586, 1 588 : M e Rioult, 1 586 ; Taillepied, l'auteur des Antiquités de la ville de Rouen, 1587; Brocssin, 1 58c> ; frère Louis Gravatel, i5yo; Le Roy, gardien des cordeliers, i5<j3; Samson, docteur en théologie, prieur des Augustins, 1600; Masquerel. carme, 1602, i6o3, 1610; le curé d'Arqués, i6o5; Martel, jacobin, 1606, 1608; Le Noir, augustin, 1606, 1616; Guéroult, carme, i6o<), 1614 ; Soret, carme, 1632; le P. Séraphin, capucin (dont les sermons ont été publiés), de 1666 a 1675; le F. Ambroisc, autre capucin, de 1675 à 1686.

En 1567, on payait aux cordeliers, pour vingt-cinq sermons faits par Plumetot, la somme de 12 1. 11 s. Vers cette époque, les honoraires d'un sermon solennel ne dépassaient pas la somme de i5 sols.

A l'occasion des prédications, des quêtes étaient faites parmi les fidèles, qui ne manquaient pas de se porter en foule au cimetière Saint- Maur.

Il est à remarquer que si les peintres et les sculpteurs étaient affiliés, en général, à la confrérie des Trépassés, il s'y trouvait aussi, et en grand nombre, des personnes appartenant aux différentes classes de la société, et même aux classes les plus élevées.

Dans les derniers temps la chapelle des Trépassés, dite de Saint-Maur, fit oublier celles de Saint- Etienne et de Saint-Nicolas.

\jl seconde avait été rétablie après le siège de 1 5q3.

L'Histoire de Rouen, de ij3i, en parle comme d'un établissement encore subsistant à cette époque. Mais, quelques années après, il n'en était plus question. L'autre, celle de Saint-Nicolas, avait été restaurée, en 1602, aux frais des administrateurs de l'Hôtel-Dieu. Un arrêt du Parlement, du 27 février 1672, rendu sur la plainte du couvent, les condamna à la faire remettre en état. Mais comme elle n'était que d'une faible utilité, on n'y prit pas grand intérêt, et bientôt on la laissa tomber en ruine. Une ordonnance de l'archevêque, du i3 juin 1740, en autorisa la démolition ; et ce furent les religieux eux-mêmes qui sollicitèrent cette mesure, contre laquelle il n'y eut aucune protestation.

La confrérie des Chandeliers s'y était réunie pendant longtemps, avant de se fixer en l'église delà Madeleine.

Jusqu'ici il n'a été question dans ce mémoire que de chapelles et de confréries : j'ai maintenant à m'occuper du cimetière Saint-Maur. en tant que cimetière proprement dit, en m'attachant à faire remarquer ce qu'il présentait de particulier. Le sujet est lugubre; mais il peut prêter à

des observations assez importantes, si l'on veut comparer entre eux l'ancien temps et le nôtre.

Le cimetière Saint-Maur n'était, à l'origine, que pour les frères, les sœurs et les pauvres de ï Hôtel-Dieu. Mais les pauvres étant considérés comme les principaux amis de Jésus-Christ, il arriva bientôt que la piété fit choisir assez fréquemment ce cimetière par des personnes riches, non-seulement de la ville, mais de diverses localités du diocèse (i).

Nous avons déjà cité Vincent du Valricher. Avant lui, Robert Le Tartarin et Emmcline, sa femme, avaient fait une donation a l'Hôtel- Dieu, en demandant à être enterrés in cimiterio hospitalis. L'acte est de 1275. Jean Du Désert, curé de Bertheauville, au doyenné de Valmont, fait également, en 1291, une donation aux religieux de THôtel-Dieu, et par le même acte il choisit sa sépulture in eorum cimiterio apud S. Nicolaum de Bcllovidere. Plus tard, Jean Filleul, conseiller en cour laie, demande par son testament qu'après son décès « on convoie son corps en Téglise Saint-Mor jouxte Rouen, en la compagnie de ses amis ; et qu'on en fasse l'enterrement eu chimetière, dehors l'église, bien et notablement, » 5 sept. 1429.

Pareilles clauses se remarquent parmi les dispositions testamentaires de messire Geofiroi Behourt et de dame Eudelot, sa mère, 17 mars 1437; de Richard Quesnel, curé de Saint-Ouen-du-Breuil, chapelain de la cathédrale, 1449 ï de Guillaume Auber, curé de Nucourt, autre chapelain de la même église, 1481 ; de Denis Pilée, curé de Limésy, 16 mars i5o3; de Guillaume Oursel, curé de Saint- Jacques d'Alihermont, 1 3o8.

(1) Le cardinal d'Estouteville, dans des lettres que nous avons précédemment citées, L» désigne en ces termes : Cimiterium commune... in quo corpora sive cadavera deffunctorum sepeliuntur, et tam de monasterio sive hospitali Béate Marie Magdalene, quam civitate et dioecsi Rothomagensi caritative portantur et inhumant ur. (20 sept. 1454.)

Pilée annonce qu'il a choisi Saint-Maur parce que c'est communis sepultura pauperum } Oursel déclare • qu'il a singulière dévotion à Saint-Mor, en l'oratoire hors Rouen. »

Le même motif, est plus amplement indiqué dans le testament du chanoine Guillaume Le Brument : c Quoniam michi, spiritualium graciarum munera mendicanti et temporalium bonorum copia non habundanti, superfluum videtur, juxta B. Augustini tradicionem, funeris ornatus et preciosa exequiarum pompa, corpus tneum ecclesiastice in loco humili tradi cupio sépulture, videlicet in cimiterio prioratus sive oratorii S. Mauri prope Rothomagum, intra quoi fidèles plurinn \ magna eu m devotione, ad humiles sepius preces concurrunt, ut saltem orationibus salus anime mee adjuvetur, i5o8. » Il est à remarquer que cet article fut biffé, vraisemblablement par ordre du Chapitre ; et que l'enterrement de Le Brument se fit, suivant l'usage canonial, dans l'enceinte même de la cathédrale.

Thomas Le Prévost, drapier de Saint-Nicaise, ordonne, par son testament, qu'après son décès son corps « sera porté de soir à THostel-Dieu pour estre mis au charriot dud. lieu avec les autres pauvres trespassés, et être porté avec yceulx au cimetière Saint-Mor, » 16 janvier 1 558 (1).

La même année, le 18 février, Olivier Loisel, mirouyer, ouvrier en la monnaie de Rouen, demande que son corps « soit mis dans le charriot de lTIostel-Dicu de la Madeleine, pour être porté au cimetière Saint-Maur, avec les corps des pauvres dudit Hostel-Dieu 12). •

L 1 Histoire de Rouen cite comme enterrés dans ce cimetière. Simon Osmont. sieur de Fresquiennes, 1 5i 7 ; Pierre (iuérin, notaire et secrétaire du Roi. décédé en 1440, et Madeleine Deschamps, sa femme; dame Thomasse Huilard, en son vivant, femme de Guillaume De la Roche,

(1) Tabellion. Je Ruucn, meubles, (a) Ibidem.

sieur de Vandrimare, décédée le 2 novembre Ô14, et aux frais de laquelle un charnier fut construit ; Jean Le Goupil, sieur des Noyers, décédé en 1440.

La chapelle de Saint-Nicolas contenait nombre de sépultures de religieux et de religieuses . On y voyait aussi celles de Louis de Pillays, secrétaire et familier du Dauphin, fils de Colartde Pillays, chevalier, sieur d'Ablègeset deBerselou, décédé en 1400; — de Nicolas Pillays, sieur des mêmes fiefs, décédé le 11 mai 141 5; — de Marie Mahieu. sa femme, décodée le 11 octobre 1416; — de Jacques Lamy, maître des arbalétriers de Rouen, décédé le 28 octobre 1417; — d'Aloncc de Civillc, vicomte de Rouen, décédé le 26 mai i552; — de Marie de Saldaigne, sa femme, décédée Tan 1576; — de François Deudemarc. chanoine de Rouen, décédé le 2 juillet 1 635.

La tombe la plus connue était celle sur laquelle on lisait cette inscription : « Ci gissent les entrailles de messire Guillebcrt Talbot, chevalier anglois, qui mourut le 18 octobre 14 18. » Le défunt y était représenté portant son cœur dans ses mains, d'où ce proverbe longtemps en usage à Rouen : « Il ressemble à Talbot. Il porte son cœur. • On avait gravé sur la pierre les armoiries de Talbot, qui étaient : « Ecartclé, le i cr et le 3«\ de gueules à un lion rampant, et les 2 autres, d'azur à 2 léopars lyonnés passans, de gueules. • L'inscription et les armoiries ont été mentionnées par l'historiographe de cette ville, Farin. qui a pu les voir sur place.

Je ne trouve à signaler, comme ayant existé dans la galerie de la chapelle Saint-Maur, que les tombes de Marie Baudren, décédée le 18 juillet 1628, et celle de son père, Antoine Baudren, commis au greffe de l'Hôtel-de-Ville; et, dans la chapelle Saint-Etienne, que la tombe de Guillaume Toustain, sieur de Frontebosc, de Limésy, etc.. décédé en 1 535, et celle de Marie Toustain, veuve en secondes noces de Pierre Le Brun, sieur de Fresnay, décédee le 22 février 1 5 96.

Il est à présumer qu'au moment de la démolition de ces chapelles, au siècle dernier, on ne prit aucunes dispositions pour assurer la conservation de ces diverses tombes, bien qu'elles eussent été signalées dans un ouvrage très répandu, YHistoire de Rouen.

Asile des pauvres et de ceux qu'un motif de piété avait engagés à se confondre avec eux, ce cimetière fut aussi, à raison, sans doute, de son éloignement de la ville, affe-té à recevoir les cadavres des pestiférés. On en retrancha une partie près du jardin du prieuré, qui fut attribuée aux protestants pour ceux de leur religion qui étaient enlevés par la peste. Mais cela dura peu : ce terrain fut rendu au prieur, le 21 juillet 1612 : on donna aux protestants, en remplacement, un terrain proche du Cha m p-du- Pardon (n.

(1) Pendant longtemps le Bureau de l'Hôtel-Dieu ne se crut pas permis d'envoyer au cimetière Saint-Maur d'autres cadavres que ceux qui avai.nt pusé dans cet établissement et les cadavres des catholiques. C'est ce qu'il objecta à un sieur Gyrauld, qui demandait de faire porter à Saint-Maur, par quatre hommes, le corps de Prévost, contrôleur de l'artillerie, 3 mars 067; — aux amis d'un nommé Adrien Blanchet, héruique et sacramentaire, décède en la maison du halhg-, qui voulaient le faire enterrera Saint-Maur, avec la potence, ainsi que les protestants avaient accoutumé, 10 avril \b~o. Cependant, le 2 décembre de cette même année, on accueillit la demande de Romain Aubery « qui avoit supplié que son corps fût reçu à l'Hôtel-Dicu et porté inhumer ainsi qu'il est aceoutumé de faire pour ceux de la R. P. R. » On y mit cependant pour condition que le corps serait apporté le soir, «pouréviter émotion et scandale.» Cet acte de tolérance fit une mauvaise impression, comme on le voit par cette délibération, prise le 2 mai 1371 : « Sur la clameur taie te par aulcungz catholiques, que les corps de ceulx de la R. P. R. estoient indifféremment portez inhumer avecques l-.s corps des catholiques, a esté faict venir le charretier de la maison de céans, auquel a esté deffendu lie porter ceulx de la R. P. R. sinon en la façon accoustumée, en unglieu prophane, joignant le cimetière de Saint-Maur, ainsy qu'il a esté faict cy-devant, suyvant les arrtstz de la Cour. »

Malgré les trois chapelles qui le décoraient, rien, surtout en temps de peste, n'était plus triste, plus désole que ce cimetière de Saint- Maur.

A ce sujet quelques traits sont à noter. Signalons d'abord la négligence avec laquelle, pendant un assez long temps, se firent les inhumations.

(Voir aussi M. Floquet, Histoire du Parlement, t. 111, p. 63, où sont racontées les scènes violentes qui eurent lieu, à l'Hôtel- Dieu, au sujet du cadavre d'un huguenot que le peuple voulait traîner à la voirie.) — Samedi io décembre iGn. « Aucuns de la R. P. R. (Bauquemare, le baron de Courtomer, De la Rivière, etc.) a voient demandé le jardin du piicur de céans, proche et contigu le cimetière Saint-Maur, afin que, suivant l'Édit du Roy, et selon qu'autrefois ils l'avoient possédé, ils y pussent inhumer leurs corps morts de peste. » Regnard , maître des requêtes, fut nommé commissure pour aviser sur cette réclam.ition. On offrit aux protestants, entre les portes Saint-Hilaire et Beau voisine, près des fossés, une acre de terre ou environ. Ils refusèrent ce terrain. Mais quelques années après ils se contentèrent d'une vergée de terre appartenant à l'Hôtcl-Dieu, au Champ-du-Pardon, non loin des fourches patibulaires. Le i" février iô58, on mentionne « hors la porte Bouvreuil, au triège du Champ-du-Pardon, par. Saint-Godard, 2 jardins, d'une acre et demie, plantés d'arbres, près d'une place close de murailles où l'on enterre les corps des personnes de la R. P. R. qui décèdent de la contagion ». — Il ne faut pas confondre ce cimetière avec le cimetière ordinaire des protestants qui était situé en la paroisse Saint-Vivien, à l'extrémité de la rue Saint- Hilaire: celui-ci ne fut supprimé qu'après la révocation de l'Edit de Nantes et fut alors donné à l'Hôpital Général. C'était un terrain clos de murailles, planté de sycomores, entouré d'une rangée d'arbres, et estimé à 40 1. de revenu. La personne à qui on le loua eut la malheureuse idée d'y faire établir des jeux de boule. Le curé de Saint-Vivien réclama contre cette indécence, et le jardin fut loué à un autre locataire qui en tira parti d'une manière moins inconvenante. — Un autre cimetière à l'usage des protestants se trouvait à Saint-Sevcr, rue aux Chiens : il fut aliéné le 28 juin 1689.

Les corps étaient enfouis à une si faible profondeur qu'il arriva plus d'une fois que les chiens et les loups en firent leur pâture. C'est ce dont se plaignit Guillaume Le Roy, drapier de la rue Cauchoise, maître de la confrérie des Trépasses, 12 mars 1564. Mêmeplaintele 21 avril 1607.

Figurons-nous encore la fosse commune. Elle est citée en 1574, dans une délibération qui prescrit de jeter de la terre sur les corps entassés dans le charnier. Le 18 mars iôii. on fit marché pour faire un nouveau cerne pour l'inhumation des pauvres : il devait avoir 48 pieds en carré. 20 pieds de profondeur avec une descente pour conduire plus aisément le charriot qui portait les corps audit cerne.

« 1 1 avril 1Ô2Ô, conformément à la requête de la confrérie Saint-Maur, le lieutenant général du bailliage fait procéder à la visite du charnier, où Ton enterre ordinairement les corps, clos d'une haie de bois mort d'espine. soutenue et liée avec des pieux, distante dudit charnier de 60 pieds ou environ , aux dépens des confrères. » N'est-il pas curieux de voir ces derniers supporter, dans cette circonstance, une dépense qui paraît si naturellement rentrer dans les charges de la police municipale?

Le i5 juillet i65o, on fait venir le charretier, et on lui commande de recouvrir de terre les corps qui étaient dans le charnier.

Si désolé, si lugubre que lut ce cimetière, on ne laissait pas de s'y porter en foule à de certains jours de l'année. (Tétait le lieu que l'on choisissait aussi de préférence pour les distributions d'aumônes en faveur des défunts, de ceux mêmes qui avaient ailleurs leur sépulture.

Le chanoine Guillaume Le Roux, qui, conformément à ses dernières dispositions, fut inhumé au Bourgthcroulde, principale résidence de sa famille, avait ordonné par son testament de distribuer, à l'occasion de ses obsèques, aux pauvres qui viendraient au cimetière Saint-Maur. 5o mines de blé en pain, et 4 poinçons de vin.

Le jour du premier service fait a Rouen pour les obsè-

ques du cardinal d'Amboise, ministre de Louis XII, on Ht une distribution de douzains à tous ceux qui se présentèrent au cimetière Saint-Maur. Il s'y rencontra plus de 20,000 personnes. Il est vrai que cette distribution avait été annoncée à son de trompe, 3 ou 4 jours à l'avance.

Le mardi des Rogations, une foule de peuple s'y rendait à la suite de la procession générale de toutes les paroisses et de toutes les communautés de la ville, en revenant de r église Saint-Gervais où avait lieu la station (1).

L'affluer» ce n'était guère moins considérable le jour de la Toussaint. Ace sujet je citerai quelques ordonnances qui furent rendues à la requête des confrères de la confrérie des Trépassés, pour autoriser l'ouverture de la porte Cauchoise par laquelle on se rendait habituellement à ce cimetière.

« Il est mandé au portier de la porte Cauchoise de Rouen de la tenir ouverte depuis l'heure de midi , jour de la Toussaint prochaine, jusques à l'heure de 5 heures et demie du soir, en faveur et pour l'exercice de dévotion qui se faict en la chapelle Saint-Maur par les confrères d'icellc et aultres led. jour, parce que le sieur David Delamare, maistre de la confrarie dud. Saint-Maur, sera tenu y mectre, de sa part, ung personnage notable à garder lad. porte et y faire venir deux des harquebousiers de la ville estantz de lad. con frai rie, sçavoir Jaques Gouel et Jacques Enoc, ausquels il est mandé se trouver à l'ouverture, garde et clausion de lad. porte. Faict à Rouen le 25 e jour deoct. 1610. Signé : de Hanyvel. »

Pareille permission, sous les mêmes conditions, est donnée, par le Bureau de l'Hôtel-de-Ville aux confrères des Trépassés, le 3o oct. 16 14.

(1) 8 mai 1620, « à cause de la contagion, la procession du mardi des Rogations qui va ordinairement à Saint-Gcrvais ne passera pas par dedans le cimetière Saint-Maur. » — i3 mai 1 572, ■ jour des processions, a esté cueilli, aud. lieu de Saint-Mor,

Le 3o oct. 1629, requête adressée à Mgr le duc de Montbazon, gouverneur de Normandie, par les chapelain, prévôt et maîtres de la confrérie.

Ils y exposent que, « à l'occasion du jour de la Commémoration des Trespasséz, qui devoit avoir lieu le lundi prochain, plusieurs notables bourgeois et habitans de la ville, meus de pitié, sortiroient hors de la porte Cauchoise, le jour et feste de Toussaincts pour se rendre en la chappelle des Trespasséz fondée au cymetière de Saint-Mor, lieu non moins remply de dévotion, pour le nombre infiny des corps que l'on y ensépulture, que Saint-Innocent de Paris, pour, en ce dit lieu, entendre la prédicacion qui se fera, icelluy jour de Toussainctz, 2 heures après midy, assister en dévocion au service que l'on y célébrera pour les âmes des ridelles deffunts en général, les corps desquels reposent, tant en lad. chapelle que aud. cimetière. Et d'autant qu'à cause de lad. feste de Toussaincts l'on tenoit les ponts levez et portes de ceste ville fermez (1), qui faisoit que l'on avoit peine de sortir et entrer pour exercer lesJ. œuvres pieuses et dévoues, • pour cette considération, ils demandaient « qu'en faveur de ces dévotions, conformément aux ordonnances des sieurs conseillers échevins, dont ils représentaient un extrait, il plût au gouverneur de la province, de commander au capitaine qui seroit, le jour de Toussaincts, en garde en la porte Cauchoise, ensemble au portier d'icelle, d'en faire l'ouverture et la tenir ouverte depuis l'heure de midy jusques a 6 h. •. La permission fut accordée; mais le temps fut limité entre 2 heures et 5 heures du soir.

On aurait peine à le croire, si Ton ne savait combien autrefois on était familiarisé avec les images de la mort (2),

(1) Présentement les jours de fete, \\ population des villes se répand dans les campagnes environnantes. Autrefois, ces mêmes jours, elle y était renfermée plus strictement que les jours ordinaires.

(2) Ce fut le xvi' siècle surtout qui se fît remarquer par son

ce fut toujours avec le plus grand regret, même en temps de peste, que les frères abandonnaient ce lieu de désolation, et c'était avec bonheur qu'ils y rentraient, dès* qu'on voulait bien le leur permettre.

Les sentences d'interdiction rapprochées de celles qui les annulaient, permettraient de préciser la durée de ces terribles épidémies qui , si fréquemment , aux xvi* et xvii* siècles, affligèrent notre ville. Mais ii faut se borner à de courtes indications.

Je vois que la confrérie fut transférée aux Béguines, à raison de la maladie contagieuse, aux années 102 3. 1024,

Le 5 mars de cette dernière année, on fit dresser par l'avocat Baudry {c'était, je pense, un confrère une requête a la cour pour faire rapporter l'ordonnance de M. delà Ferté, lieutenant général au bailliage, par laquelle il était défendu de célébrer le service divin, de prêcher dans la chapelle des Trépassés et même de tenir ouvert le cimetière Saint-Maur. On alléguait que tout danger avait cessé. On ne put, cependant, être autorisé à y reprendre les exercices ordinaires qu'à partir du premier dimanche de carême 1627. Le lieutenant général con-entit alors que les marqueurs [ceux qui marquaient le> maisons des pestilérés et faisaient transporteries cadavres par lecharriot de rHôtel-Dieui se retireraient du cimetière et laisseraient les portes libres aux maîtres et confrères pour continuer à faire dire le service divin en leur chapelle.

En IÔ33 la confrérie est encore transférée aux Béguines, pour cause de la contagion. Ce fléau l'y retient de 1 63 3 a

goût pour le lugubre. Il est aisé de le constater non seulement p.ir les tombes, par la décomion de» églises et des cimetières, où s'étalaient les danses macabr.-s, par nombre de compositions littéraires, mais encore par les singulières décorations des maisons privées.

En iô3S, clic passe en l'église Saint-Sauveur et ne peut retourner à Saint-Maur qu'en it">3«j.

Kn i63i, il lui faut se retirera Saint-Michel : elle revient à Saint-Maur vers la tin de iô33.

Quelques annéesaprès, en 1007, nouvel exil causé par une épidémie, très meurtrière, et qui ne prit fin que dans le* derniers mois de l'année suivante. Les confrères se hasardèrent, le 20 oct. lotît), à demander l'ouverrure du cimetière pour y continuer, je rapporte les termes de leur supplique. • le service divin tel qu'il était fait depuis plus Je 200 an<. afin de satisfaire à la dévotion d'une foule innombrable de personnes d'>nt les parents défunts reposaient à Saint-Maur, en attendant la Résurrection glorieuse. » La permission leur lut accordée le z$ janv. 1670. pour valoir a partir du i rr mars suivant.

Depuis cette époque il n'y eut plus, à Rouen, de rentable peste ; la confrérie put tenir, sans interruption. ses assemblées au lieu qui lui était propre et qu'elle affectionnait.

Il nous reste encore, comme souvenir de cc> funestes épidémies, la tombe des i<) pères capucins qui périrent \ictimes de leur de\oucment aux pestiférés, dans les années n-ii. 1**2? et 1*124. ^ c mc idt * un devoir de transcrire ici leurs noms : les pères Christophe, d'Amiens; Sebastien. iL Rouen: Illuminé, de Rouen: Julicn.de Ne*ie; Itarthvleim. d Mu : Josaph.it, de la Poterie: Anicc. de Rouen : ( jirard. de S.iint-Lo : Nicolas, de (laen : Simon. de Rouen: 1-elix. de Valo^nes; Maclou, de Dieppe; Jeanha pi isie. du Ha\re: (iharles. d Honflcur : Alphonse. de Rouen: Y\ev de Mmut'ort ; Claude, de CherSourg : Me xi s. de Rouen 1 ■

1 Kn l.i «.h.ipcllc île Hc.iiiMitr ^n voyait aussi la tombe Je

!riu l'u-rrc I .-.- Ml- rui. rel.pcux Je I'HôicI-Djcu, mort de la peste

ri i''4> . .i.ltr !<. Mir:<. Al >i.nTicntMt ( religieuse, morte «le U

j«c*ii . le 2 oit. i'ViS. « li- Jtxicnu* i«»ur jpre» t'élre conti

L'inscription qui avait été mise sur leur tombe avait été

détruite pendant la Révolution. Elle fut rétablie en 1822.

aux frais et par les soins de la ville, sur la proposition de

M. de Martainville, maire de Rouen. Elle est ainsi

conçue :

« Ici reposent les os

Des pères capucins qui s'étant dédiés

A l'assistance spirituelle des malades

De la peste pendant les années

1622, 1623 et 1624

Y ont fini leurs jours dans l'exercice

De la chanté.

Leurs cendres éloignées de celles

De leurs frères sont les illustres

Marques d'un zèle qui n'a pu être

Empêché ni par la crainte de la

Maladie contagieuse ni par l'amour

Que les hommes ont naturellement

De vivre.

Le même évangile qui les avait déjà

Dépouillés de tous les biens de la terre

Les a fait mourir dans le lit d'honneur

Puisque c'est en exerçant la charité

Qui est la première de toutes les vertus.

Porte une sainte envie à leur condition.

Si tu ne veux être méconnoissant ne refuse pas

Tes prières à ces âmes généreuses

Qui ont sacrifié leurs corps

Pour le bien être du public {iV •

pour l'amour de Dieu au servue des pauvres malades de 1 1 pests dans le lieu Je sunte ». L'n registre de cet établissement nous apprend que, du i" janvier au 3i décembre 10^7, il y entra 3,3 1 3 pestiférés. Mais combien d'autres étaient morts dans des maisons particulières et avaient été transportés directement p ir les marqueurs au cimetière Saint-Maur!

( 1) L'ancienne inscription portait. « pour le bien du public.»

A pan cette tombe, le cimetière était nu. On n'y voyait aucune de ces croix, ni de ces petits parterres de fleurs, qui déguisent, présentement, à nos yeux, l'horreur des tombeaux.

Dans les signes extérieurs qui nous servent à témoigner notre reconnaissance et notre affection pour ceux qui ne sont plus, il y a, on me pardonnera de le dire, de la mode comme en toute autre chose. Sans parer leurs sépultures, comme nous aimons à le foire maintenant, nos pères les respectaient autant, sinon plus que nous : ils avaient moins souci des ornements extérieurs et plus de piété envers les restes des défunts.

N'est-ce pas par ce sentiment qu'il faut expliquer la longue conservation de la tombe de Bedford, dans la cathédrale, et de la dalle funéraire de Gillebert Ta 1 bot, dans la chapelle de Saint-Nicolas, au cimetière Saint-Maur, dont nons avons parjé précédemment ? Les noms qui s'y trouvaient inscrits rappelaient pourtant le souvenir d'une époque néfaste, de la domination étrangère, des hommes qui avaient le plus contribué à l'établir.

Le même sentiment est encore plus clairement attesté par l'usage où l'on était autrefois de porter à Saint-Maur. comme dans un lieu consacré par les cérémonies de la religion et protégé par la dévotion du peuple, toutes les terres que Ton tirait, chaque année, des cimetières de la ville et de l'enceinte des églises afin de remédier à l'exhaussement du sol, conséquence forcée d'inhumations multipliées. Quant à la preuve de cette pratique, on la trouve dans tous les comptes des fabriques, et Ton n'a que l'embarras du choix (t).

( i ) Comptes de la paroisse Saint-Jean de Rouen : 1 636. « Payé à celui qui mène le charriot delà Madeleine, pour 3 bcllenées de terre de lad. église, pour porter au cymetière Saint-Mor, 20 s. — 1637, au charretier de la Madeleine, pour avoir porté 4 voyages de terre à Saint-Maur durant l'hiver, 3 a s. — i63q, payé a Henri Marquis, maître maçon, la somm. k de 4 1. 19 s., pour

Ainsi le cimetière Saint-Maur était véritablement le campo santo de la ville de Rouen, bien qu'on ne voie pas qu'on y ah apporté, comme dans celui de Pise, de la terre de Jérusalem, et que très certainement aucun rival de Giotto n'ait travaillé à sa décoration. Mais c'est déjà quelque chose que nos peintres, nos imaginiers, nos verriers, se soient pris d'affection pour ce cimetière, et peut-être aurions-nous eu à signaler, dans cet asile de la mort, quelque œuvre remarquable, sans les ravages des guerres et des révolutions.

Une fois cependant le cimetière Saint-Maur fut profané, et le fait donna lieu a un procès qui émut vivement l'opinion publique, et se termina par une sentence du lieutenant-général criminel de Rouen, du 23 avril 1735. Au mois de décembre précédent, un cadavre avait été enlevé pendant la nuit, « crime d'autant plus condamnable qu'en troublant ainsi les uzilcs destinez pour le repos et les cendres des morts, c'était manquer de respect pour les lieux saints et d'humanité à l'égard du public. • « Il n'est point de nation, disait le magistrat, chez laquelle la sépulture, quoi qu'accompagnée de cérémonies différentes, ne soit en très grande vénération; il n'est que les infâmes et

avoir par luy racoustré ung benesticr de pierre, que pour avoir faict porter les terres saine tes de lad. église au cimetière de Saint-Mor, 4 I. 19 s. t. — 1640, au charestier de la Madaleine, pour avoir porté des terres de l'esglise à Saint-Maur, 3os.— 1642, au chareticr de la Magdelene, pour avoir porté les terres de l'esglise à Saint-Maur, 24 s. — 1643, au charretier de la Madclcne, pour avoir porté les terres de lad. église à Saint-Maur, ib s. — F. de la paroisse Sainte-Croix des Pelletiers. 17 avril 1690, permission du curé de faire porter dans le cimetière Saint-Maur les terres qui lui seront incommodes dans le cimetière de son église, parce que le sol de ce cimetière était au dessus du niveau du sol de l'église, ce qui la rendait humide et malsaine. — F. de la paroisse N.-D. de la Ronde, 19 avril 1760, terres du cimetière de N.-D. portées au cimetière Saint-Maur. »

les criminels qui en soient privez, et, selon saint Paul, il y a autant de charité d'ensevelir les morts que de conserver la vie aux vivans. La terre est le siège des morts, et si c'est une impiété de ne les pas inhumer, de quel œil peut-on regarder ceux qui troublent leur repos! C'est une barbarie qui a été réprimée toutes les fois que la justice en a eu connaissance. » La sentence fut imprimée, lue, publiée et affichée aux carrefours de la ville et dans les faubourgs. Le corps, après avoir été reporté en l'église Saint- Patrice, fut inhume avec honneur dans le cimetière de Saint- Godard. Quant à l'auteur de cette profanation, il n'est pas signalé dans la sentence. Cest un égard que Ton eut pour le coupable, qui n'était autre que le célèbre Lecat. Lmporté par son zèle de savant, il avait dérobé un cadavre pour ses études anatomiques.

La sentence du lieutenant-général criminel était conçue en des termes que n'eussent pas désavoué ses prédécesseurs. Quelques années après on n'eût pas parlé de la même manière. Quand on supprima les cimetières, on fit peu d'attention aux sépultures : les dalles tumulaires des églises furent déplacées ou mutilées avec un sans-façon auquel personne ne trouva à redire.

Aujourd'hui il ne reste plus une pierre des trois chapelles du cimetière de Saint-Maur. Elles ont subi le sort de ces générations d'hommes qui, tour a tour, sont venues s'engloutir dans cet étroit espace, où l'on ne rencontre que des monuments des plus modestes, destinés tous, euxmêmes, à une disparition prochaine.

Du moins on a conservé les vitraux qui ornaient la plus intéressante et la dernière de c«*s chapelles, la chapelle Saint-Maur.

Le 17 prairial 1 7. #3. le peintre Le Charpentier, agissant en vertu dune commission du District, fit enlever ces vitraux, après les avoir fait soigneusement encaisser; ils turent portés au dépôt des objets d'art du département de la Seine-Inférieure.

Il est certain qu'ils ne figurent pas dans la liste de ceux qui furent plus tard attribués à la ville pour la formation du musée municipal. Ils restèrent, oublies, dans un coin de la préfecture, jusqu'à l'année 1820. que le Conseil général les accorda à M. Crevel, curé de Saint-Romain, pour la décoration de son église, où l'on peut les admirer encore li\

On voit que Le Carpentier avait fait enlever, le 6 prairial 170,3, delà même chapelle, 12 tableaux qui, sans doute. ne lui paraissaient pas sans mérite. Je ne saurais dire ce qu'ils sont devenus.

Je ne puis mieux finir cette notice qu'en rappelant un souvenir historique notable, qui se rapporte au lieu dont nous venons de nous occuper. Cest de Saint-Maur près de Rouen, juillet 1417. que sont datées les lettres de pardon accordées parle Dauphin, qui fut depuis Charles VII. aux

II) Ces verdures sont ainsi désignées dans un mémoire de l'innée 1680 : les 4 évangélistes; la Création; la Résurrection; un tableau où l'on voyait représenté le temple et la piscine ; Job; Je Déluge; Tohie; la Transfiguration ; la ville où Dieu parle au peuple d'Israël; la Multiplication des pains; l'entrée de Jésus au temple; la Salutation angel.que; les '< Maries; Jésus au jardin des Olives; JCsus en croix. — Le peintre Jean Le Vieil, demeurant à Rouen, paroisse Suint-Laurent, rue Beauvoisinc. avait été chargé de la restauration de ces verrières». Le chiffre de ses honoraires et la manière dont il s'était acquitté de son travail donnèrent lieu à un procès. On reprochait à Le Vieil d'avoir exagéré la dépens.', et. chose plus grave, « d'avoir osté la peinture des vitres, de s.»rte qu'il a voit causJ un dommage notable auxd. vitres, les plus hell.s de 1 1 ville. »» Les confrères non seulement ne voulaient rien lai payer: mais ils réclamaient, comme indemnité, une somme de 200 I. Les p.irties nommèrent pour experts, Pierre L.i Voûte, et Ja.qu.s Le Roy, l'un et l'autre verriers et demeurant à Rouen, ruj de la Potjrne. Ces experts ne furent pas agréés; le lieutenant-général s'en lapporta à l'expertise de M. Le Carpentier. maîtrj des ouvrages de la ville.

bourgeois de Rouen, coupables d'avoir pris parti pour le duc de Bourgogne et de s'être insurges contre l'autoriu royale. Le même lieu devait voir l'année suivante une partie de l'armée de Henri V, pendant ce long siège qui lit tant d'honneur à nos compatriotes.

NOTICE

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