DE SAÎNT-AMAND, A ROUEN
L'abbaye de St-Amand de Rouen possédait,au xvi e siècle, une église pour ses religieuses, qui faisait suite à une église spécialement affectée à l'office paroissial.
Cette église conventuelle était ancienne : elle datait de l'année 1254. Kllc mesurait, en longueur, 90 pieds ou environ, à prendre depuis la séparation de l'église paroissiale. dite alors le Pctit-St.-Amand, jusqu'au bout du chœur de ladite église conventuelle, en y comprenant l'épaisseur de» murailles. Sa largeur était de 32 pieds de dehors en dehors.
De chaque côté de cette église, il y avait une chapelle 'je crois qu'il faut entendre par là un bras de transept accompagné d'un autel», de 24 pieds de longueur sur 22 pied» de largeur.
Le tout était \oùté « en croisée d'ogyve avec arcs douhlcaux. » Ce sont les termes d'un document du temps, et je les emploie à dessein parce que. de nos jours, on a donné au mot ogive un sens qu'il n'avait pas pour le* anciens architectes.
Lntre le chœur et la nui s'élevait une four de pierre de *<> pieds de hauteur, à compter du pave jusqu'aux dalles. re\ élues de plomb et formant terrasse, sur lesquelles était pi^é un clocher de charpente, couvert d'ardoises, de «io pieJs de hauteur. a\%:c un hcll'roi où avaient été suspendues «• à 7 cloche*», tant grosses que petites. A Montivillicrs. ii'ius ;i\«m> \u les religieuses se plaindre de l'ambition du cmé et des pamisNiens de M -Sauveur, qui s étaient avisés de Une tabriquer des cloches dont la voix couvrait celle des
cloches du couvent. Les religieuses de St-Amand avaient pris leurs mesures pour que les paroissiens, leurs sujets, ne leur infligeassent pas pareille humiliation.
La tour était portée, suivant l'usage, sur les quatre piliers de la croisée.
Au commencement de l'année i?;o, on conçut de l'inquiétude pour la solidité de cette tour.
Guillemette de St-Amand. pour lorsabbesse, lit appel, le 2X janvier, aux principaux ouvriers de la ville.
C'étaient les maçons Jacques Channcvièrc, Pierre Laurens, Jacques Tourmente, lean Vanier, Augustin De Ry, les charpentiers Guillaume Cousturc. Claude Gigonde. Martin Cousture. Ils vinrent sur les lieux et procédèrent a l'inspection de l'édifice, en présence de l'abbcsse. de plusieurs gentilshommes et bourgeois de la ville.
Ils constatèrent • une petite ruine »à quelques pilier>dcl«» tour, et ne parurent pas y attacher une grande importance. Mais quelques jours après, lorsqu'ils re\inrent pour aviser aux travaux de consolidation nécessaires, le mal avait bien empiré: il était même devenu incurable. Ils reconnurent que trois des piliers de la tour s'étaient totalement éboulés et froissés depuis le fondement jusqu'aux chapiteaux sur lesquels s'appuyaient les voûtes. Us déclarèrent qu'il n'y « avoit moyen de retenir iceulx piliers, considéré le brief et éminent danger qui estoit en iceulx. qu'il n'y avoit aucune assurance, ad joindre que iceulx piliers n'estoient taicts que de petit bloc ou mouellon sans aucune ligature. •
Leurs prévisions, cette fois, n'étaient que trop fondée*. Le lundi 7 février, vers 7 ou S heures du soir, la tour, qui était composée, jusqu'à la terrasse ou plate forme, de bittes et grosses pierres de taille, s'écroula en écrasant l'église et en causant - de notables ahattemens et dommages, tant au cloistrv, dorteuil. chapitre, chambres, que autres plusieurs endroits d'icelle abbaye, pour le grand estonnement que telle et s y pesante masse, comme estoit ledit clocher, avoit fa ici en tombant. •
L'abbesse, effrayée de la responsabilité qui pesait sur elle, eut recours, dans cette circonstance, à l'autorité séculière. Le lieutenant-général du bailli, Jean de Brèvedem. se transporta sur les lieux, accompagné de Thomas Maynet et de Jacques Cavelier, l'un avocat, l'autre procureur du Roi. Après avoir constaté la gravité des dégâts. et vérifié que, pour les besoins du culte, les religieuses pouvaient provisoirement disposer d'une chapelle située dans l'enceinte de leur monastère, ces magistrats commandèrent à des hommes de l'art « de veoir, marcher et visiter la ruine en question et d'apprécier et estimer ce qu'il en pourroit coûter pour réédificr et remettre l'église en Testât qu'elle estoit avant l'accident. •
Les experts choisis furent, pour la maçonnerie : Jacques Channevière, Pierre l*aurens. Nicolas Gcllouys et Jacques Tourmente: pour la charpenterie, Guillaume Couture, Robert Langlois, Martin Couture.
Leur rapport fut rédige le 26 février. Les travaux de reconstruction furent évalués, par eux, à 25. 5oo liv. pour la maçonnerie; à i5. 000 liv. pour la charpenterie. Total 40. 5oo livres.
Ces constatations, faites authentiquement par les officiers royaux, et le rapport des experts nommes par eux, servirent de fondement à la demande que formulèrent, peu de temps après, les religieuses, à l'effet d'être déchargées de tous dons gratuits, décimes, emprunts, pendant une période de vingt ans, moyennant qu'elles employassent ce temps à la réédification de leur église.
En attendant une décision définitive sur cette demande. le Conseil d'Etat ordonna aux officiers royaux de les tenir en suspens et surséance quant aux réparations à foire, et leur fit défenses de les y contraindre par la saisie de leur temporel, 2 avril i56<).
Le principal intérêt des documents dont je me suis borné à donner l'analyse est de nous fournir quelques noms d'architectes et de charpentiers, et de nous renseigner
sur certaines formalités administratives, peu connues ou peu remarquées.
Je ne saurais dire si l'église fut complètement reconstruite, ou si, contrairement à Ta vis des experts, d'abord consultes, il y eut moyen de se contenter d'une simple restauration. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'au dernier siècle, l'cglisc paroissiale ne faisait plus suite à l'église conventuelle, qu'elle s'étendait parallèment, à quelque distance de celle-ci, en se rapprochant de la rue St.-Nicolas : qu'elle s'était accrue d'une ancienne chapelle, dite la chapelle St. -Léonard, d'abord réservée aux religieuses, affectée plus tard A la corporation des brasseurs, et séparée de l'église paroissiale par une muraille qu'on abattit avec la permission de l'abbessc. en ii"»33.
Ce fut, croyons-nous, dans cette chapelle que l'office divin se célébra pour les religieuses, dans les années qui suivirent la chute de la tour.
Les archives de l'abbaye de St.-Amand sont à peu pre% muettes en fait de renseignements archéologiques et artistiques. Peu de comptes ont été conservés, et ce qu'on peut relever dans ceux qui existent encore se réduit à peu de chose.
Compte de St.-Amand, du 3 nov. 1441 au 3 nov. 144:
• Pour le> Anglcys de S p Katherine, lesquieux avoient pris et arresté le ver (vcrrati de l'ostel de Bocs, lequel s'en venoit en ceste \ille tout seul, pour leur vin. le xxvi* Jour de novembre, pour ce, ix s.
• Pour un pot de vin. a un frère qui Hst le sermon l.i \eilledc l'Asompcion, wiid.
• Pour avoir levé une cerreurc d'un coffre estant en la chapelle S.-Picrre. pour avoir les lettres patentes du Roy, notre sire, pour le fait du procès de la cure d'Omonville, iv d. t.
• Pour avoir des ha\cis et de l'crbc pour l'église, le jour du S. Sacrement, vi d.
« A. Messire Cïuieffroy Coulombel, beaupère de chiens.
pour ses gages dudit office, tant du temps passé que sur cette présente année, lx s.
« Pour les Innocens de N. D. de Rouen, à eulx donne, ii s. vi d.
« Pour la façon des nates de l'église, vi s.
« Pour ung augustin, qui fist le sermon le xvn« jour de mars, pour un pot de vin à lui présenté, pour ce, xx d.
f Pour le pain de Cène, et pain à chanter, v s.
« Pour xxxi poures le jour de lad. Cène, à chacun iii d.. vallent vii s. ix d.
« Pour dragée pour la d. Cène, ix d. (i).
« Réception de l'abbesse, madame de Vieupont : 9 février 1544 (v. s.). — Payé au porteur de la tapisserie de M. d'Ouesscl, xii d.
« Aux brouettiers qui apportèrent de la tapisserie de chez M. d'Escroville, xii d.
* Aux brouettiers qui ont reporte la tapisserie pour la rendre aux maisons où l'on l'avoit empruntée pour la bienvenue de Madame, iii s.
« Mercredi des Sainctes cendres 27 février, aux chamberières. pour avoir du sablon d'Estampes, pour nettoyer la vaisselle, xii s.
« 1 2 mars, pour ung chandelier achepté pour Madame, et deux fourquettes. Tune pour la cuisine de Madame, et l'aultrc pour le couvent, xi d.
v 20 mars, à un painctre qui avoit painct une bourse pour Madame, v s.
« 20 avril, a deux chantres et joueurs de violles qui
(i) Dans le même compte : « Au prevost de Paris, lequel a épousé la femme qui fut Mcssire Guy le Bouteiller, pour reste de gregnieur somme d'une obligation en quoy l'église étoit obligiée
« A Messirc Regnault le jcu-ic, curé de Caudcbec, pour reste d'argent qu'il avoit preste, à notre grant besoing, pour avoir du grain, pour la chière année, dont avoit en gage une tasse d'argent c\ deux choppinectes de l'église. »
jouèrent devant Madame, fut donne par le commandement de Madame, ung test on, xi s.
* 22 avril, pour une demye douzaine de voerres achaptes par Mons r le vicomte, v. s.
« 3 may, pour une paire de quartes à jouer, xv d.
« 1 3 mai, pour une renge de la bride de la haquenée, pour aller en Bretagne quérir Madame l'admiralle, xii s. vi d.
« A ung charron pour avoir refaict le chariot branslant de Madame, pour aller en Bretaigne, xviii s
« Le lundi des Rogacions 19 e jour de may, M. de Vieupont et M mc Renée allèrent à Bos faire tondre les moutons: à Bonsecours, en allant es oblacions où ilsouyrent messe, vi d.
c 11 juin, à Jehan Jolis, pour deux bastons de fresne pour faire une litière à bras à porter Madame au Mont-auxmalades, pour changer d'air, viii s.
« Le vendredi, 20 e du moysdejuing, paye à deux femmes qui lavèrent les lessives de céans a raison que les chamberières estoient occupez a la chambre où Madame, que Dieu absoulle! labouroit à la mort, laquelle remist son espoir à Dieu notre créateur, et ce dit jour à dix heures du matin, ii s.
t La mise faicte pour l'inhumation de feue M me de Vieupont, que Dieu absoulle, le samedi 21 e jour dudit moys de juin audit an.
« Premièrement ù six carmes qui veillèrent la nuyt auprès le corp* de ma dicte dame, et se tindrent jusques à l'heure de l'inhumation ; et encores à six aultres qui célébrèrent messe, a esté payé lv s.
« A six augustins qui célébrèrent messe le dit jour et aux sept aultres qui portèrent le corps a l'église, xlv s.
t A six cordeliers qui semblablement célébrèrent messe ledit jour, xv s.
« Et par semblable à six jacobins qui célébrèrent messe, ledit jour, xv s.
« A treize enffans de S. Nicolas qui portèrent les torches, xx s.
« Pour une paire de gantz, ii s. vi d.
i Pour du feure de seigle, pour espandre à l'église et par les voyes, pour y aller, iii s.
t En esplingues noirres et clou pour attacher les armarics et aultre clou baillé au fossetier, xii d.
• Une paire de botincs violectes, ix s.
< Pour le contre-autel, et rideaux de la passion, iii s.
« Au paintre pour dix douzaines d'escuchons, iiii l. t.
« A huit presbtres qui célébrèrent messe le lundy ensuyvant, xx s.
c Le samedi, 26* de juillet 044, Madame de Maubisson arriva à soupper, qui venoit de sa maison de Maubisson, pour donner ordre et wider les commissaires qui estoient en çeste maison, payé pour une douzaine de voirres à pied et une esguiere, viii s. vi d.
c Le vendredi, 8 e jour du mois d'aoust, à une venderesse de voyrres et de bouteilles, par le commandement de M. le viconte, xii s.
< Le 12 novembre, a maistre Laurent, pour bailler à ung homme de Sainte Katherine, pour les droicts que a ung religieux le jour qu'il est mis en terre, pour ce, xx d.
« Le 24 novembre, à Boyart, pour ung sommier qu'il mist à l'église de S. Amand, qui sert à porterie crucifiement, la moullcure, et avoir quis le bois et levé comme il est, vii 1. x s.
« Le jour S« Katherine, au boullenger de Chappitre pour le pain qui fut porté à l'abbaye de S e Catherine, ainsi que on a de coutume, pour ce. x s.
t Le 8 février 1544 ( v s -)> au clerc qui joua d'unes regalles le jour de S. Amand, et si vint jouer céans, pour ce. v s.
c 9 mars 1544 (v s. , pour six grands voyrres et une couppe. v s. vi d.
« A Vastel, orphèvre, pour une petite chaîne qu'il a faicte pour porter des heures, xxx s.
« il oct. 1 545, a maistre Guillaume de Dernestal, qui avoit joué des rigalles par deux jours, 44 s.
« A son homme. 5 s.
« A soupper, un gallon de vin clairet, vi s.
c Le 18, à ung homme qui aida à apporter la tapisserie de M . d'Oessel, iii s.
c 10 novembre 1 5-^5, à ung paintre, pour avoir dore la pomme du ciel de lict de camp de Madame, vii s. vi d.
« *o novembre 1 34 5 • a Nicolas Gosselin, pour xiv voerres, viii doubles et six simples, et pour son salaire d'avoir gardé 1j porte, le jour du banquet de Madame, liv s.
t 21 novembre 1 54?, a Ancellot, du mestier d'orfèvrerie, pour s'enquérir et faire savoir à tous ceulx du mestier que Madame a voit adiré une estuve en façon de pomme à tenir en la main, présent Abreham le Tapissier, v s. »
Dans les pièces de comptabilité du commencement du xvm* siècle, je signalerai plusieurs quittances d'un ingénieur très connu à Rouen par <es travaux aux fontaines et au pont de bateaux, le frère Nicolas Bourgeois, augustin ; le devis de la réédification de la grande infirmerie sur les parloirs, de la construction à neuf de l'infirmerie de la petite vérole, de la chapelle des malades dédiée à S.Claude et de rintirmerie des sœurs, 173s, 1745.
Ces travaux furent entrepris par ordre de l'abbesse M™ de Lorgc, qui mourut le 2 1 oct. 174-S iigée de 37 ans.
On note que les frais du deuil et de l'enterrement s'élevèrent à 2.21 1 1. et qu'elle fut enterrée dans l'église, a la place des sœurs vis-à-vis la Sainte Vierge.
NOTE
SUR 1RS JEUX DE PAl'MK DE ROUFS
On sait que Molière vint à Rouen en iô58, et qu'il y donna quelques représentations au jeu de paume des Braques. Les recherches de M. Bouquet, publiées sous ce titre : Troupe de Molière et les deux Corneille à Rouen en i Ô5X, ne laissent aucun doute à cet égard
« Le jeu de paume des Braques, dit notre savant collègue, était au bas de la rue du Vieux-Palais qui débouchait en face et à peu de distance de la forteresse, aujourd'hui détruite, d'où la rue tirait son nom... Il représentait un carré long, dont les quatre murs étaient construit* en pierre de taille et en moellons. Il avait 04 pieds de longueur et 3 1 pieds de largeur de dedans en dedans. L'intérieur était divisé en théâtre, en amphithéâtres et en lopes. construites en bois peint a l'huile, avec cloisons en bois de sapin, recouvertes de toiles gommées. •
Kn it)<>3. le jeu de paume appartenait à noble homme Absalon de Claire, seigneur du Bosc-Isambart à Monville. l'un des anciens conseillers de la ville, domicilié sur la paroisse de Saint-Kloi. Le i(* juillet de cette année, on \oit ce particulier « bailler à rente et fiefler à fin d'héritage, pour lui, se» hoirs et ayants cause, au nommé Antoine Dclaunay. maître racquetier, un tènement de maison s Je jeux de paulnies, vulgairement nommez Bracques* assis en hi dicte paroisse. lesquels consistoient en maisons. éditfices. petites cnurtz et jardin, y comprins trois peti* louages de maison assis en la dicte paroisse, rue du Vieux- Palais ; . à prendre lesdits héritages tiett'ez le long des héritages retenus par le bailleur, iceulx héritages bornez.
d'un costé, les Filles- Dieu dudict Rouen, et, d'autre costé. les représentons Pierre Trcncart et la maison du Hault-Pas; d % un bout, une maison en la rue du Vicux- Palais et, d'autre hout, ledict sieur bailleur, à cause d'un bâtiment façon d'appentis, d'une grande court et d'un corps de maison. » L'entrée et la sortie des jeux se faisait, non par la rue du Vieux-Palais, mais par la rue Saint- Kloi. Le plus grand des jeux était seul couvert. Le prix de la tic fie nous parait considérable pour le temps : il était de 800 livres de rente, racquittables par 14,000 livres, sans compter 60 sous à payer, ebaque année, à la recette du Domaine du Roi. et pareille somme à payer également, chaque année. aux Filles- Dieu 11).
Le 11 octobre 1:04. le grand jeu do paume dit vulgairement le tripot de limcqucs était baillé à ferme pour douze ans par Nicolas de Cleremuet et par Marte lluillard, sa femme, à Alain Fontaine et à Kticnnc Dauge. Il comprenait alors deux petits corps de maison, une grande Mlle qui servait de JcspouilU\ des cours, des galeries et un ouvreur qu'un nommé Pierre Malebranchc avait fait construire assez récemment, et ou l'on avait pratiqué une porte qui ouvrait sur la rue du Vieux -Palais. Le prix de location était de Ko livres par an i[.
Ce jeu de paume passait pour un des mieux achalandés de toute la ville. • On voyait s'y rendre, dit M. Floquctiil. montés sur leurs mules, tels conseillers qui s'étaient lait excuser au Palais comme atteints d'une indisposition subite. » Ce fut un des abus ;ce n'était pas le plusgra\e que Ton eut à reprocher aux magistrats de la tin du règne de François \ rr .
Le jeu de la paume était en grande faveur dans l'ancien temps. On ne doit donc pas ctre surpris du nombre des
(1) Tabellionage de Rouen. in-.uM s.
(a) ibidem.
{3) Histoie du Parlement de Sf^mjndîtW. I, p. ?ii.
établissements qui furent fondés à Rouen à l'usage des joueurs. Il en était de même dans toutes les villes. On voit aussi qu'il n'y a pas eu de résidence royale sans un jeu de paume. Un théâtre eût paru moins indispensable. Plus tard les représentations théâtrales prirent le dessus, et finirent par faire négliger les jeux de paume dont clic* occupèrent les \astes locaux.
Pour nous en tenir à Rouen, nous citerons le jeu de paume de l'Aigle d'Or entre la rue de l'Aumône, en face des murs de Saint- Lô, et la rue Ganterie, sur laquelle était b porte d'entrée. M. Gosselin parle d'un assassinat qui. y lut commis, en i3«»i, sur la personne du capitaine Lesmons par un autre capitaine, Bailleul, seigneur de Beauvais. 11 émet l'opinion que ce jeu de paume dut disparaître en i6Y>S. lorsque l'on ouvrit la rue Neu\c-Saint-Lô; mais c'est à tort, puisqu'on le voit figuré sur un plan postérieur ii cette date, comme situé à droite de cette rue en allant a la rue Ganterie. Il était séparé de la nouvelle rue par l'hôtel de M. de Krettemeule ! i).
Les jeux de paume :
De la (ïr.inde et de Li petite bête, jeu de paume cité par M. Périaux. d'après M. Gosselin, sans détermination
de la place qu'il occupait ;
Du (Jjrolus dOr, cité par le même. Je vois un tencment à l'enseigne du Cjmlus Snr. signalé comme situé rue (ira; d-Pont, dans un titre de n'nb ;
Du (Huit qui veille % cite par le même, sans détermination de son emplacement :
Du ('.liAteau-Rnu^e. sur la paroisse Saintc-Groi\-S.iint- Ouen. li appartenait, le i«» n>\em!ne irSj, à Marc- Antoine ScJii/-», Meur vie \\ mges. Il fut \cndu, en 1:^4. à k.m De*r.«»/. mai:ie d un aut:c jeu de paume dit le l*elu\vi. le jeu de paume du Chjteju-Rnupe se trou\ait
(i; Ar.li. Je la S. -lut , !•". Au prieuré de Saint-Là.
derrière les murs de Saint-Oucn. et n'était séparé que par une maison d'une rue qui portait alors le nom de rue Boudin. Il fut successivement possédé par Pierre Morlière, Nicolas Longer et David Salini;ant. Ce dernier, peu de temps après l'avoir acquis, le vendit aux Ursulincs, auxquelles il ne porta pas bonheur, puisqu'il fut détruit dans un incendie, en Ko 5 (i);
De la Cigogne ou de la Grue, derrière les murs de Saint-Oucn, ion"», k'>2(m2);
De la Cloche, rue Martainvillc, paroisse Saint-Maclou (3) ;
Des Cochonnets, rue Notre-Dame, même paroisse (4);
Du Coquet, près du portail Saint-Godard i5i ;
Du Corbel ou du Corbeau* rue Heauvoisinc, paroisse Saint- Laurent it» ;
De la Cornière ^ rue Dinandcrie '7) ;
De la Cuiller à pot. autrement dit du Métayer^ où Molière joua, en n"»4i,avec la troupe de l'Illustre théâtre. Il était situé sur la paroisse Saint-Martin, près de la Grosse- Bouteille (S| ;
(1) Georges Le Roy, pellutier, au Château- Rouge, pénul. Je mars 1483. Palais de Justice. Reg. du baill. de Rt.uen. — Lan Bricre, prlloticr, vendit ce jeu de paume à Zègre De Hault. de Bruges, i3 fév. 1493 (Tut. de Rouen).
(a) G té par M. Péri iux et mentionne dans le Registre des contrats de la fabrique Sainte-Cruix-Sunt-Ouen.
(3) Gté dans un acte du 1 1 février 14Ô2 (v. s.i. Tabcllionage de Rouen.
(4) Cité dans un acte du 8 avril 1404. Ibidem.
(5) Cite aux années l'îi i, iCnju. Arch. de la S.-lnf. G. 47 ?■**, 4813. Ce jeu de p.iume donna son nom à la rue du Coquet, dite encore, en 161 1, rue de la Harpe.
(6) ■ Os tel, trippot, jeu de p.iume du Corbel, » 14 déc. 1483. Reg. du bailliage de Rouen; iô mars 14S?. Tabcliionage de Rouen.
(7) Compte de Saint-Patrice. 1 684.
(8) Cité par M. Périaux.— « La Cuiller à pot, ruelle de l'Abre-
Du Cygnot (ou Signât), paroisse Saint-Sauveur, devant la Poissonnerie. Il fut transformé, en 1793, en salle de spectacle, et est devenu le Théâtre Français. Il était tenu, en 1772, par le sieur Toussaint, qui fit insérer, cette année-là, une réclame dans les Affiches de Normandie afin d'y attirer la pratique (1) ;
Des Deux Maures, paroisse Saint-Éloi. 1625. C'était un des plus connus au xvu* siècle. Comme le jeu de paume des Braques, il servit fréquemment aux représentations théâtrales, et finit même par devenir le véritable théâtre de Rouen, après que celui-ci eut été affecté à Topera et à l'Académie de musique (2) ;
De YÊtendard, paroisse Saint-Maclou, en face de la fontaine des Augustins. 11 fut adjugé par décret, en 1 5«>7, à Jacques Marlet, qui fut, je ne saurais dire pour quel crime, condamné ù la peine capitale. Il fut réédirié, en 1 6 1 3, par l'avocat Jacques Pradon et par sa femme Marguerite Delastc, qui n'eurent point trop à se féliciter de leur spéculation (3) ;
Du Fer à cheval, dont je ne saurais dire remplacement, vers 1 543 (4) ;
Du Héron, dont mention a été faite par M. Gossclin (5);
veur aux chevaux, » 27 décembre 1434. Tabellionage de Rouen, reg. 24 f° yi ; la Cuiller à pot, rue Vatier-Blondel, 1621. Arch. de la S.-Inf. G. 4719.
(1) Cité par le même.
(2) Cité par le même.
(3) Arch. de la S.-Inf., F. des religieuses du Saint-Sacrement.
(4) Ibid.
(5) Le C\rtulaire de Siint-Maclou mentionne, dans un act: de i5io, ic tripot du Héron, près des murs de Saint-Oucn. C'est peut-être le même que le jeu de paume de la Cigogne ou de la Grue. Pour s'expliquer ces difl'érentes appellations, il faut se rappeler que les ru .s n'avaient pas de noms officiels, qu'on les désignait généralement par les enseignes qui s'y trouvaient, et que la même enseigne pouvait être pour l'un une
Du Patin, rue de la Scille (n ;
Du Pélican, précité ;
Des Penteurs* cite par M. Pcriaux, sans détermination d'emplacement ;
Du Petit Maur, cité par le même, sans détermination d'emplacement ;
Du Renard. « L'hôtel du jeu de paulme où pend pour enseigne le Rcgnard hors la porte Cauchoise, • habite par un pclloticr, i3 juillet 14S7 121 ;
De Saint-Eustache. paroisse Saint-Sauveur, rue aux Chevaux, derrière la maison occupée, rue de la Pie. par la famille Corneille i3i ;
De Saint-Jean, paroisse Saint-Godard ; baillé à louage par frère Martin dcTroyes, commandeur de Coulombicrs, pour lors administrateur de la maison de Saint-Antoine de Rouen, 14 novembre 147S (41 ;
Grue, pour un autre une Cigogne, pour un troisième un Héron.
(1) Mention, le 4 janvier 148!$, « du tripot du Patin où Ton joue à la paume. Archives du Palais tic Justice. Registre du bailliage de Rouen; en 1D42, « du tripot du Patin derrière les murs de l'abbaye de Saint-Ouen, paroisse Saintc-C.roix-Saint- Oucn, uù pend l'enseigne Saint-Julien. » Arch. de la S.-Inf. Comptes de la par. Saint-Ktienne-Jes-Tunneliers, i?33, i3«ia. Le 2 septembre teioo, sentence portée pour blasphèmes, contre un particulier qui avait l'emploi Je marqueur dans ce jeu de paume.
(2) ii| juin 1487, Jean Le Gros, pclloticr, prend à rente de Je. in Enguerran, dit Gault, cordoiicnnicr, un tènement de maisons de jeux de paulme ayant pour enseigne le RegnarJ, paroisse de Saint-Andricu hors la porte Cauchoise. Mention du I ri pot du Regitard, comme propriété du Chapitre de la cathédrale, 26 mars 1 537; fieffé le 7 novembre i53S; cité le 21 novembre l3ôJ, Registres capitulaircs . C'est de ce tripot que la rue du Renard tire son nom .
(3) « Pour la sépulture d'un jeune garçon, fils du maître du jeu de paulme de Saint-Eustache, 10 sous. » Arch. de la S. -Int., Comptes de la paroisse Saint-Sauveur.
(4) Tabellionage de Rouen.
Des Trois Queues de Renard, cite par M. Périaux, sans détermination d'emplacement ;
De la Truie qui file, rue Martainville, 8 avril 1464(1);
Du Verdelet^ paroisse Saint-Godard, près du Marché aux chevaux. Il appartenait à Marc-Aurcle de Giverville, qui le bailla, pour six ans, à David Sa 1 ingant, le 1 1 avril if>33 U|. En 1 721, il était acheté, par les Pauvres- Prêtres de Saint-Louis, de M. Louis de Cotton, chevalier, sieur de Vcrdois, vendeur au nom de ses enfants mineurs.
Il y avait aussi, sur la paroisse Saint- Paul, un grand jeu de paume dont les propriétaires, MM. Brice, prétendaient, en 1718, faire un fief noble sous le nom de fief de Martainville, contrairement aux droits des Chartreux, substitués ù l'abbaye de Sainte-Catherine (3).
Le 2(*> septembre 1 5?4, demande avait été fuite à la Ville par un particulier d'établir un jeu de paume dans les fossjs de Cauchoise. Les échevins avaient décidé que l'autorisation pourrait être accordée, mais moyennant un prix d'argent (41.
A la date du 1? juillet i5?7, on voit figurer, dans un acte du tabcllionagc Je Rouen. Jacques Du Rose, écuyer. varlct de chambre du cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, lequel Du Bosc s'intitule « garde et usufruitier du jeu de paume assis en la cour de la dite abbaye au droit du don à lui fait, sa \ie durante, par ledit cardinal ».
La nombreuse clientèle de tous ces jeux de paume explique l'importance assez considérable qu'avaient alors deux métiers, aujourd'hui presque inconnus, les métiers de pellotier et de raquettier. Le pellotier fabriquait le*
( 1 1 TjbvlliiniJi*e Je Rtucn .2) ibidem, Minutes Je C.n<\tiicr.
1 * , I.i-s <ili irii'i-ux produis rent un turc de 1 5«ia v uù ce prclcn%iu tut net lit qu.ilitir que jeu de paume.
14^ L)clibcr.itiu:ib de la Ville.
ctcufs ou halles qui servaient au jeu, le raquettier fabriquait les raquettes (i).
Les pelloticrs formaient h Rouen une communauté vers l.i tin «lu xv* siècle. Le vendredi, 4 mai 14X4, Martin Coterel. sergent, rapportait, devant le lieutenant général du bailli, que, ce jour-là, en plein marché, à la Vieille-Tour, accomplissant le contenu du mémorial par lui présente, ■ il avoit tait bruyr et ardre m grosses et demie d'esteurs, que les gardes du mestier avi lient pris naguère* et mis en arrest comme faux, et dont ils avoient trouvés saisis certains marchands forains (21. » Le 2 3 octobre 1 3>2, I3la nchci Noucl. « faiseur d'esteurs •. de la paroisse Saint-Godard. prenait en apprentissage, pour quatre ans, un nommé Jacques Brcard, âgé de quatorze ans. Les étcurs figurent assez fréquemment dans les aveux, parmi les redevances que les vassaux devaient à leurs seigneurs, ce qui doit faire supposer que le jeu de la paume était en vogue aussi bien dans les campagnes que dans les villes, dans les rangs de la haute société aussi bien que dans ceux de la bourgeoisie.
Les registres de l'otïicialité viennent ii l'appui de cette supposition. On y voit aussi que les jeux de paume étaient souvent le théâtre de scènes violentes, et que certains
(1) Les r.iquetticrs formaient un corps de métier distinct. îa mars 1 552, Etienne Le Pelletier, raquettier. paroisse Saint- André-hors-villc. — 14 juillet 1 5 1 n, Pierre l'iquellcy. du métier de raquettier, paroisse Sainte-Croix-Saint-Outn. — Pénuliièmj d'octobre 1:08. Jaspar (lhardnn, raquettier, même paroisse. près de la Rougcmarc. Registres du Tjbelli"njgc de Rouen.
(a) Archives du Palais de Justice. Registre du bailliage de Rouen, — Le 2 juin 14S0. Jean le Pilleur taisait don a la fabrique de Saint- Vincent, sa paroisse, de tù m »u s provenant de la \cnte des éteurs tombés dan* sa maison d'un jeu de paume voisin. Quelques mois après, sa femme venait oïlrir .< smis ? deniers qu'elle s'était procurés de la même manière. Arch. de la S. -Int. Comptes de Saint- Vincent.
ecclésiastiques ne résistaient pas à l'attraction que ces luttes de force et d'adresse exerçaient sur la foule (i).
Mais, en dépit de ces abus, auxquels, de même que les meilleures choses du monde, les jeux de paume pouvaient donner lieu, il est constant qu'ils furent toujours vus avec faveur par l'autorité publique (2).
Par une exception assez remarquable, des lettres-patentes de François 1 er , du 9 novembre 1527, portaient que « tout ce qui se passeroit au jeu de paume seroit payé à celui quigagneroit, comme une dette raisonnable, acquise par son travail. »» Cette disposition paraît avoir été inspirée par l'équité à un législateur bienveillant. Mais ce qu'on y ajoute sent la fiscalité: t Pourcviter les procesqui pourraient naître de ce jeu, le Roi établissoit un maître gardien général des gages par toutes les villes du royaume, lequel commettroit gens solvablcs par tous les jeux de paume, dont il répondroit. » Il est juste de remarquer, avec le président
(1) Mention de jeux de paume à AutVay, Brémonticr, Montfort, i.po; à Beuzemouchel, 14?»?; à Longchamp, Lyons-la-Forct. 1 p5 ; à Saint-Georges-de-Gravenchon, 14^6; à Stables, Fours. Muids, ipS; à Appeville, Guénonville. !4Ô4;àSusav, 147a; à Omerville, 1484; à Pitres, 1485; à Liancourt, 1488. Les autres jeux usités dans les campagnes étaient ceux des barres. du batailleur, de la boule, de la choulc, des croisettes, Jcs épées (épées de b<»is\ de la pile et de la quintaine. On voyait avec défiance les jeux de hasard, spécialement les jeux de cartes. de vies, de rabat ues, de taxxlli et A\ipipa.
(2) « Kntre les jeux, dit Fortin de la Hoguette, Testament d'mn fïre à ses fils, ceux qui ne Sont point sédentaires Comme l.i longue et la o»urte paume, le m ad et le ballon, sont plutôt cx-.rua'S que jeux, qu'on aune ou qu'un néglige selon l'âge où l'on s.- tto-.ive . r M.l..n la d:»p sit.on ou l'attache qu'on y a. Tout le mil que *.ui\-l.i peuvent taiie en leur excès est délasser le • orps s.iriN iruommod.cr que bien peu l'esprit et la bourbe. Le» sédentaire, qui s- .nt le* eJicts, les Acz et les cartes, sont plus dangereux. ••
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De la Marc, que cette invention resta à l'état Je projet d).
Le jeu Je la paume, connu Je toute antiquité, a eu et méritait J'avoir ses historiens, ses législateurs, .ses prôneurs et ses poètes. Parmi eux il suiïit Je citer M. Hajnt, auteur J'un livre intitule : Éloge Je la paume et Je ses avantages sous le rapport Je la santé et Ju Jéveloppement Jes facultés physiques.
Dans cet ouvrage, sérieusement composa. M. Bajot di*tingue la longue paume de la courte paume, la première qui se jouait dans un espace découvert et avec des batloirs, la seconde qui se jouait dans un espace couvert, J'ahorJ tout simplement avec la paume de la main, plus tard, à partir Je la seconde moitié du xv f siècle, à l'aide Je la raquette.
A la suite du témoignage d'Ltienne Pasquier, le savant auteur cite celui d'Krasme. duquel il résulte que, du temps de ce célèbre éciivain. la raquette, bien que fréquemment employée, n'avait point encore un avantage marqué *ur la paume de la main, l'arme des temps héroïques 2 .
Ce que nous pouvons dire a l'appui de l'avcrtion de M. llajot. c est que le métier de pelottier paraît avoir précédé a Rouen celui de raquettier. dont nous ne trouvons de mention qu'au xvr siècle.
On a inséré dans le Recueil Jes <)rJimn.mce> Jes rois Je France les statuts des faiseurs de balles A jeu ou éteurs. autrement dit pelottiers. statuts confirmé^ p.ir Louis XI
(1) Traite Je la police, livre lit, titre i\, chapitre v.
(2) Kr.ismc,vl.\ns un de s-, s colloques, met en Siènc vieux joueurs de paume :
Xicolaus. — Nulla rcs nid; us exercet »»mncs v.<»rp«tris partes quam pila p.tlm.iria.
/lrrroNimM.v.— Nullum anni tempas m ibis p.irum .KCummoa'um est ad ludendum.
\icnlaus. — Minu- s'i.labitur. si lu.iimus rctLulo.
Hvcrvnimus. — Imri reticulum pis<:jturibus relinquamus ; cleganiius est palma uti.
en 1480. D'après l'article vi de ce documentées gardes de ce métier avaient droit de visite chez les maîtres et ouvriers « des jeux de paulme et tripots de Rouen et banlieue, pour visiter les esteufs et saisir, si mauvais, avec amende de i5 sous contre les contrevenants (1). » Les faiseurs de balles à jeu formaient une confrérie sous le titre de Notre-Dame et de Saint-Louis, dont le siège était à l'hôpital (sans doute l'Hôpital du Roi), en la chapelle du Jardin.
Au xvinc siècle, cette communauté avait complètement disparu. Les balles à jeu n'étaient plus qu'un objet de commerce trop insignifiant pour que ceux qui les fabriquaient pussent être réunis en corps de métier. On les confondait, ainsi que les raquettiers, avec les brossiers qu'on laissait eux-mêmes en pleine liberté, à raison du peu d'importance de leur industrie (2).
Les jeux de paume ne purent résister à la concurrence que leur firent les jeux de hasard, et aussi les billards, les cafés et les théâtres.
Dès 1772, le maître du Cygnot se plaignait, dans une réclame, de l'abandon que l'on faisait des jeux de paume. Son établissement paraît avoir été le dernier que Ton ait connu à Rouen (3).
Pour les derniers partisans de la paume il ne restait plus, au commencement de ce siècle, que l'avenue de la Madeleine. On combattait a ciel ouvert : c'était un retour aux usages primitifs, moins par amour de l'ancienne simplicité que faute de spectateurs et de combattants (4).
(1) Cité par M. l'abbé Ouin-Lacroix, dans son Histoire des corporations d'arts et métiers à Rouen.
(2) Arch. S.-Inf., F. de l'Intendance.
(3) M. Pcriaux,au mm Jeux de paume.
(4) lbid. On peut consulter sur les jeux de paume à Rouen, spécialement dans leurs rapports avec le théâtre, un très intéressant article de M. Bouquet, inséré dans la Revue de Normandie de 1869.
Apres les jeux de paume, il serait assez naturel de parler des jeux de mail ou de palle-mail, qui n'étaient guère moins en honneur, et que les Anglais ont conservés. Nous nous contenterons de citer un jeu de mail ou de pallemail qui était situé à Sotteville, près de Grandmont, et qui lut très achalandé pendant tout le xvii'' siècle et pendant une partie du siècle suivant.
Kn iiîoô, Henri IV avait octroyé « à Marguerite Fleury, veuve de Michel Le Boullengcr, cornet dessus et hautbois de la maison royale, le droit de faire construire des jeux de palle-mail publics, privativement à tous autres, pour clic, ses enfants, ses successeurs et ayants-cause, en dedans et dehors des villes de Oen et de Rouen, en prenant de chaque personne 4 sous par jour, sans avoir a fournir autre chose que la place dressée et accommodée comme il appartenait».
Ce privilège, assez singulier par sa nature, n'était pas concédé à titre purement gratuit, (l'était un expédient qu'un financier avait imagine afin de permettre au Roi de s'acquitter, sans bourse délier, de 4*0 écus qui restaient dûs audit I.c Houllenger «sans doute un musicien célèbre à la court, pour ses gages des années iSj^-m'ioi et de 53o écus en plus pour ses accoutrements.
Mais en accordant le privilège. Henri IV fit une reserve en faveur de son aumônier, Jacques de Mer nage, qu'il axait gratifié du prieuré de (iranJmont. parce que Héritage, dès leïoj, axait établi pour les bourgeois de Rouen, près du manoir prieural. un jeu de palle-mail dont il tirait bon parti, (n arrêt du Conseil déclara que le prieur pourrait achever l'installation de ce jeu et en toucher les profits pendant toute sa vie.
On pense bien que le prieur n'eût pu songer à l'exploiter directement. Il le bailla à ferme, à un nommé Knguehard. sous condition de la User jouer gratis, toutes fuis et quantes qu'il leur plairait, lui prieur, ses frères, les sieurs
bailli, procureur fiscal, grenier et receveur de la hautejustice de Grandmont.
Plus tard, après la mort de Bernage, le palle-mail fut compris dans la manse prioralcdc Grandmont, qui devint une partie de la dotation du collège des Jésuites.
Bien des années après, on voit ces religieux prendre fait et cause pour leur fermier qu'on voulait assujettir aux droits d'aides, parce qu'à l'occasion il donnait à boiie aux joueurs. A les en croire, « le jeu de mail importait à la décoration et embellissement de la ville, et toujours le fermier avait eu la liberté de distribuer à la jeunesse qui jouait au mail, un coup à boire pour les rafraîchir pendant la fatigue du jeu(i). »
Je n'ai point recherché quelle suite fut donnée à cette réclamation. On ne m'eût point tenu compte de ma peine; et, d'ailleurs, cela n'importe guère.
(i) Arch. de la S.-Inf., F. du collège de Rouen.
NOTICE
>' h LA Pî.tCK DE L\ CA.KMiK
Je suis très porte à supposer que le portail de la CalcnJ.c tire son nom Je l'assemblée dite Calende, parce que l'appel ou. comme on disait, la vocation des ecclésiastiques. tenus i comparaître a cette asscmbl Je. se faisait de> de^rcs ou marches de ce portail. Le même nom de Calende aurait clé jsm^z naturellement donne à la place voisine.
On appelait petite Calende l'assemblée annuelle des ecclésiastiques d'un doyenné, par opposition aux assemblées générales de tout le cierge du diocèse, qui se tenaient dcu\ t'ois par an. à des époques réglées, et qu'on appelait synodes. Mais Calende. sans autre qualification, pourrait bien a\«>ir été, plus anciennement, un terme générique pour désigner les assemblées ecclésiastiques.
Quoi qu'il en >oit, au point de vue étymologique, je ne saurais voir, dans ce mot. une autre signification que celle de vocation ou d'appel.
A une époque ancienne, le nu- me mot de Calende désignait aussi, a Rouen, une confrérie de prêtres de la ville de Rouen, dont le sieye, pendant longtemps, tut fixé dans l'église de Saint-Nicolas. On conserve aux Archives de la Seine-Inférieure, dans le fonds de Jumiè^es, une charte de Richard, curé de Saint-Sauveur, et des prêtres de la Calende de Rouen : « Rie jr Jus, eeelcste S. Sah\iti*ris prèsbyter, et tune Jecanus, et emnpresbiteri KàlenJe que e: t apud Rothomagum. • La Charte est de i2o5. Il est fuit mention, dans une autre charte de 1201. d'un achat i'c
rente fait par le Chapitre, concessione sacerdotum de Kalen-
da (l;.
Nous ne nous occupons, dans cette note, que de b place dite de la Calende.
Le 2 juillet 1504, la Ville accordait à Richard Perchart. cure de Saint-Gervais de Paris et chanoine de la cathédrale de Rouen, la permission de faire élever une croix de pierre sur cette place, sous réserve toutefois que cela ne pourrait « porter aucun préjudice à la Ville ni aux liberté* d'icclle ». De son côté, le même jour, le Chapitre axait donné à Perchart la même permission et à peu près dan* les mêmes termes, ce qui nous oblige à conclure que, dece temps-là, la propriété de cette place était un sujet de litige entre le Chapitre et la Ville.
Le i 3 septembre suivant, cette croix était achevée, et les chanoine*» décidaient que le lendemain, jour de l'Exaltation de la Sainte Croix, une procession se ferait autour de ce monument dû à la piété de leur confrère, l-a même cérémonie eut lieu, chaque année, à la même fête, conformément au contrat de fondation de Perchart.
Pommeraye dit que cette croix fut posée aux dépens d'un honorable bourgeois nommé Flandrin. Il na point fait attention que ce particulier, Michel Flandrin, n'était que le mandataire de Perchart 12).
Cette croix, ajoute Pommeraye, demeura sur la place de la Calende depuis l'an 1 504 jusqu'à l'an \û\\ «3. «• que la Calende. qui a tant de fois change, fut fort embellie d'un grand bâtiment qui fait lace a ce portail, et qui sert
ni Ai. li. de li S.-Inf.. Y. du Chapitre. — « \os JecJnus et yn>b\ttri KjU'hJc I\' th->m. trjjidimus Gjltcro Je [ksco Gutl- U Imi, /Abu» ... jii;n 12.M, li.trt »ie S.-Ouen, n" 2»j, I" 47 v. .Ih./m-jv, i7c ru-us. yn^urM^r KjU'hJc R'tham. .ixril ia?4, ItiJ. t \i. /)titi?fii.\ 1/ frjtrcs K.iUnJc Rtithtnn., .mût laNn, K. Je >.- \m in 1.
1 \<>r IV, l:Kr.it:<>ns «.ap.tulaircs. 2 juillet l5(»4.
m ï K!K figure sur le plan ,!u Livre des fontaines de Le Licur.
d'une grande salle pour les pauvres de l' Hôtel-Dieu. »
I! désigne ainsi le bâtiment qui fut élevé en vertu d'une délibération des compagnies souveraines, du S mars 1671*», confirmée par un arrêt du Conseil, du ■» janvier 11*77, et dont la construction tut confiée a l'architecte Gravois. Ce bâtiment subsiste encore, mais il a perdu un de ses pavillons.
Une nouvelle croix, moins haute et moins large que celle de Perchart. fut placée en vertu dune délibération du 10 février lôSo. ainsi conçue :
« M. Cathelan. administrateur en charge ide l'Hôtel- Dieu', fera mettre une croix au milieu de la place de la Calendc. avec quatre bornes aux quatre coins pour marquer la place commune entre MM. du Chapitre et l'Hôtel Dieu et un lieu de cimetière, suivant qu'il est porté par le contrat d'acquisition fait par ledit Hôtel- Dieu Je MM. du Chapitre. »
L*a croix de la Calendc figure sur les plans de Rouen du dernier siècle. Ce monument religieux et les bornes de pierre qui entourent la place indiquent que le terrain avait été bénit. Mais, à cetu époque et depuis longues années déjà, les chanoines avaient beaucoup de peine àen défendre le caractère sacré, non seulement contre le Domaine et Contre la Ville qui voulaient y établir un marché (n, mais encore et surtout contre les profa nations de la foule. « Les charlatans et vendeurs de chansons, lisons-nous dans une
(1) Aream in qua venJuntur casei et ova prope ceclesiam /?&thomagi, 1 2 mars 1 ayi . M. Chéruel, llistuire de Rouen, I, p. 204. — PlMeam vacuam in qtu v*nduntur oiu. dictant ta CalcnJt\ xve siècle. Cirt. de N.-I)., n 1 o, f" .vi v». — 1? fe\rier i3u8. ordre aux marchands de hareng blanc et sur sur la place de la Ci le n Je d'aller à l'avenir a la place cie la liasse- Vieil le Tour. Us devaient être remplacés, sur cette place, par les marchands de fruitage, qui seraient retirés de la Basse-Vieille-Tuur. On allègue comme raison de ce changement l'infection causée par le hareng. Arch. de la V lie, Délibérations.
sentence de 1716, s'oubliant du respect dû aux lieux saints, avaient l'insolence de se placer au pied de la croix, et, pour se procurer le débit de leur mauvaise marchandise, y chantaient des chansons profanes et assez souvent capables d'offenser les oreilles chastes. » Le bruit de ces chants troublait l'office divin qui se faisait dans les chapelles des Vœux, du Saint-Esprit et de Saint-Romain. Sur la plainte du procureur fiscal, le bailli de la haute-justice du Chapitre autorisa, en 1716, l'huissier des chanoines à chasser ces chanteurs, à saisir leurs enseignes, leurs livres et leurs feuilles. Plusieurs années après, mêmes abus et mômes plaintes. On voyait encore sur cette place, comme si c'eût été un marché public, au jour des halles, des charlatans, des vendeurs de chansons, des joueurs de gobelet, qui s'installaient au pied de la croix et qui y attachaient même leurs tableaux. Il s'y engageait des querelles qui troublaient le repos des malades de THôtel-Dieu. Souvent aussi des manœuvres se permettaient de ranger là leurs charrettes, leurs brouettes et leurs hottes, et les enfants s'y donnaient de* rendez-vous pour leurs divertissements (1).
Aux deux derniers siècles, c'était autour de la croix de la Calende que le clergé de la cathédrale faisait l'adoration à la procession des Rameaux et la commémoration des morts le jour de la Toussaint (2). A une époque antérieure, ces cérémonies s'étaient faites dans la portion du cimetière attenante a la nef méridionale, que Ton appelait le grand aître, près de la loge aux maçons (3).
(1) Arch. de la S.-Inf., F. du Chapitre, G. 242$.
(2)2 nov. 1604, on revient « à l'usage de toute antiquité de faire, à IV n tour de la croix de la Calende, la procession du jour des morts. » Délibérations capitulaircs.
(3) Arch. de la S.-Inf. G. 2639. Ces processions s'y faisaient encore en i585.
NOTE